Absentia (2017) : conséquence du « too much tv »

Absentia est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur la chaîne AXN en Europe et fera éventuellement son arrivée en Amérique du Nord, dont au Canada sur Showcase. L’action se déroule supposément à Boston alors qu’après six ans, l’agente du FBI Emily Byrne (Stana Katic) redonne enfin signe de vie. C’est qu’on la croyait morte après toutes ces années, d’autant plus qu’au départ, sa disparition s’apparentait à un kidnapping. Entre-temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Son conjoint Nick (Patrick Heusingger) et leur jeune fils Flynn (Patrick McAuley) ont refait leur vie et même qu’un homme a été incarcéré pour le meurtre d’Emily. Tout est donc à recommencer au niveau de l’enquête, d’autant plus que de nouveaux crimes sont commis. Malgré un bon premier épisode et des cliffhangers en général efficaces, Absentia perd des points sur le long terme en raison d’une compétition qui a déjà exploité une histoire similaire… avec les mêmes petits irritants. Reste qu’avec ses multiples lancements à travers le monde, cette fiction est l’exemple type d’un nouveau genre de production destiné à un public… planétaire.

 Prise 3

Il y a six ans, un tueur en série semait la terreur à Boston en raison de ses meurtres particulièrement abjects : il arrache les paupières de ses victimes avant de les achever. C’est Nick et sa conjointe Emily qui sont sur l’affaire, mais après le kidnapping de cette dernière, plus de nouvelles. Puis, les années passent et un certain Conrad Harlow (Richard Brake) est arrêté pour le meurtre de l’agente. Seulement, Nick reçoit un jour un téléphone anonyme lui indiquant où elle se trouve. Harlow est de facto libéré, mais il succombe quelques jours plus tard des mains du même tueur en série. Non seulement il y avait erreur sur la personne, mais en plus, on a retrouvé des traces d’ADN d’Emily sur son corps. Quelqu’un cherche manifestement à lui faire porter le chapeau… Son retour à la vie « normale » n’est pas non plus des plus réjouissants. C’est que Nick, après toutes ces années d’attente s’est remarié avec Alice (Cara Theobold) et Flynn la considère comme sa propre mère. Sinon, il est probable que toutes ces années de captivité aient ébranlé sa santé mentale… ou alors c’est ce que quelqu’un cherche à faire croire à ses collègues du FBI.

Le nombre de séries se multipliant à la vitesse de l’éclair depuis ces dernières années, l’une des conséquences des plus manifestes est que même avec une prémisse originale, il y a des chances que quelqu’un y ait pensé avant. C’est le cas avec Absentia qui arrive entre autres sur les écrans canadiens quelques mois après The Sinner, une production d’USA Network. Dans celle-ci, on avait une femme qui en quelques secondes était comme devenue folle et avait tué un parfait étranger. Le motif ? Il semble que la meurtrière ait connu sa victime, mais qu’elle souffre d’amnésie. En 2015, NBC quant à elle lançait Blindspot qui débutait avec une femme retrouvée ligotée et le corps couvert de tatouages ; chacun menant à un dangereux criminel. Atteinte elle aussi d’une perte de mémoire, avec le temps seulement le téléspectateur était à même d’en apprendre plus sur son passé.

Après trois épisodes qui s’étalent sur plusieurs jours, il est frustrant de constater que les collègues d’Emily ne cherchent pas davantage à savoir ce qui lui est arrivé durant ces six années, défaut similaire attribuable aux séries précédentes. Après quelques questions minimales, on semble se contenter de ses explications : elle ne se souvient de rien. Puis, on la renvoie chez elle. La seule fois qu’on la voit avec un psychiatre, elle est interrompue par ses collègues afin qu’elle retourne dans le feu de l’action. Blindspot de NBC faisait la même erreur en privilégiant les poursuites spectacles en tout genre aux dépens de la santé mentale de son héroïne. À l’opposé, dans The Sinner, on perdait du temps précieux dans les premiers épisodes avec ces scènes où tous cherchaient à interroger la protagoniste qui restait coite. Pour en revenir à Absentia, il y a toute cette trame sous-exploitée concernant Nick qui a refait sa vie puisqu’une discussion franche avec Emily, pourtant nécessaire, n’a jamais lieu.

Sinon, il manque à la série d’AXN des suspects ou du moins des indices solides dans le premier tiers de la fiction qui permettraient au téléspectateur de prendre part activement à l’enquête qui se déroule sous nos yeux. Quant au mystérieux meurtrier, oui, sa « signature » sur ses victimes nous donne la chair de poule. Mais du « tueur » à l’acide dans Rellik, à un autre qui en écrase avec sa voiture dans Mr Mercedes en passant par un malade qui dépèce des hommes dans The Loch ; on est rapidement écœuré, pire encore blasé par cette surenchère de gore.

Une série « postnationale »

C’est l’adjectif qu’a utilisé le premier ministre du Canada Justin Trudeau dans un discours pour qualifier son pays. En clair, cela signifie que les cultures sont à ce point diverses au royaume de la feuille d’érable qu’aucune d’entre elles n’a la prééminence sur une autre. On assiste en quelque sorte au même phénomène avec les séries télévisées. Netflix ayant ouvert la marche, les grands studios ne créent plus des fictions en pensant attirer leur marché local. Les histoires doivent être assez neutres pour plaire à n’importe qui dans le monde. Absentia entre dans ce cette mouvance. L’action a beau prendre place à Boston, reste qu’à l’inverse d’une franchise comme les Chicago de Dick Wolf sur NBC où la ville est un personnage en soi, la nouveauté d’AXN pourrait se dérouler n’importe où; les prises de vues extérieures et le bureau de police étant assez génériques. D’ailleurs, la série a été tournée en Bulgarie et les États-Unis n’ont plus la prééminence quant à la diffusion. En effet, c’est le Portugal, la Roumanie et l’Espagne qui ont eu les premiers honneurs, suivis de onze autres pays dans les jours d’après dont la Macédoine, la Pologne et la Russie. Sinon, la date d’arrivée se fait toujours attendre en Amérique; notamment au Canada alors qu’elle devait faire son arrivée à l’automne, mais Showcase pour le moment nous fait toujours languir.

Dans ce contexte, la performance au niveau des cotes d’écoute d’Absentia importe peu puisque le coût de la série reste le même, qu’elle soit diffusée dans un ou une quinzaine de pays. L’avenir appartient donc à une poignée de grands joueurs aux reins extrêmement solides, au détriment malheureusement des particularismes locaux qui eux, regorgent d’originalité tout en nous faisant voyager.

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