White Famous/ Young Sheldon (2017) : un homme enfant et son contraire

White Famous est une nouvelle série diffusée depuis la mi-octobre sur les ondes de Showtime aux États-Unis et sur M1 et CraveTV au Canada. On y suit le quotidien de Floyd Mooney (Jay Pharoah), comédien de stand-up noir qui à contre-courant accepte de tenter sa chance à l’écran. Pourtant, il réalise assez rapidement que ses valeurs et son style d’humour ne sont guère compatibles avec un Hollywood encore très « blanc ». De son côté, Young Sheldon est une nouvelle comédie dont le pilote a été lancé à la fin septembre. Après une pause d’un mois, elle vient tout juste d’intégrer sa case horaire régulière sur CBS aux États-Unis et CTV au Canada. Il s’agit ici d’un spin-off de The Big Bang Theory et on nous ramène en 1989 alors que son personnage principal, Sheldon Cooper (Iain Armitage) n’est âgé que de neuf ans. Aussi asocial qu’en étant adulte, sa mère Mary (Zoe Perry) se fait du sang d’encre afin qu’il s’intègre dans sa nouvelle école. Dans les deux cas, on ne peut pas dire qu’on sort des sentiers battus puisqu’on déroge à peine d’univers on ne peut plus familiers, mais c’est la comédie de CBS qui tire malgré tout son épingle du jeu. Quant à celle de Showtime, disons qu’elle tombe comme un cheveu sur la soupe dans un Hollywood qui a décidé de laver son linge sale en public.

White Famous : mauvais contexte, mais mauvais humour

Bien que très populaire dans le milieu du stand-up, Floyd subit la pression à la fois de son agent Malcolm (Utkarsh Ambudkar) et de son ex-femme Sadie (Cleopatra Coleman) afin qu’il élève sa carrière à un autre niveau. C’est que l’école privée que fréquente son fils Trevor (Lonnie Chavis) ainsi que toutes ses activités extrascolaires sont pour le moins dispendieuses. Justement, dans le premier épisode on lui offre un rôle dans un film avec Jamie Foxx, mais Floyd éprouve beaucoup de difficulté à s’entendre avec son futur producteur Teddy (Micheal Rapaport). Puis, son étoile ne cesse de monter. Dans les deux semaines suivantes, on lui offre un rôle dans une série traitant de racisme, mais c’est davantage le fait que son agent ne soit pas celui qu’il prétende être et que Sadie ait rencontré un autre homme qui occupe toute son attention.

Basée sur la vie du comédie et acteur Jamie Foxx, le but initial de White Famous est de critiquer par la bande un Hollywood qui est encore beaucoup trop blanc. En effet, les rôles que l’on imagine donner à Floyd sont censés être « criants de vérité » mais au final se révèlent être une succession de clichés assez insultants pour le principal intéressé. Du coup, même l’extrême délicatesse dont font part les producteurs relève de l’hypocrisie. Par exemple, Stu (Stephen Tobolowsky), l’un d’eux, tient mordicus à le qualifier « d’Afro-Américain », et ce, bien que le principal intéressé l’implore de cesser de le traiter avec des gants blancs. C’est d’ailleurs celui-là même qui quelques heures plus tôt avait pris le comédien pour un valet de stationnement. Mais peu importe les efforts déployés par Showtime pour nous sensibiliser par le rire à cette problématique, le message ne passe pas vraiment. D’abord, c’est en raison du protagoniste qui est constamment blasé. En effet, il aborde tout ce qu’on lui offre par la négative, ce qui devient lassant à la fin. On peut bien critiquer les autres (les Blancs dans ce cas-ci qui sont très caricaturaux), mais le principal intéressé ne propose rien face à ce racisme à peine couvert.

