Law & Order True Crime (2017) : de retour aux années 90…

Law and Order est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis la fin septembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et Global au Canada. Dans ce cas-ci, le « crime réel » concerne les frères Menendez, Lyle (Miles Gaston Villanueva) et Erik (Gus Halper) qui ont été reconnus coupables au début des années 90 pour le meurtre de leurs parents. Au fil des épisodes, on s’intéresse à l’enquête qui éventuellement mènera à l’arrestation des deux jeunes adultes, puis de leur procès qui fera grand bruit au pays de l’oncle Sam. Profitant de l’énorme appétit du public, autant en fictions qu’en documentaires, la nouveauté de NBC peine à s’ancrer dans la modernité, quand bien même son sujet se serait déroulé il y a près de 20 ans. Même après trois épisodes, on tente de se convaincre que le plus intéressant est à venir, mais que peut-on espérer d’une fiction avec Dick Wolf en tant que producteur exécutif ?

Du passé… au passé

True Crime commence alors que Jose et Kitty gisent dans leur propre sang dans leur luxueuse maison de Beverly Hills. Au départ, on croit que c’est la mafia qui est responsable de ces meurtres crapuleux, mais rapidement, les détectives Les Zoeller (Sam Jaeger) Tom Linehan (Cliff Chamberlain) soupçonnent les deux fils. D’abord parce qu’ils auraient effacé une version non complète du nouveau testament rédigé par Jose, ensuite parce que sous un faux nom, ils se seraient procuré les armes du crime. Entre-temps, Kyle, sur le point de craquer sous la pression décide de tout avouer au Dr Jerome Oziel (Josh Charles), son psychologue depuis plusieurs années. Or, après avoir été humiliée, sa maîtresse Judalon (Heather Graham) a tout raconté à la police et en peu de temps, les Menendez se retrouvent derrière les barreaux. Ils choisissent pour avocate Leslie Abramson (Edie Flaco) qui avec son équipe a beau déployer tous les moyens pour innocenter ses clients, le fait qu’ils ne jouent pas franc-jeu avec elle rend sa tâche difficile. Mais une fois le procès enclenché, les frangins n’auront d’autre choix que de déballer leur sac s’ils veulent avoir la vie sauve.

L’histoire en soi est une excellente fiction : des fils de riches qui tuent leurs parents et qui héritent d’un gros magot. Puis, ils se font épingler par la police et leur procès prend des allures de soap d’après-midis puisqu’il est l’un des premiers diffusés sur la chaîne nouvellement lancée en 1993 : Court TV. Et après le succès de l’hiver 2016 d’American Crime Story sur FX concernant la poursuite d’OJ Simpson, il était logique d’adapter l’histoire des frères Menendez chez un concurrent. Pourtant, le premier plan du pilote lui-même donne le ton… et il est loin d’être encourageant. C’est qu’on voit en grosses lettres blanches, bleues et rouges le titre « Law & Order » ; une franchise signée Dick Wolf dont True Crime est la sixième variante. En temps normal, reprendre le logo d’une série à succès pourrait être un gage de fidélité de la part du téléspectateur qui hésite à se lancer dans l’inconnu. À l’inverse, dans ce cas-ci ça nous donne l’impression que la fiction est déjà démodée, ce qui sous plusieurs angles s’avère exact. On le voit en ce moment avec la franchise des Chicago (Fire, Justice, PD et Med) ; Dick Wolf nous offre du contenu d’une autre époque, extrêmement formaté et se révèle incapable de prendre des risques. True Crime ne fait pas exception. Le scénario par exemple est d’une linéarité déconcertante alors que toute la tension est orientée sur le motif qui a poussé les deux frères au meurtre ; l’inceste. Il est de notoriété publique que c’est autour des agressions sexuelles qu’a tourné tout le procès des Menendez, mais l’on s’obstine à maintenir ce faux suspens, jusqu’à son dévoilement à la fin du troisième épisode. L’effet est pour ainsi dire raté. Sinon, mentionnons ces transitions entre les scènes rappelant les vieux Law & Order des années 90 avec ces flashbacks et ralentis du crime en noir et blanc. Il s’agit là de techniques qui ont certes fait leurs preuves, mais qui témoignent aussi d’un manque flagrant d’originalité de la part du créateur René Balcer.

Sinon, la comparaison (inévitable) avec ACS : The People vs O.J. Simspon n’est pas du tout en faveur de True Crime. D’abord, la série de Ryan Murphy n’avait pas lésiné sur les moyens, notamment dans la reconstruction d’époque, mais aussi en employant de grosses pointures d’Hollywood tels John Travolta, Nathan Lane, Sarah Paulson et Cuba Gooning Jr. De plus, ce dernier dans le rôle d’OJ a toujours maintenu le doute concernant sa culpabilité puisque dans aucune scène on l’a vu admettre son crime. Et bien que la théorie de son innocence fasse peu d’adeptes, ce flou, entretenu par le système de justice lui-même ne pouvait que titiller le téléspectateur. Dans la fiction de Wolf, du point de vue de la loi, la culpabilité des deux frères ne fait aucun doute, d’où un intérêt un peu plus limité pour la série. C’est dans le motif par contre qu’il ne nous reste qu’à mettre nos espoirs…

De 1993 à 2017

Par-dessus tout, la question qui se pose est la suivante : quel est l’intérêt de nous « remémorer » l’affaire Menendez ? Dans le cas de The People vs O.J. Simpson, la fiction ne pouvait pas être plus connectée à la réalité. C’est que dans les dernières années au pouvoir du président Barak Obama, ont vu les tensions s’accroître entre policiers blancs accusés de faire du profilage racial, particulièrement envers les Noirs. En même temps, nous avions droit à tout un épisode sur l’avocate incarnée par Sarah Paulson dans lequel l’on dénonçait le traitement fait aux femmes dans la sphère publique avec les médias, lesquels s’égosillaient davantage sur son apparence ou sa nouvelle coupe de cheveux plutôt que sur ses plaidoiries. Dans le cas de True Crime, tout reste à faire en ce sens puisque c’est définitivement sur les agressions sexuelles masculines que l’on devra mettre l’accent. À l’époque, elles n’étaient tout simplement pas prises au sérieux par la population en général et même au niveau des jurés assignés à l’affaire. On espère que la misogynie sera décortiquée et dénoncée comme il se doit, sinon, la série au final ne se limitera qu’à une recréation voyeuriste d’un drame qui a fait grand bruit, sans plus…

Le premier épisode de Law & Order True Crime a attiré 6,06 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,64 chez les 18-49 ans. Le tout s’est stabilisé dans les deux semaines suivantes aux alentours de 4,75 millions et un taux de 1,1. C’est loin d’être extraordinaire, d’autant plus que la série la plus populaire de NBC, This is Us précède la nouveauté dans la grille horaire. À ce stade, on doute que True Crime se transforme en anthologie, ce qui aurait été logique comme plan à long terme.

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