Semaine OTT : Suburra (2017)

Suburra est une nouvelle coproduction de dix épisodes qui a été mise en ligne le 16 octobre sur le site de Netflix. Le titre que l’on pourrait traduire par banlieue au sens négatif du terme fait référence à Ostia, une station balnéaire en périphérie de Rome qui est très convoitée par la mafia italienne et son chef surnommé Samuraï (Francesco Acquaroli). Pour ce faire il tente de soudoyer l’administration de Rome, mais pour toutes sortes de raisons, le temps presse et des impondérables ne rendent pas la vie facile aux différents partis impliqués. Préquel du film éponyme de 2015, lui-même adapté d’un roman de Giancarlo De Cataldo et de Carlo Bonini, il s’agit de la première série originale italienne à avoir été financée par le géant Neftlix et le diffuseur public italien RAI. Étonnamment, une fois que l’on passe par-dessus nos préjugés et une bonne partie du premier épisode qui ne sort pas vraiment des sentiers battus, on se laisse rapidement emporter par le scénario haletant.

Netflix et ses séries « locales »

Nous sommes en 2008 et rien ne va plus à Rome. C’est que le maire vient d’être destitué pour corruption et il n’a plus que quelques jours au pouvoir avant quitter. Or, ce dernier avait promis à Samurai de lui céder l’administration d’Ostie. Le mafioso doit donc tirer des ficelles auprès des élus afin que ce sujet reste à l’ordre du jour et soit adopté avant le départ du chef, sinon tout sera à refaire. Pour cela, il courtise Amedeo (Filippo Nigro), un député pourtant intègre qui plie l’échine en échange d’un financement de sa campagne. Sur ces entrefaites, nous avons monsignore Theodosiou (Gerasimos Skiadaresis) qui contrôle l’argent du Vatican et qui se retrouve au cœur d’un scandale sexuel impliquant trois jeunes hommes. Le premier est Gabriele (Eduardo Valdarinni), fils de policier qui a organisé l’orgie en question. Le second est Spadino (Giacomo Ferrara), « héritier » d’un important clan tsigane faisant affaire avec le Samouraï. Le dernier est Aureliano (Alessandro Borghi), fils de trafiquants locaux à qui appartiennent certaines terres d’Ostie. Tous trois demandent une forte rançon pour étouffer l’incident Theodosiou, mais ils ne récoltent pas le butin escompté et le Samouraï tourne la situation à son avantage. Quant aux trois jeunes hommes, chacun se retrouve dans son propre pétrin, mais une surprenante solidarité entre eux pourrait bien voir le jour.

Sexe, pouvoir, mafia et religion : il est plus que justifié d’avoir des doutes avant d’entamer Suburra qui semble exploiter les thèmes les plus superficiels relatifs à l’image que l’on se fait de l’Italie. C’est d’autant plus navrant que le peu de séries italiennes ayant traversé l’Atlantique comme The Young Pope ou Gomorra étaient déjà passées par là. Puis, avec ce premier plan de Rome en pleine nuit, on ne peut s’empêcher de penser à House of Cards qui avec une variante infime explorera les coulisses du Vatican… tout comme Marseille l’a fait pour la France en 2016 avec un résultat plus que médiocre.

Il faut comprendre que Netflix est en ce moment en  mode séduction mondiale et qu’elle doit faire le plein d’abonnés, en particulier en Europe. Pour ce faire, l’entreprise se retrouve en quelque sorte entre l’arbre et l’écorce. D’une part il lui faut plaire au public qu’elle courtise (dans ce cas-ci, l’Italie) en recrutant des acteurs « locaux » et parlant en italien. D’autre part, il faut aussi avoir recours aux clichés d’usage afin d’attirer l’attention d’un auditoire étranger plus frileux à la nouveauté, surtout si elle ne provient pas des États-Unis. À titre d’exemples supplémentaires, on a la série anglaise The Crown qui s’intéresse à la monarchie anglaise ou la canadienne Anne, un remake d’un des plus gros succès télévisuels de la CBC.

Passé les premiers préjugés…

On a toutes ces pensées en tête au début de Suburra, mais dès la fin du pilote, notre curiosité est aiguisée et après trois épisodes, l’envie nous vient de donner la chance au coureur, notamment en raison des trois personnages principaux. Il y a d’abord Gabriele, le plus naïf et en conséquence celui auquel le téléspectateur s’identifie tout de suite puisqu’en même temps que lui, il est initié aux dessous de la mafia, de ses codes et des liens à privilégier. En ce qui a trait à Aureliano, il ne nous est guère sympathique au premier épisode, mais rapidement, on découvre que sous cette carapace, se cache un être plus sensible. Il a beau massacrer de ses mains nues un adversaire dans la revente de drogue et ne ressentir aucun remords, il est cependant incapable d’égorger son chien ni de tuer la prostituée qui est la seule au courant du chantage pour Theodosiou. Pourtant, s’ils sont retrouvés, ces deux êtres peuvent causer sa perte. Quant à Spalino, son homosexualité refoulée est sûrement à l’origine de cet excès de testostérone qu’il manifeste. D’un cœur apparemment dur comme de la pierre, il fait preuve d’une surprenante générosité à l’égard d’Aureliano à la fin du troisième épisode.

Reste un personnage incontournable : Rome ou plutôt l’État du Vatican et ses environs. Pour une ville qui peut compter sur le beau temps une grande majorité de l’année, il est de prime abord étonnant que le tournage ait été effectué en plein mois de novembre. Mais justement, on cherche à s’éloigner de l’effet carte postale. L’action se déroule dans les ruelles sombres, les plages désaffectées et les bars miteux, à l’image des tractations douteuses qui sont au cœur de la série. Dans le même sens, on a droit à des scènes de violence très graphiques, mais pas gratuites puisqu’elles traduisent la dureté de ces coulisses.

Malgré les clichés appréhendés, Suburra s’en sort au final assez bien. On aimerait toutefois qu’à l’avenir Netflix prenne plus de risque avec ces séries étrangères, You Are Wanted d’Amazon réalisée en Allemagne étant le meilleur exemple. On peut aussi déplorer le peu d’effort du service de vidéo sur demande concernant la promotion de sa nouveauté qui une fois mise en ligne est presque passée inaperçue. Sinon, fait étonnant, c’est le monde qui aura la chance de découvrir la fiction en entier avant même les Italiens puisqu’elle ne sera pas sur les ondes de la chaîne Rai 2 avant 2018.

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