Big Mouth / American Vandal (2017) : le pénis à l’honneur chez Netflix

Big Mouth et American Vandal sont deux séries signées Netflix qui ont été mises en ligne respectivement le 29 et le 15 septembre. La première, composée de dix épisodes est un dessin animé qui dépeint le passage à la puberté pour le moins mouvementé de trois jeunes : Andrew (John Mulaney), Nick (Nick Kroll) et Jessi (Jessi Klein). De son côté, la seconde se veut une parodie des documentaires à saveur criminelle que le service exploite allègrement. Ici, on a donc affaire à Dylan (Jimmy Tatro), un adolescent reconnu coupable d’avoir dessiné des graffitis en forme de pénis sur 27 voitures appartenant au corps professoral. Peu convaincus par ces accusations hâtives, ce sont les étudiants Peter (Tyler Alvarez) et Sam (Griffin Gluck) qui décident de mener leur propre enquête. Dans ces deux cas, on a Netflix qui en s’adressant à une tranche d’âge plus jeune navigue entre le rire et le plus sérieux. Le défi est relevé à 100 % dans la série animée, tandis que la parodie documentaire se laisse prendre à son propre jeu.

Big Mouth : d’une surprenante maturité

Depuis quelque temps, Nick est littéralement harcelé par une figure imaginaire : le monstre des hormones (avec aussi la voix de Nick Kroll) qui sans arrêt lui met des idées grivoises en tête si bien que ses érections sont de plus en plus fréquentes. À l’opposé, Andrew qui a peut-être un an de moins que son meilleur ami n’est pas tout à fait rendu au même stade, ce qui cause quelques malaises entre les deux garçons. Quant à Jessi chez qui la poitrine se met à prendre du volume, elle commence aussi à subir l’influence de la maitresse des hormones (Maya Rudolph) et elle devient particulièrement agressive depuis qu’elle a eu ses premières règles. Dans les deux premiers épisodes, elle et Andrew se rapprochent au point où tous pensent qu’ils forment un couple, ce qui leur met une pression inutile sur les épaules. Dans le troisième, la rupture est définitivement consommée entre les deux alors que Nick se questionne sur son orientation sexuelle.

La première chose qui nous frappe en entamant Big Mouth est le degré de maturité de son propos, contrairement aux blagues salaces et échanges vulgaires mis de l’avant dans les vidéos promotionnelles. C’est que cette nouveauté s’inspire justement des expériences vécues par l’acteurs Nick Kroll et créateur Andrew Goldberg. Du coup, des textes se dégage une certaine authenticité non dénuée d’humour qui se différencie beaucoup de ses contemporaines. En effet, les films ou séries mettant en scène des adolescents de 15 à 17 ans sont légion, mais semblent pour la plupart toujours se limiter au même schéma, c’est-à-dire : beuverie et sexe, le tout du point de vue masculin. Avec Big Mouth, nos protagonistes ont entre 12 et 13 ans : ce moment charnière entre l’enfance et l’adolescence. Si certaines séries de chaînes comme Nickelodeon ont pour cible cette tranche d’âge, jamais il n’est question de puberté.

En ce sens, Big Mouth a le courage d’aller jusqu’au bout de sa logique, notamment en montrant sans censure les parties génitales de ces protagonistes. C’est que dans le premier épisode par exemple, Andrew, après avoir vu celles de Nick par hasard se demande s’il est normal… ce qui l’est tout à fait à cet âge. À titre de troisième personnage principal, Jessi aussi traverse plusieurs montagne russes, notamment quand elle a ses premières règles… lors d’une excursion scolaire… et qu’elle porte des shorts blancs. Là encore, ce qui est encore tabou pour la jeune fille l’est moins pour le  garçon. D’ailleurs, la mère de Jesse y va de cette remarque tout à fait pertinente « If men got their period, it would be an olympic sport. They’d give out medals for their heaviest flow » ! En définitive, les trois camarades ont beau se retrouver dans l’embarras, on ne rit pas d’eux, mais avec eux. Ironiquement, la série animée qui se fait justement l’écho des changements des jeunes en lien avec la puberté est classée « TV-MA » par Netflix… en supposant que cela veuille encore signifier quelque chose dans le « world-wide web ».

American Vandal : se faire prendre à son propre jeu

L’école a beau être armée de caméras de surveillance, celles-ci ont été piratées au moment du délit si bien qu’il n’y a pas de preuves tangibles comme quoi Dylan serait l’auteur de ces graffitis obscènes. C’est d’abord sa mauvaise réputation de farceur et son obsession à dessiner sans arrêt des pénis qui le désignent comme suspect numéro un. Parmi ses plus farouches ennemis, mentionnons l’enseignante Mme Shapiro (Karly Rothenberg) et l’étudiant Alex (Calum Worthy), ce dernier jurant l’avoir vu commettre le méfait. Pourtant, en creusant, Peter et Sam découvrent beaucoup d’accusations qui ne collent pas dans la version des faits de ses détracteurs. Dès lors, nos deux cinéastes en herbe remettent en tout en question : de la crédibilité de chacun à leurs alibis en passant par un très restreint espace-temps pour commettre le crime.

On parle beaucoup de Netflix en raison de son catalogue sériel de plus en plus volumineux, mais le service de vidéo sur demande a aussi réussi ces dernières années à créer le buzz avec ses documentaires. Qu’il s’agisse de Making a Murderer, d’Amanda Knox ou encore de The Keepers, on déterre des crimes survenus ily a longtemps et on les repasse au crible, au plus grand plaisir des téléspectateurs. En ce sens, le clin d’œil avec American Vandal est sympathique puisqu’on a Netflix qui parodie un style qui en est presque devenu sa marque de commerce du côté des documentaires. Évidemment, dès le début l’ironie est palpable alors qu’on s’attarde le plus sérieusement du monde à un méfait assez banal ; à la limite vulgaire. Et grâce à un scénario méticuleux, l’enquête s’avère extrêmement cohérente avec une foule de petits indices qui sur le long terme pourraient innocenter Dylan. Le problème avec American Vandal est qu’on tend tellement vers le réalisme qu’on finit par l’atteindre. En effet, après deux épisodes, l’investigation est à ce point enclenchée que l’humour n’est plus autant au rendez-vous.

Mais c’est surtout la durée des épisodes qui est à blâmer. Entre 30 et 40 minutes pour chacun, c’est beaucoup trop long, d’autant plus que l’enquête est fictive avec pour protagonistes des acteurs. Difficile de trouver l’envie de s’investir pour plus de 4 heures. C’est avec cette création qu’on le réalise le plus : Netflix a beau être disponible sur demande, ses productions très classiques conviendraient tout aussi bien à la télévision traditionnelle. D’ailleurs, le site TV by the Numbers en a fait l’expérience concluante. Pour une série de ce genre totalement en accord avec les nouveaux usages, il faut se référer à Sexy Murder de BBC Three ; une parodie savoureuse avec des vidéos courtes, mais très punchées.

Dans le cas d’American Vandal, les producteurs exécutifs Tony Yacenda et Dan Perrault ont déjà signifié qu’ils seraient prêts à renouveler l’expérience pour une seconde saison se penchant sur un autre faux crime tout aussi absurde. C’est cependant du côté de Big Mouth qu’on espère surtout un second opus, lequel n’a pour le moment pas été annoncé.

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