Wisdom of the Crowd (2017): prémisse difficile à avaler

Wisdom of the Crowd est une nouvelle série diffusée depuis le début octobre sur les ondes de CBS aux États-Unis. L’action se déroule à San Francisco alors que Jeffrey Tanner (Jeremy Piven), un millionnaire à la tête d’un important groupe de réseaux sociaux annonce qu’il confie les rênes de son empire à quelqu’un d’autre. C’est que dès à présent il compte se consacrer entièrement à Sophe, une plateforme digitale dans laquelle les citoyens ordinaires sont appelés à « contribuer » aux enquêtes en cours, qu’ils aient été témoins d’un crime, au courant de rumeurs : peu importe. Toute une équipe est désormais en place pour faire le tri des informations qu’on leur envoie. Et Dieu sait qu’ils en reçoivent. On a beau clamer qu’il y a trop de violence ou de sexualité à l’écran, il est pourtant assez choquant d’y retrouver ce genre de série qui fait l’apologie d’une telle doctrine dans le seul but d’en créer un procédural. Et avec son mythe du bon samaritain richissime, la télévision américaine, même en fiction semble plus à droite qu’il n’y paraît.

La « sagesse » populaire

C’est un drame qui a incité Jeffrey à changer si drastiquement le cours de sa vie. C’est qu’il y a plus de deux ans, sa fille Mia (Abigail F. Cowen) a été assassinée et son père est persuadé que c’est le mauvais suspect qui croupit en ce moment en prison pour le crime. Avec sa maîtresse Sara (Natalia Tena), il décide donc de créer une application sur les téléphones intelligents qui dès le départ connaît un fulgurant succès. Par exemple, rien qu’en échangeant des photos prises la veille du meurtre, on est capable d’identifier de deux à trois intervenants qui se trouvaient dans les parages au même moment. Bien qu’aucun d’eux ne soit coupable, reste que Jeffrey en apprend davantage sur sa propre fille qu’il ne l’aurait pensé. Persuadé par exemple qu’elle était travailleuse sociale, il s’avère que peu avant sa mort elle avait été admise dans un centre de désintoxication. Pendant que ces informations entrent au compte-goutte, Jeffrey et son équipe trouvent aussi le temps de s’occuper d’autres enquêtes policières. Dans le second épisode, il s’agit de retrouver un jeune garçon de 13 ans porté disparu depuis plusieurs jours alors que dans le troisième, on tente d’arrêter un meurtrier qui en fait s’avère être un tueur en série.

On l’a vu ces derniers temps avec Seal Team, Valor et The Brave ; chacune de ces séries utilisait le cadre de l’armée afin de donner au téléspectateur sa dose d’adrénaline chaque semaine avec des missions plus folles les unes que les autres. En parallèle, on avait aussi droit à une propagande à peine voilée des forces américaines toutes sans exception prêtes à défendre leurs vies pour la liberté. Si le ton patriotique de ces dernières nouveautés avait le don d’en énerver plus d’un, Wisdom of the Crowd est bien pire dans le message qu’elle véhicule sous prétexte d’être de son temps. La logique est simple : la plupart des Américains ayant un téléphone intelligent : mettons-les donc à contribution dans des affaires de crimes non résolus. En pleine conversation avec le Détective Tommy Cavanaugh (Richard T. Jones), Jeffrey explique justement son raisonnement : « People want to be a part of something meaningful ». À un autre moment, Tommy le relance ainsi : « But we have this thing called the Constitution, which protects people’s privacy. » Ce à quoi il répond :« Privacy? We gave that up a long time ago so we could watch cat videos on our phone. »  Ces lignes du scénario sont doublement insensées. D’une part, on doute que la majorité des utilisateurs de cette nouvelle application y contribuent par grandeur d’âme, mais plutôt pour avoir leurs cinq minutes de gloire ou confirmer leur côté voyeur. D’autre part, certes, les gens en dévoilent beaucoup sur eux sur les plateformes, mais de là à justifier une chasse aux sorcières basée sur des on-dit, il y a un pas. D’ailleurs, on n’hésite pas à le franchir avec Wisdom of The Crowd qui essaie de se donner bonne conscience, notamment avec le personnage de Tommy. À lui seul, il incarne toute résistance possible à ce genre de projet, mais en vain puisqu’après quelques répliques de ses interlocuteurs, il se joint à leurs vues dans un but d’efficacité.

Quant aux conséquences ? Il n’y en a aucune ou alors la nouveauté de CBS élude maladroitement la question. Par exemple, dans le premier épisode une vidéo de surveillance datant de la nuit du meurtre de Mia est mise en ligne et l’on y voit une voiture stationnée non loin. Les concepteurs de Sophe demandent l’aide du public afin d’identifier le conducteur. Non seulement une foule le retrouve, mais elle le tabasse au passage… au cas où. Lorsque Tommy le rencontre à l’hôpital, tout ce qu’il veut ce sont les informations qu’ils pourraient lui donner et c’est à peine si on s’intéresse au lynchage. On a droit à une scène similaire plus tard dans l’épisode aussi ridicule que choquante. Sophe publie cette fois la photo d’un homme recherché. Après, une dizaine d’individus qui n’ont manifestement rien à faire de leur vie le suivent au pas tout en le filmant. La morale extrêmement simpliste ici est que tout est permis parce qu’au final ça a aidé à faire avancer l’enquête.

Ce$ bon$ $amaritain$

Wisdom of the Crowd entre de la lignée des APB ou Pure Genius : ces séries qui mettent en scène un homme riche qui décide d’investir une grande partie de sa fortune dans la technologie afin d’aider son prochain. Dans celle de Fox, on prêtait secours à un service de police alors que dans celle de CBS, un hôpital. Toutes deux annulées prématurément, c’est ce portrait de l’homme riche providentiel ; pur produit du « American dream » qui tapait sur les nerfs. Comme dans Wisdom of the Crowd, le constat est que le système, bourré de paperasses et de fonctionnaires n’est plus opérant. Il faut donc se montrer reconnaissant envers ces hommes qui par grandeur d’âme donnent au prochain (en espérant qu’ils ne changent pas d’avis en cours de route). Dans APB, disons que l’investissement n’est pas gratuit puisque c’est son propre matériel que la ville achète pour armer ses policiers. Dans Wisdom, c’est totalement désintéressé, au point où son comptable Mike (Malachi Weir) est à deux doigts de s’arracher les cheveux. C’est que depuis que Jeffrey a vendu sa compagnie, l’argent ne rentre plus et Sophe est un véritable panier percé puisqu’à but non lucratif. Les deux hommes acceptent pourtant de rencontrer un investisseur au troisième épisode, mais son créateur repousse l’offre du revers de la main. Il continuera à opérer son site jusqu’à ce qu’il puisse trouver le réel meurtrier de Mia, tout en aidant les autres victimes, quitte à ce qu’il ne lui reste plus un sou en poche… On n’y croit pas une seule seconde.

D’ailleurs, l’auditoire non plus n’est pas très convaincu.  Le premier épisode de Wisdom of The Crowd a beau avoir attiré 8,3 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,34 chez les 18-49 ans, les chiffres passent du haut au bas depuis. Par exemple, la semaine suivante, le taux n’était de que 0,98, pour remonter à 1,10 au troisième épisode. Sur le long terme par contre, la série n’a aucune chance ; du moins on l’espère…

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