De toute façon, ce qui retient notre attention dans White Famous, c’est ce machisme involontaire et c’est bien là le problème. On le sait, Hollywood est submergé en ce moment par une vague de dénonciations concernant les agressions sexuelles depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein. Lancée au même moment, la nouveauté de Showtime compte très peu de personnages féminins, dont la plupart montrent davantage leur corps qu’elles n’ont de lignes dans le scénario. Conséquence : on a droit à des blagues de très mauvais goût. Par exemple, on a Floyd qui surprend Sadie dans sa chambre le peignoir ouvert et divulguant sa poitrine. Son ex-mari lui réplique : « You’re practically begging to get molested. » Plus tôt, en pleine conversation avec un producteur, on revient sur l’affaire Bill Cosby en ces termes : « I don’t know for sure if he raped anybody. And let’s say he did do some of that pervy shit. Maybe he did ’em a favor by drugging them. Would you really want the memory of old Doc Huxtable’s Jell-O pudding, meaty fingers all up in your lady gravy? » On ne trouve pas ça drôle, mais alors pas du tout.

Young Sheldon : des acteurs au secours de la série

La famille Cooper vient tout juste de s’installer au Texas et le souci principal de Mary est que son plus jeune fils s’adapte. Certes, il est doté d’une intelligence exceptionnelle puisqu’il sera dans la même classe que son frère aîné George (Montana Jordan). Seulement, c’est une certaine arrogance et l’envie de ne jamais vouloir se mêler aux autres qui lui valent les moqueries et l’isolement de la part de ses collègues. Au moins, il y a un peu de lumière au bout du tunnel puisqu’au second épisode, il se lie d’amitié avec un jeune garçon d’origine vietnamienne qui aime autant la science que lui. La semaine suivante, on continue de faire connaissance avec la famille Cooper alors que la grand-mère du bambin (Annie Potts) vient leur rendre visite.

Dans sa tradition de prendre le moins de risques possible, on est peu surpris que CBS ait lancé un spin-off de sa plus célèbre comédie qui entame sa onzième saison et dont les cotes d’écoute ne dérougissent pas. En fait, les habitués ne seront nullement dépaysés, à défaut d’être blasés éventuellement. C’est que la majorité des gags dans The Big Bang Theory tournent autour du caractère asocial de Sheldon et des efforts de ses amis afin de le sortir de sa zone de confort. Évidemment, comédie oblige : le même schéma est répété chaque semaine et c’est exactement ce sur quoi on mise dans Young Sheldon, sauf que cette fois, c’est sa mère qui prend le relais. Malgré ce manque d’originalité, on se dit au moins que les non-initiés (s’il en reste) de TBBT pourront y trouver leur compte puisque la nouveauté peut très bien survivre par elle-même.

En fait, la série à la chance de tabler sur un casting digne de mention, en particulier grâce à Zoe Perry qui incarne à merveille cette mère préoccupée, sans pour autant être caricaturale. Sinon, on ne peut passer sous silence le charisme du petit Iain Armitage qui livre avec aplomb les meilleures lignes d’humour. Par exemple il s’adresse à son institutrice en ces termes : « Also in violation of the grooming code on page 48, article five, subsection B, you have a bit of a mustache ». Plus tard à une meneuse de claque : « What if I told you I admired your boldly-applied makeup? »

Sans surprise, la première de Young Sheldon a été un franc succès : 17,2 millions de téléspectateurs avec un taux de 3,82 chez les 18-49 ans. CBS a donc pris la balle au bond et en a profité pour commander une saison complète de 22 épisodes. Certes, à son retour en novembre, ce chiffre a baissé à 12,66 (taux de 2,20), mais ça reste extrêmement élevé si bien que la série a de beaux jours devant elle. Du côté de White Famous, le phénomène est assez étrange. 174 000 téléspectateurs ont suivi le premier épisode avec un taux de 0,06, mais en trois semaines l’auditoire a augmenté considérablement à 266 000 pour un taux de 0,08. Si la fiction continue dans sa montée, un renouvellement pourrait bien avoir lieu.

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