Philip K. Dick’s Electric Dreams (2017) : fables futuristes ou passéistes ?

Electric Dreams est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. Comme son titre l’indique, chaque histoire est inspirée des courtes fictions de l’écrivain Philip Dick. On a donc des personnages différents qui toutes les semaines se retrouvent dans des univers du futur qui nous font redouter le pire quant à l’avenir. Depuis la perte d’exploitation et de diffusion de la très populaire Black Mirror au profit de Netflix, Electric Dream est une riposte très convaincante. Avec une explosion de nouvelles offres sérielles depuis le début de l’automne, celle-ci mérite amplement notre attention autant pour l’ingénuité des textes que pour l’originalité des mises en scène. Analyse du cas par cas.

Épisode #1 : The Hood Maker

Nous nous retrouvons ici dans un futur lointain alors que dans cet état totalitaire où les hauts placés disposent de tous les droits, la police a le privilège de recourir au service des « Teep » ; des mutants qui ont des dons de télépathie. Le représentant des forces de l’ordre est l’agent Ross (Richard Madden) auquel on lui adjoint Honor (Holliday Grainger), afin qu’elle puisse lire dans les pensées de certains groupes de la société toujours prompts à se révolter contre le pouvoir. Seulement, une usine dont on ne parvient pas à trouver l’emplacement fabrique des masques qui grâce à leur matériel empêchent aux Teep de lire dans la pensée des gens. Éventuellement, le duo se rapproche et a une aventure, mais peuvent-ils se faire confiance ? Là est toute la question.

À l’automne 2015, Fox lançait la série Minority Report qui s’inspirait de cette même histoire et dans laquelle une détective et un jeune homme ayant le don d’anticiper des crimes ultérieurs faisaient équipe afin d’éviter le pire. Network oblige on suppose, le résultat final se déclinait en un procédural policier avec une tournure tout sauf convaincante. The Hood Maker nous amène à un autre niveau puisqu’elle dénonce entre les lignes le dernier rempart auquel l’être humain soit en droit de garder pour lui : sa vie privée. Le sujet est bien entendu d’actualité avec le web sur lequel nous laissons plus de traces que nous le pensons. Cette nouvelle donne engrange un débat entre le marchandage proposé par le gouvernement et les entreprises de nos informations personnelles en échange de notre soi-disant sécurité. Dans cet épisode, on bascule dans cet extrême, comme en témoigne le désespoir du Dr Thaddeus Cutter (Richard McCabe), le scientifique à l’origine de la confection des masques qui sur le point d’être capturé, lance un cri du coeur à Ross : « You can’t hand that kind of power to anyone. We had the sanctity of our own thoughts before the Teeps. Our minds are the only free independent states in existence. » La relation entre Ross et Honor illustre parfaitement cette dichotomie. Il affirme être amoureux d’elle et bien qu’il lui offre une première fois de lire dans ses pensées, elle refuse. Entrer dans sa tête gâcherait tout puisque chacun, même en couple à droit à son jardin secret. Lorsque la seconde fois elle accède à sa demande, il s’avère en effet qu’il se sevrait d’elle. Ce geste d’une très grande honnêteté mérite-t-il pour autant de recommencer à zéro sur de nouvelles bases ? C’est là tout le drame du monde dans lequel ils vivent.

Sinon, au niveau de la mise en scène, on mêle habilement futur et références historiques (relayées dans notre mémoire collective via le cinéma). Comme dans la série d’Arte Trepalium (février 2016), le décor post-apocalyptique nous rappelle les lendemains de la seconde guerre mondiale en Europe. Il s’agit là d’une intéressante fusion de deux univers et deux époques : celles du réalisateur Julian Jarrold et l’autre de Dick qui a justement écrit cette histoire en 1955.

Épisode #2 : Impossible Planet

Brian (Jack Reynor) et Ed (Benedict Wong) travaillent dans un vaisseau spatial qui offre des voyages touristiques à travers la galaxie. Un jour, ils sont courtisés par Irma (Gerladine Chaplin) une vielle dame âgée de 342 ans et son robot RB29 (Malik Ibheis) venus d’une autre planète dans l’espoir d’avoir l’opportunité de visiter la Terre. Ce qu’elle ignore, c’est que celle-ci a été détruite par le système solaire dans les années 2600, mais comme la voyageuse offre beaucoup d’argent, les deux pilotes décident de la duper en allant se poser ailleurs. Cependant, au cours du trajet, Brian s’attache à cette vieille dame qu’il a l’impression d’avoir connue toute sa vie et à mesure qu’ils s’approchent de la fausse planète, le remords l’assaille.

