Rattrapage automnal anglais : Porters/Timewasters (2017)

Porters est une nouvelle série de trois épisodes diffusée du 20 septembre au 4 octobre sur les ondes de Dave TV. Comme l’indique son titre, on suit le quotidien de trois « porteurs », ces gens qui déplacent les malades dans un hôpital, soit le doyen Tillman (Rutger Hauer), Frankie (Susan Wokoma) et le nouvel arrivé Simon (Edward Easton). L’emploi semble facile en apparence, mais c’est sans compter qu’ils se mettent volontairement ou non les pieds dans les plats chaque semaine. De son côté, Timewasters comprend six épisodes et a été diffusée du 9 octobre au 13 novembre sur les ondes d’ITV2. Nous y avons quatre musiciens : Nicholas (Daniel Lawrence Taylor), Jason (Kadiff Kirwan), Horace (Samson Kayo) et Lauren (Adelayo Adedayo) qui se retrouvent dans un ascenseur… qui les fait voyager dans le temps. Ils atterrissent donc dans le Londres de 1926 et par le fruit du hasard sont hébergés chez Lady Victoria (Liz Kingsman) et son frère lord Ralph (Joseph Quinn) qui les emploient aussi pour donner des prestations lors de leurs nombreuses fêtes. Si la série de Dave TV est franchement originale (cela semble être le cas de toutes les comédies anglaises se déroulant dans le domaine hospitalier), celle d’ITV 2 a vite fait de nous décevoir, ne serait-ce que pour omettre toutes les perches scénaristiques qu’on lui tend.

Porters : métier… stressant

Simon clame à qui veut l’entendre qu’il souhaite un jour devenir médecin et commencer comme porteur semble idéal. Après avoir fait la connaissance de Frankie et Tillman, il a la tâche d’amener un mort à la morgue, mais l’ascenseur tombe en panne. Pendant ce temps, le téléphone du défunt sonne et Simon n’ose avouer à sa fille que son père est décédé. S’ensuit un quiproquo épique. Dans le second épisode, l’équipe remporte un billet de loterie et notre protagoniste, afin d’impressionner l’infirmière Lucy (Claudia Jessie) dont il est amoureux accepte un peu trop rapidement de donner l’un de ses reins à un jeune garçon qui repose entre la vie et la mort. La semaine suivante, Simon invente un gadget permettant d’améliorer l’efficacité des porteurs… tout en se les mettant à dos.

On l’oublie souvent, mais rares sont les comédies qui réussissent réellement à nous faire rire et Porters entre dans cette catégorie. En effet, il faut un sacré tour de force pour arriver à nous divertir avec une tentative de suicide ratée ou la mort d’un homme qui est heurté par une ambulance après être sorti de l’hôpital. Parallèlement, nous avons droit à des scènes franchement drôles alors que Simon se branche lui-même sur un moniteur cardiaque pour faire croire à une femme que son père étendu à côté de lui est encore en vie. On s’identifie aussi au malheureux personnage qui sous la pression des médias se voit quasiment obligé de donner l’un de ses reins… avec tous les risques que ça implique. Sinon, les dérives qui émanent de cette notion de surveillance permanente au troisième épisode dans un souci d’efficacité sont très intéressantes d’un point de vue éthique.

Dans les drames médicaux américains, on suit toujours le quotidien de docteurs et d’infirmières qui effectuent des miracles dans des établissements de santé aux planchers immaculés. Ironiquement, les comédies médicales des dernières années venues d’Angleterre se sont avérées beaucoup plus réalistes. Tout comme Getting On (BBC Four, 2009), l’hôpital dans lequel est campé l’action de Porters témoigne d’un système de santé sérieusement endommagé en attendant d’être à bout de souffle. Et à l’image de Delivery Man (ITV, 2015) qui s’intéressait au métier de sages-femmes… masculines, la nouveauté de Dave privilégie également ce métier plus ou moins en bas de la hiérarchie hospitalière. Toujours en contraste avec les États-Unis, il est de ces patients que l’on ne peut sauver et qui n’ont pas tous le même respect pour les employés de l’établissement. La certaine détresse ressentie par l’infirmière dans Nurse (BBC Two, 2015) est reflétée aussi ici par un personnel égocentrique et peu compatissant envers quelques patients qui le lui rendent bien. Au final, Porters n’est peut-être pas à première vue des plus attrayantes, mais beaucoup plus attachante en termes d’identification.

Timewasters : titre prémonitoire

C’est lors d’une rencontre fortuite du groupe avec un itinérant dans un ascenseur que tout ce beau monde de retrouve en 1926. À peine ont-ils eu le temps de se remettre de leurs émotions qu’ils sont aussitôt recruté par les jumeaux Victoria et Ralph. Une fois sur scène, leur prestation de musique beaucoup plus moderne que les notes de jazz auxquelles le public s’attendait est un triomphe. Dans le second épisode, Nicholas, dans son désespoir de retourner dans le présent est envoyé dans un asile où le psychiatre se livre à des expériences eugéniques. La semaine suivante, Lauren hérite d’un gros montant d’argent et c’est à ce moment qu’elle acquière finalement la sympathie des amies de Victoria. En parallèle, Nicholas convainc le majordome de l’établissement de faire carrière dans l’opéra et il est pris au mot.

Avant même d’entamer un épisode, on se dit que la comédie d’ITV 2 a deux atouts en main : les voyages dans le temps et la couleur de la peau des protagonistes. Malheureusement, on est rapidement déçu. En ce qui concerne la première composante, on regrette que le quatuor reste toute la saison dans le Londres de 1926. D’une part, les différentes périodes de l’histoire étaient infinies (mais peut-être pas le budget de la production). D’autre part, on n’exploite même pas correctement l’année visitée. En effet, Nicholas et compagnie n’ont pas l’air déstabilisés le moins du monde en atterrissant dans ce nouvel univers. C’est à peine s’ils changent leur façon de se comporter, ne serait-ce que dans leur langage avec par exemple Lauren qui crie plus d’une fois « High five bitches! » à ses contemporains. On aurait par ailleurs pu faire plusieurs blagues sur le confort relativement moyen de l’époque comparé à aujourd’hui, la situation politique ou sociétale, mais encore une fois on ne répond pas à l’appel.

De plus, les quatre protagonistes sont Noirs et on commence le voyage avec une petite blague de leur part comme quoi le seul approprié pour eux se limiterait des années 80 à aujourd’hui, et encore. Sinon, dans un premier temps, on a affaire à un comportement plutôt puéril, pour ne pas dire caricatural des Blancs alors que certains leur crachent même au visage en les voyant. On peut pourtant être raciste tout en conservant ses bonnes manières… Enfin, on repassera pour l’originalité puisqu’après Downton Abbey et The Halcyon (2017), encore une fois les personnages noirs sont des musiciens de jazz. Apparemment la seule profession dans laquelle des gens de couleur pouvaient espérer à une vie quasiment décente, Timewasters y va donc de la solution facile pour créer le moins de remous possibles au niveau du scénario, ce qui la rend au final assez… pâle.

Le premier épisode de Porters a attiré 260 000 téléspectateurs avec 1,8 % de part de marché. Série en trois temps seulement, on en aurait demandé davantage. De son côté, Timewasters a fait mieux avec des scores de 430 000 et 350 000 pour ses épisodes #1 et #2 respectivement avec une part commune de 2,85 %. Sera-ce suffisant pour une seconde saison ?

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