The Good Doctor (2017): le succès de l’automne

The Good Doctor est une nouvelle série diffusée depuis la fin septembre sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada. Le titre fait référence à Shaun Murphy (Freddie Highmore) un chirurgien tout juste diplômé de l’université qui s’apprête à travailler pour la première fois dans un hôpital ; le St Bonaventure de San José. Mais voilà que son entrée même en poste est contestée par plusieurs médecins en raison du trouble du spectre de l’autisme dont il est atteint. Pourtant, le protagoniste est doué d’une intelligence fort au-dessus de la moyenne qui au long terme, fera taire les plus sceptiques. Adaptation d’une fiction éponyme de la Corée du Sud, The Good Doctor est en quelque sorte l’abécédaire d’une série classique d’un network. Fortement ancré dans le mythe judéo-chrétien, le début comme la fin sont prévisibles à souhait et issus d’un scénario on ne peut plus transparent. Quant à la supposée sensibilisation au spectrum de l’autisme, ce n’est pas ici qu’on va apprendre grand-chose.

De la fausse pitié

La journée où Shaun doit rencontrer ses collègues pour une entrevue, il est retenu à l’aéroport suite à un accident qui fait qu’une victime se retrouve entre la vie et la mort. Pendant que le jeune homme s’attèle à cette tâche apparemment perdue d’avance, à l’hôpital, son président, le docteur Aaron Glassman (Richard Schiff) tient une réunion spéciale à la suite de protestations de certains de ses collègues. C’est qu’ils ne peuvent concevoir qu’un autiste travaillera avec eux, craignant les mauvais diagnostics et les poursuites. Pourtant après quelques réticences, il est clair que Shaun est l’homme de la situation. Dans le deuxième épisode par exemple, le chirurgien sauve in extremis une jeune fillette dont les crampes à l’estomac pourraient provoquer sa mort dans un très court délai. Dans le troisième, il ne se laisse pas berner par un patient qui ment sur son état de santé.

La grande illusion dans laquelle les networks se veulent les experts est d’arriver en début d’année de télévision à nous vendre une nouvelle série en prétendant sortir des sentiers battus grâce à un scénario innovant. Dans le cas de The Good Doctor, on y allait de cette promotion : « Not like anything we’ve seen before », notamment, parce qu’on a le supposé cran d’avoir pour personnage principal un autiste. Or, ici Shaun est atteint du syndrome du savant ; c’est-à-dire qu’il possède une capacité d’excellence supérieure à la moyenne dans certains domaines, dont la médecine dans ce cas-ci. Si l’on veut faire un peu de mathématiques, dans la province de Québec par exemple, pas plus de 1,4 % de personnes seraient autistes sur une population de 8,2 millions d’habitants. De ce nombre, seulement 10 % du 1,4 % seraient atteints du syndrome du savant. Dans la série d’ABC, le principal problème du protagoniste se limite à son franc-parler et comme de fait, ses aptitudes à rassurer ses patients sont assez nulles. Sinon, il est capable de vivre seul et d’être autonome dans la vie en général, ce que beaucoup de parents souhaiteraient à leurs enfants autistes. Il est donc pertinent dans ce cas-ci de se demander qui cherche-t-on à sensibiliser ou à rejoindre.

Le plus frustrant est que l’on procède à un transfert de « pitié ». C’est qu’au lieu de nous dépeindre le difficile quotidien d’un autiste dans un milieu de travail, on en réduit les symptômes à une simple forme d’intimidation. Shaun, tel un saint porte donc sa croix depuis l’enfance et encore aujourd’hui parce que les autres se moquent de lui. Il n’est pas pris au sérieux et pourtant, c’est le seul à trouver des solutions aux problèmes les plus pointus de malades qui se rendent à l’hôpital. Mieux, il ne s’impose pas et laisse les autres s’accréditer ses prouesses. Bref, son cœur est pur, comme en témoigne cette remarque après qu’il se soit fait rabattre le caquet par le vaniteux Dr Melendez (Nicholas Gonzalez) : « What’s the point of sarcasm? » Cet éloge du « Christ » trouve son apogée à la toute fin quand l’administration de l’hôpital lui demande pourquoi il a tenu à être médecin. Shaun rétorque que son frère et son lapin sont morts lorsqu’il était jeune et qu’il s’en est toujours voulu de ne pas pouvoir les soigner à temps. Ces paroles émeuvent ses interlocuteurs qui l’autorisent aussitôt à exercer dans leur hôpital. C’est donc par pitié qu’on l’accepte et non en raison de compétences hors du commun dont il est pourtant pourvu…

Un hôpital formidable

En ce sens, la minorité dans la minorité qui définit Shaun est à 100 % conséquente avec le genre hospitalier élaboré dans les séries des networks. Rares sont les épisodes où les principaux patients « du jour » viennent consulter pour un bras ou une jambe cassée. On est toujours dans la maladie extrêmement difficile à diagnostiquer et touchant un infime pourcentage de la population. Cette répétition scénaristique de médecine spectacle de série en série finit par nous lasser et The Good Doctor entre pieds joints dans le moule, dès le pilote. On a en effet ce moment ridicule où Shaun fait la morale à un autre docteur qui étonnement ne sait pas comment s’y prendre pour maintenir en vie la victime de l’aéroport. Puis, on a droit à une scène à la MacGyver avec des bouteilles de scotch, des couteaux et des tubes qui font merveille sur la santé du patient. Scènes interminables, il est d’autant plus incompréhensible qu’une ambulance mette tant de temps à se rendre sur les lieux. Dans le second épisode, on rabroue Shaun parce qu’il ne cesse d’exiger des tests divers pour des patients qui l’approchent. Mais voilà que son obstination (due à l’autisme évidemment…) prend le dessus et il fait quand même faire des analyses. Comme de fait, ses demandes n’étaient pas vaines. Plus improbable, le médecin va même directement à la maison de sa patiente en pleine nuit pour la reconduire à l’urgence. Morale de l’histoire : faites passer des tests à ceux qui se plaignent de n’importe quoi ; on ne sait jamais. Mieux encore, votre service médical inclut les visites à domicile.

Il serait vain d’espérer une quelconque variation scénaristique à une fiction aussi prévisible que The Good Doctor tant que le public en redemandera. Justement, la nouveauté d’ABC est un succès : 11,22 millions de téléspectateurs ont répondu à l’appel pour le premier épisode avec un taux de 2,2 chez les 18-49 ans, ce qui est énorme. Des chiffres similaires en deuxième semaine ont convaincu la chaîne de commander une saison complète de la série, soit entre 18 et 22 épisodes.  À court terme, le coup est dur pour ses concurrentes Scorpion de CBS et The Brave de NBC : des nouveautés qui mangent la poussière.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s