Comme dans l’épisode précédent, l’amour occupe une grande part du récit alors que Brian côtoie deux femmes aux valeurs opposées. La première, sa petite amie Barbara (Georgina Campbell) n’a d’yeux que pour leur avancement social dans ce monde ultra-hiérarchisé. Au contraire, Irma a tout vu, tout vécut et elle souhaite par-dessus tout retourner à l’endroit où ses grands-parents ont connu les plus belles années de leur existence : Elk River Falls en Caroline. Durant tout l’épisode, c’est d’ailleurs le dilemme auquel Brian est soumis : l’avancement social et l’appât du gain d’un côté ou un objectif plus « spirituel » de l’autre. Cela nous renvoie bien évidemment à notre époque puisque jamais nous n’avons été autant informés, ce qui ne nous empêche pas de continuer à vivre a avec la politique du court terme. Quant à Irma, elle pourrait être en proie à un certain cynisme étant donné son âge avancé, mais sa foi en un monde meilleur demeure intacte, comme en témoigne cette diatribe : « People say we know everything. Everything’s explained down to the molecules, the atoms, the quadrons, the minimons. Every dot accounted for.But here… Here (en pointant la (fausse) Terre) there will always be mystery » La fin est particulièrement touchante en ce sens. À l’époque où nos populations étaient pour la plupart très croyantes, le paradis se trouvait au ciel. Ici, c’est le contraire puisque c’est sur la planète bleue que s’achève leur périple.

Épisode #3 : The Commuter

Ed (Timothy Spall) travaille dans une gare depuis plusieurs décennies et sa curiosité est attisée lorsqu’une jeune femme, Linda (Tuppence Middleton) lui demande quel train se rend à la station Macon Heights, laquelle n’existe tout simplement pas. Pourtant, après avoir effectué un trajet, il découvre que des passagers sortent de la locomotive vers ladite ville, laquelle est issue d’une réalité parallèle où tous les gens semblent heureux. Ed aussi y prend goût, lui qui a une relation trouble avec sa femme Mary (Rebecca Manley) et leur fils Sam (Anthony Boyle) qui est maniaco-dépressif. Après un temps, notre protagoniste en vient à s’interroger lui-même sur le vrai du faux.

The Commuter, c’est l’exutoire poussé à son paroxysme. Le dilemme que traverse Ed est l’incarnation d’un monde où les distractions sont légion et où il est plus facile que jamais de se déresponsabiliser face aux épreuves qui nous sont envoyées. Ici, les crises se Sam sont de plus en plus violentes au point où une infirmière suggère de l’interner. Sans que l’on entende le consentement des parents, reste que leur fils ne vit plus chez eux et que lorsqu’Ed rentre à la maison, il n’y a pas de trace récente de sa progéniture : seulement une chambre d’enfant qui n’a pas traversé les âges au temps où l’harmonie régnait au sein de la famille. Par contre, ses voyages fréquents à Macon Heights lui ouvrent progressivement les yeux quant au factice du monde qu’il est en train de se créer au point de remettre en question son égoïsme. L’altercation qu’il a avec Linda, son mauvais ange, illustre parfaitement les raccourcis que nous avons tendance à emprunter lorsque surviennent des difficultés : (L) « Husbands wanting their wives to go through that final round of painful chemotherapy. Children wanting their mums to go on living despite the pain. »  (E) « So the answer to life’s problems is to stop living in reality? » (L) « Your son was a shit son and you were a shit father to him. What’s great about that reality? » Malgré ce constat douloureux, comme dans Impossible Planet, le protagoniste semble voir la lumière au bout du tunnel, quand bien même l’ombre ne serait jamais loin.

Le premier épisode d’Electric Dreams a attiré 1,49 million de téléspectateurs. Une performance correcte ; la fiction se classant au 11e rang des émissions les plus populaires de Channel 4 dans la semaine du 11 au 17 septembre. Black Mirror ayant déménagé chez Netflix, la chaîne a cette fois signé un accord financier avec Amazon qui distribuera la fiction aux États-Unis, ce qui explique probablement le nombre élevé d’épisodes pour une série anglaise. Au Canada, la nouveauté atterrira sur Space Channel le 12 novembre.

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