Semaine OTT : Mindhunter (2017)

Mindhunter est une fiction de dix épisodes qui ont tous été mis en ligne le 13 octobre sur le site de Netflix. Comme son titre l’indique, l’on suit deux agents du FBI : Holden Ford (Jonathan Groff) et Bill Tench (Holt McCallany) qui sillonnent le pays dans le but de s’entretenir avec plusieurs tueurs en série désormais derrière les barreaux. C’est que le corps policier aurait bien besoin de quelques notions de base en psychologie afin de comprendre comment ceux qu’ils pourchassent pensent. Inspiré du livre intitulé Mindhunter : Inside the FBI’s Elite Serial Crime Unit écrit par John E. Douglas et Mark Olshake, Mindhunter est un fascinant abécédaire des séries qui encore aujourd’hui rassemblent des millions de téléspectateurs. Le rythme, bien que lent n’en est pas moins très hypnotisant. En plus, on donne la part belle aux deux personnages principaux dont le travail pourrait bien venir affecter leur vie de famille plus qu’ils ne le croient.

Entre fascination et morbidité

L’histoire démarre et Holden, avec des collègues doivent gérer une prise d’otage qui tourne au vinaigre. C’est qu’il ne sait comment affronter son adversaire, qu’il s’agisse des mots à utiliser ou des actions à entreprendre. C’est à ce moment que le protagoniste décide de retourner aux études et éventuellement il se joint aux conférences que donne Bill à différents corps policiers du pays. Afin d’approfondir leurs connaissances, ils vont interroger divers tueurs en série, dont Ed Kemper (Cameron Britton) ou Jerry Brudos (Happy Anderson), tous deux enfermés pour avoir voilé, enlevé la vie et démembré plusieurs femmes. En parallèle, leurs expériences récemment acquises se révèlent également utiles concernant l’enquête des nouveaux meurtres qui sont commis un peu partout aux ÉtatsUnis. Au fil de leur travail qui évolue et des promotions qui vont avec, ils s’adjoignent Wendy Carr (Anna Torn), une psychologue affiliée à l’Université de Boston. Mais à force d’investiguer sur les âmes les plus noires des États-Unis, c’est à se demander s’ils ne risquent pas d’y laisser un peu de leur santé mentale au détour.

Mindhunter est en quelque sorte, une réplique aux diverses séries policières qui pullulent sur nos écrans. En effet, dans le genre d’épisodes qui sont la spécialité des networks, en à peine 45 minutes, les forces de l’ordre ont rapidement fait le tour de la psychologie des personnages qui se retrouvent en moins de deux derrière les barreaux. Dans un certain sens, la nouveauté de Netflix est une genèse de ce que l’on voit aujourd’hui et le contexte durant lequel se déroule la fiction n’est pas anodin. On le remarque dès les premiers épisodes quand Bill et Holden donnent des conférences devant divers corps policiers, ces derniers sont plutôt expéditifs au moment où vient le temps de composer avec des criminels armés… quelques coups de feu et c’est terminé. Le fait que Mindhunter évolue dans les années 70 est aussi intéressant : la réputation du FBI est au plus bas. C’est certainement entre autres en raison de leurs méthodes de travail pour le moins désuètes alors qu’en parallèle le public ose de plus en plus critiquer à haute voix leurs façons de procéder. Les études auxquelles s’adonnent le duo ont donc toute leur importance et la série, bien qu’étant donné son mode de diffusion devrait privilégier les cliffhangers prend tout son temps, ce qui est tout à son honneur.

En ce sens, Mindhunter réussit là où Unabomber a échoué. Dans les deux cas, on s’épand en long et en large la psychologie des tueurs. La fiction estivale de Discovery Channel peinait à retenir notre attention à long terme puisqu’en huit épisodes un seul terroriste (absent de l’écran de surcroit) intéressait les enquêteurs et toute l’analyse reposait sur la graphologie de ce dernier. Dans la nouveauté de Netflix, les crimes sont pour la plupart déjà commis, si bien que les attentes sont moindres à ce sujet. De toute façon, les différents tueurs qu’ils rencontrent remplissent les heures sans qu’on les voie passer. À l’image de Holden et de Bill, on est fasciné par ce qu’ils ont à nous dire. Certains reviennent sur leurs meurtres comme s’ils décrivaient une routine des plus anodines alors que d’autres sont en déni total concernant les événements antérieurs. Au niveau de la mise en scène, on n’est pas dans le spectaculaire à la Dexter ou Bates Motel. Il s’agit d’un exercice analytique très poussé et en ce sens, les interrogatoires dans une salle de prison ainsi que quelques clichés des crimes en noir et blanc suffisent à nous maintenir accros jusqu’à la fin, tout en nous donnant froid dans le dos.

À force de jouer avec le feu…

Au plus long terme, c’est pour les personnages principaux que l’on s’inquiète. Au départ, Bill et Holden sont pour le moins passifs. Tels des moines copistes, ils enregistrent les conversations et prennent quelques notes dans le but d’y déceler une certaine cohérence. Mais leur est-il possible de rester sain d’esprit à force d’entendre jour après jours des psychopathes leur parler de leurs déviances ? On met par exemple beaucoup l’emphase sur la sexualité de Holden et de sa petite amie Debbie (Hannah Gross) qui viennent tout juste de se rencontrer quand la fiction commence. Cette dernière est assez libérée de ce côté tandis que lui est plutôt novice en la matière. Quant à Bill, son mariage bat de l’aile alors que ses multiples voyages deviennent le prétexte idéal pour quitter le plus souvent le nid familial. Dans un sens, mais à degré moindre, leur quotidien ressemble à celui des tueurs en série avant qu’ils ne commettent l’irréparable : beaucoup de non-dits et quelques frustrations accumulées. Doit-on pour autant s’inquiéter pour eux ?

Heureusement, on bénéficiera de beaucoup de temps pour les voir évoluer dans le bon ou le mauvais sens puisque Netflix a renouvelé cette nouveauté avant même sa mise en ligne. Sinon, quelques semaines seulement se sont écoulées depuis que Nielsen a ajusté son mode de compilation des auditoires pour des services de vidéo sur demande comme celui-ci et les résultats sont assez précis. On doute que Mindhunter rallie un public aussi nombreux que la seconde saison de Stranger Things, mais l’expérience en vaut pleinement le coup.

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