Superstition (2017) : des astres qui ne s’alignent pas

Superstition est une nouvelle série diffusée depuis la fin octobre sur les ondes de SyFy aux États-Unis. L’action se déroule au sein de la famille Hastings et de la maison funéraire qu’ils dirigent dans la mystérieuse ville de La Rochelle à Atlanta. Justement, le retour du fils Calvin (Brad James) après 16 ans d’absence coïncide avec l’arrivée d’un dénommé Dredge (W. Earl Brown), un démon qui a décidé de faire de la ville un enfer. Pour le moment, seuls les Hastings sont de taille à l’affronter, mais la partie n’est pas gagnée d’avance. Seconde nouveauté de la chaîne dédiée à la science-fiction, on ne peut pas dire que Superstition nous laissera un souvenir impérissable. Le scénario s’en va de tous bords tous côtés dépendamment du souffle de la brise et comme c’était le cas avec Ghost Wars, le budget limité de la production se fait sentir.

Des croisades à la macédoine en passant par les mauvais citoyens

Le retour de Calvin ne provoque pas exactement des effusions de joie de la part de ses parents Isaac (Mario Van Peebles) et Bea (Robinne Lee) en raison d’une tragédie familiale survenue à cette époque. C’est que son jeune frère est décédé à la suite d’un combat contre des fantômes et Calvin, profondément perturbé est allé risquer sa vie tout ce temps sur le terrain en Afghanistan. Le « revenant » fait aussi la rencontre de Garvey (Morgana Van Peebles), sa fille naturelle qu’il a abandonnée avant même qu’elle ne soit née. Inutile de préciser qu’elle lui bat froid. Non loin de la maison funéraire, Dredge, déguisé en prêtre est à l’origine d’une attaque de serpents survenue dans une église qui a fait plusieurs morts. Puis, ces reptiles se répandent un peu partout dans la ville faisant de nouvelles victimes. C’est armés de plusieurs fusils et machettes qu’ils confrontent le mécréant vers la fin de l’épisode. Bien que Calvin sorte vainqueur, leur ennemi n’a pas dit son dernier mort et envoi à la maison funéraire des cadavres qui deviennent ses yeux, ses oreilles et également ses poings. La semaine suivante, c’est un demi-zombie/ demi-humain qui est ressuscité par Isaac afin de les aider au combat

On a beau être en science-fiction, il n’y a rien de plus énervant en consommant quelques diffusions d’une nouveauté que d’être tenu dans l’ignorance quant aux enjeux cruciaux du scénario, ce qui est le cas avec Superstition. C’est qu’au long des trois premiers épisodes, on a l’impression que les textes ont été écrits sur le coin d’une table et rassemblés pêle-mêle ; la seule tangente étant ce qu’on pourrait définir comme étant des sortilèges, comme l’indique son titre.

Ça commence justement avec l’attaque de serpents : Isaac nous apprend qu’à l’époque de l’Antiquité, ces ophidiens étaient l’objet de vénération et qu’on avait même un dieu à son effigie : Glycon. Puis, un sort jeté en son nom aurait apporté le chaos en Macédoine. Plus tard et de façon plus globale, Isaac explique ce qui est la cause de cette décadence à laquelle ils assistent. Selon lui, depuis des années les hommes prennent la terre pour une poubelle, ce qui n’est pas sans conséquence : « This imbalance is causing a rise in evil among us and outside. It’s as if the infernals have come to put us in check. »

Isaac lui-même y va d’explications laborieuses quant à l’arbre généalogique de la famille ; son arrière-arrière-grand-père, en tant que chevalier a sauvé des centaines de vies durant les croisades alors que lui-même est âgé de… 778 ans. Du côté de Dredge, quand on lui demande enfin ce qu’il est, quel est son but, on a cette réponse de sa part : « The Romans called me the Inferne. The Chinese called me Shang Wen. I have become death, the destroyer of worlds. I am the walrus. »… Superstition, c’est donc un gros pot-pourri ou rien ne se tient vraiment, y compris la tête d’Isaac, décapité à la fin du premier épisode. Cette fin pour le moins dramatique est complètement annihilée dès la semaine suivante alors que Bea, habillée à l’égyptienne (pourquoi ?) recolle en un rien de temps les deux morceaux et Isaac est comme neuf. En somme, n’importe qui, surtout Dredge, le seul méchant, peut être anéanti et par des tours de passe-passe paresseux revenir à la vie. Moyen-Âge, divinités grecques, gaz à effet de serre : les dangers potentiels et la façon de les supprimer sont infinis… et ridicules.

On veut rire !

Rares sont les séries de science-fiction où on se permet de lâcher notre fou. Au cours des dernières années, seules Stan Against Evil d’IFC (2016) et Ash vs Evil Dead de Starz (2015) ont emprunté cette voie et sans nécessairement fédérer un auditoire mirobolant, toutes deux continuent d’être renouvelées. Du côté de SyFy, des 14 fictions programmées pour l’année 2017, aucune n’explore la comédie ; que des drames. Au point de vue du scénario, Superstition avec ses histoires abracadabrantes qui ne tiennent pas la route aurait été une candidate idéale, d’autant plus que dans un des premiers plans du pilote, on aurait juré qu’elle s’en allait dans cette voie. En effet, lors d’une messe funèbre au salon des Hastings, le mort ne repose pas dans son cercueil, mais est empaillé debout avec un fusil dans les mains. À côté de lui, on s’est même donné la peine de faire de même avec un ours…

Du côté du budget aussi cette solution aurait été idéale. C’est qu’à l’image de Ghost Wars, on n’a pas plus l’impression ici d’avoir droit à un certain sens de la communauté ; c’est-à-dire que mis à part la maison des Hastings et quelques scènes de nuit dans la ville, celle-ci nous paraît presque déserte. On devine que c’est davantage dû à un budget limité et non un choix artistique. Et comme dans l’autre nouveauté, on met beaucoup l’accent sur l’éclairage, mais avec Superstition on exagère allègrement concernant les contrastes au point ou en plein après-midi d’une journée ensoleillée, on a l’impression qu’il est minuit. Tous ces petits défauts nous sauteraient moins aux yeux si on était dans une comédie ne se prenant pas au sérieux ou parodiant le genre ; un équivalent d’Angie Tribeca de l’horreur en somme.

Le premier épisode de Superstition a rassemblé 453 000 téléspectateurs avec un taux de 0,12 chez les 18-49 ans et deux semaines plus tard, ils étaient toujours 402 000 (Taux de 0,10) en direct. Au moins, la chute n’est pas trop brutale, mais à ce stade, cette nouveauté fait à peine mieux que Ghost Wars, c’est-à-dire au plus bas des séries de la chaîne. Et quand bien même SyFy voudrait l’annuler en cours en route, elle a pour ainsi dire les poings liés puisque Netflix a acheté les droits pour la diffusion à l’étranger de la saison de 13 épisodes. Au cas où elle trouverait son public ailleurs…

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