Rattrapage automnal : Black Lake (2016)

Black Lake est une coproduction de huit épisodes entre le Danemark et la Suède qui a été diffusée en octobre 2016 entre autres sur la chaîne TV3 (titre original Svartsjön). Depuis la mi-septembre 2017, c’est BBC Four qui avec des sous-titres en anglais l’offre à son public à raison de deux épisodes par semaine. L’action se déroule en montagne alors que l’entrepreneur Johan (Filip Berg) invite sa copine Hanne (Sarah-Sofie Boussina) et plusieurs de leurs amis dans une auberge de ski qu’il aimerait acheter, celle-ci étant abandonnée depuis plus de vingt ans. Seulement, un horrible crime est survenu dans la bâtisse à l’époque et ses logeurs du moment semblent un à un être pris de maux étranges. Produits de leurs imaginations ou alors l’œuvre d’un ennemi quelconque ? Black Lake fait beaucoup avec peu de moyens, ce qui vient encore une fois renforcer la récente et solide réputation que se sont forgées les séries nordiques ces dernières années. Pour le moment, le flou que l’on entretient sur la suite des événements est intrigant, mais on sent aussi qu’une dérive potentielle pourrait être au rendez-vous.

Onirisme ou sinistre complot ?

Dans le premier épisode, l’ambiance est à la fête pour cette retraite en montagne. Mis à part Johan et Hanne, mentionnons Mette (Mathilde Norholt), la sœur de celle-ci et quelques amis comme Frank (Philip Oros), sa nouvelle petite amie Jessan (Aliette Opheim) et Osvald (Victor von Schirach). Une fois installés, une foule de phénomènes bizarres commencent à les chicoter, plus particulièrement Hanne. C’est que la nuit, ils entendent des bruits sourds et continus qui semblent venir de la cave, laquelle est verrouillée en permanence. Pourtant, certains des logeurs sont certains de l’avoir vu s’ouvrir… toute seule. Johan et Frank décident d’installer une caméra de surveillance à cet endroit, mais difficile d’affirmer pourquoi et comment la porte se meut. Entre-temps, Hanne entreprend de mener l’enquête grâce à l’aide de Lippi (Valter Skargard), un résident du coin. C’est qu’il y a 20 ans, une famille de quatre a été découverte sans vie dans la cave, chacun ayant trouvé la mort par strangulation. Helgesen (Christian Skolmen), le propriétaire de l’époque qui devait quelques jours plus tard ouvrir son nouvel hôtel a confessé avoir commis ces crimes. Pourtant, à en juger par son interrogatoire conservé sur une vidéocassette, il ne semble manifestement pas sain d’esprit et peu de temps après, il a été retrouvé noyé dans un lac à proximité de l’établissement. Hasard seulement, il se trouve que Jacob, le jeune frère de Mette et Hanne s’est aussi noyé dans un lac il y a plusieurs années ; tragédie dont cette dernière ne s’est jamais remise.

Au début de Black Lake, on est rapidement hypnotisé par l’ambiance particulière, mise de l’avant par deux trames sonores très distinctes. D’une part, on a le piano et les violons dans le générique qui semblent proposer un grand mélodrame. D’autre part, c’est une musique glauque, très simple accentuée par un rythme faisant penser aux battements de cœur. C’est exactement en accord avec les thèmes élaborés ici : secrets et mensonges au sein du groupe et ce qui ressemble à des phénomènes surnaturels avec l’hôtel qui semble hanté. On frissonne en effet à la vue de ces dessins d’enfants qui retracent le drame survenu vingt ans plus tôt tout comme on redoute de savoir ce qui se passe dans la cave. Sinon, on mord rapidement à l’hameçon quant aux relations interpersonnelles dont le vernis s’effrite peu à peu. On a par exemple Elin (Anna Aström) qui est la seule à ne pas se réjouir lorsque Johan et Hanne annoncent leur prochain mariage. Maîtresse ou ancienne petite amie, reste que le fiancé n’est pas indifférent à ses charmes. Quand à Gustav, on a toujours l’impression qu’il est la cinquième roue du carrosse et au moment où Johan annonce qu’un acheteur immobilier anonyme a aussi déposé une offre pour acquérir l’hôtel, tous les regards se tournent vers lui.

Le seul bémol avec Black Lake est qu’elle est composée de huit épisodes et qu’il serait à peu près temps de savoir vers quelle direction l’on veut nous amener. C’est qu’en deux diffusions, nous avons les chambreurs, Gustav et Jessan qui se lèvent un matin avec l’œil droit injecté de sang et qui ont aussi été en proie au somnambulisme durant la nuit. C’est justement leur état second qui explique certaines bizarreries commises ces derniers jours. Peu convaincus, on espère qu’on sera un peu plus diversifié et inventif au niveau du scénario concernant ces zones d’ombres qu’il faudra tôt ou tard éclaircir.

Une signature économique

Même si les séries nordiques ne sortent pas en quantité industrielle, reste qu’elles jouissent d’une certaine aura, en particulier du côté des thrillers psychologiques, quant à leur qualité autant au niveau du scénario que dans la mise en scène. C’est d’autant plus admirable qu’on remarque assez rapidement qu’une Black Lake par exemple ne dispose pas d’un budget de production faramineux. C’est que la majorité des scènes se déroulent à l’hôtel et dans les environs où il y a peu d’âmes qui vivent. Probablement imposé en partie pour des raisons économiques, on a cependant droit à un huis clos efficace qui avec des effets spéciaux réduits au minimum réussit tout de même à nous garder captifs de l’écran. Sinon, il y a la neige. Fait rare dans les séries en général, les pays scandinaves embrassent la saison hivernale avec des paysages à couper le souffle, tout en prenant soin d’intégrer la température au scénario. On a hâte que le Canada fasse de même… l’exemple de Cardinal sur CTV est plus que convaincant.

BBC Four étant une chaîne somme toute mineure au sein du paysage télévisuel anglais, on doute que les chiffres d’écoute de Black Lake aient cassé la baraque, d’autant plus que les séries sous-titrées n’ont généralement pas la cote auprès du grand public. Reste qu’on est toujours redevable à une chaîne comme celle-ci de nous faire découvrir des fictions assez difficiles d’accès, en raison notamment de la langue.

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