Dynasty (2017) : Réchauffé couteux

Dynasty est une nouvelle série diffusée depuis le début octobre sur les ondes de The CW aux États-Unis et KTLA au Canada. L’action se déroule au sein de la famille Carrington, une « dynastie » en soi tellement elle est riche, alors que le patriarche Blake (Grant Show) est sur le point d’épouser la directrice des communications de son entreprise Cristal (Nathalie Flores). Si son futur beau-fils Steven (James MacKay) s’en accommode, c’est tout le contraire pour sa belle-fille Fallon (Elizabeth Gillies) qui ne tarde pas à lui déclarer la guerre. Mais avant de sortir les armes, une trêve est de mise puisque ce qui ressemble à un meurtre dans leur entourage pourrait bien les éclabousser et faire trembler leur empire. Remake d’une des séries les plus regardées des années 80, la plus grosse erreur de la production est probablement de ne s’être pas assez détachée de l’originale. Le plus ironique est qu’à l’intérieur même de son scénario, la série trouve le moyen de se discréditer elle-même.

Une famille peu unie

Le mariage à venir est l’occasion qu’il fallait pour réunir les Carrington, mais on ne peut pas vraiment dire que l’amour est au beau fixe entre les membres de la famille. Dans un premier temps, on a Fallon qui depuis longtemps rêvait de devenir directrice en chef des opérations de l’entreprise, mais elle tombe des nues lorsqu’elle apprend que son père décide de donner ce titre à sa nouvelle épouse. De son côté, Cristal est loin d’être blanche comme neige. C’est que durant les quatre mois où elle a fréquenté Blake avant leur mariage, elle avait aussi une liaison avec Matthew (Nick Wechsler), un des employés des Carrington. Mais ce dernier ne restera pas longtemps dans les parages après qu’une éolienne défectueuse se détache de son socle et décapite le pauvre amant. Dès lors, la police ouvre une enquête pour meurtre et c’est chacun des membres de la famille qui est directement visé. Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, le majordome Joseph (Alan Dale) a découvert que Cristal s’est infiltré illégalement aux États-Unis et que c’est sous ce faux nom qu’elle s’est mariée. Justement, son passé pourrait bien ressurgir d’un moment à l’autre.

Dynasty a beau suivre les lignes directrices de sa prédécesseure, il fallait tout de même la mettre un tant soit peu au goût du jour et les changements qui y ont été apportés nous en disent un peu plus sur notre époque. Par exemple, sans affirmer qu’ici les blancs sont en minorité, reste qu’on a Cristal qui est d’origine hispanique alors que les Colby, la famille ennemie des Carrington est afro-américaine. Qui plus est, on brise (enfin) un autre tabou concernant les relations interraciales avec le personnage de Fallon. Celle-ci en plus de flirter constamment avec Jeff Colby (Sam Adegoke) a une aventure avec Michael (Robert Christopher Riley), le chauffeur de la famille. C’est qu’à la télévision on est assez habitué de voir un homme blanc en couple avec une femme noire, mais l’inverse est assez rare. Sinon, le personnage de Steven est ouvertement gai et son orientation sexuelle n’est plus la cause de la fracture profonde entre le père et le fils, mais plutôt leurs divergences sur la direction de la compagnie. De plus, on constate que l’obsession de la jeunesse est beaucoup plus apparente que dans les années 80, en particulier chez les femmes qui mêmes adultes, ont l’air d’être sorties tout droit du lycée. On sait par exemple que The CW s’adresse à une cible moins âgée, mais quand Fallon, Cristal et le neveu de cette dernière Sammy Joe (Rafael de la Fuente) semblent être nés la même année, on a un peu dépassé les bornes.

Reste qu’au long terme, ces « actualisations » demeurent cosmétiques. C’est plutôt dans le scénario que le bât blesse. Les premières médisances échangées entre la fille et la belle-mère ont beau nous faire sourire, à la longue, ce manque total d’empathie commence à nous lasser. C’est la même chose au niveau de la solidarité familiale. Les Carrington s’insultent à tout bout de champ et leur égoïsme est sans borne au point où l’on est carrément indifférent lorsqu’à la fin du second épisode, Steven est arrêté pour le meurtre de Matthew.

Des références qui n’avantagent pas

La première mouture de Dynasty a fortement marqué les esprits et la nouveauté ne cesse d’y aller autour d’autoréflexions concernant les riches et célèbres. Pourtant, chaque fois qu’elle le fait elle se discrédite un peu plus. Ça commence avec les premiers plans du pilote où Fallon, en voix off nous dit : « Like it or not, we live in an age of dynasties ». À cela s’ajoutent des prises de vues des Kardashian, des Murdoch et des Trump. Justement, le monde de la télévision a beaucoup évolué depuis les années 80. En ce moment, on se demande pourquoi il y aurait un appétit du côté du public quant aux soaps de luxe alors que tous les soirs le président américain nous consterne avec ses sautes d’humeur ? Sinon, on a la possibilité de changer de chaîne et de tomber sur un épisode de téléréalité où justement on met en scène de vrai et extravagants riches et célèbres. Plus tard, pendant un énième affrontement entre Cristal et Fallon, cette dernière lui balance : « You do know you’re not the star of this Lifetime movie, right? » La chaîne dont il est question ici trainant la réputation de longs métrages fleur bleue d’une qualité douteuse, on réalise justement que ce à quoi on assiste n’est pas vraiment mieux.

Enfin, c’est au niveau de l’auditoire que la différence entre les deux versions est on ne peut plus manifeste. La première saison de celle des années 80 avait connu un départ plutôt « quelconque », se classant au 28e rang de Nielsen et n’avait rassemblé que 19 millions de téléspectateurs. Il faudra attendre l’arrivée du personnage d’Alexis en début de seconde saison pour que la série prenne véritablement son envol et ensuite atteindre la première place du podium deux ans plus tard avec un auditoire moyen de 25 millions. Dans un monde où la compétition télévisuelle est extrêmement féroce et où la patience du téléspectateur est somme toute limitée, la nouveauté de The CW ne peut tout simplement pas se permettre d’attendre aussi longtemps avant d’y ajouter sa carte maîtresse ; l’ex-femme de Blake. C’est que le premier épisode n’a attiré que 1,26 million de téléspectateurs avec un taux de 0,33 chez les 18-49 ans. Un mois plus tard, l’érosion s’est poursuivie alors qu’ils n’étaient que 744 000 (taux de 0,20) . Quand on pense qu’à l’époque ABC a déprogrammé sa série après neuf saisons parce qu’elle ne rejoignait plus que 10,5 millions de téléspectateurs…

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