Star Trek : Discovery (2017) : la série qui perd le nord

Star Trek : Discovery est une nouvelle série de 15 épisodes mis en ligne sur CBS All Access et disponibles via une myriade d’options un peu partout dans le monde. L’action se déroule dix ans avant l’arrivée des Spock et des Kirk alors que le vaisseau USS Discovery se promène dans l’espace, toujours à la recherche de nouveaux territoires à explorer et des espèces à étudier. Seulement, la paix est loin de régner dans la galaxie puisque les Klingons cherchent à ressusciter leur empire qui est pour le moment en miettes. Ayant attiré l’attention des médias davantage pour son contenant que son contenu, on peine à croire que CSB All Access se forge un auditoire autre que les fans de la première heure. Entre des histoires sans rythme et une stratégie de programmation des plus compliquées, qui sait ce qu’il adviendra de cette énième mouture intergalactique ?

Un trou noir

Le personnage principal de cette aventure est la lieutenant Michael Burnham (Sonequa Martin-Green) qui vient tout juste de se joindre à l’équipe du vaisseau USS Shenzhou, laquelle s’arrête dans le premier épisode sur une planète abandonnée après qu’un objet mystérieux ait retenu son attention. Se trouve ensuite en face d’elle un Klingon qu’elle tue accidentellement. C’était l’étincelle qu’il fallait du côté de ces extra-terrestres pour qu’ils se décident à déclarer la guerre à leurs ennemis de la Fédération. Dans cette période trouble, deux visions s’opposent : d’abord celle de Michael qui suggère d’attaquer les Klingons avant que les chefs de clans ne se réunissent et deviennent invincibles. À l’autre spectre, nous avons la capitaine Philippa Georgiou (Michelle Yeoh) qui croit qu’en parlementant, une paix est toujours possible. Mais voilà : Michael ne cesse de jouer avec le feu à force de passer outre les ordres de sa supérieure hiérarchique. Conséquence, cette dernière décède lors d’une embuscade contre un Klingon et notre « héroïne » est condamnée à la prison à vie. Dans le troisième épisode, Michael se retrouve justement dans un vaisseau carcéral et son geôlier Gabriel Lorca (Jason Isaacs) entend bien profiter de ses connaissances scientifiques en divers domaines.

De la première série télévisée dans les années 60, on peut affirmer que la franchise de Star Trek n’a cessé d’être déclinée autant au grand qu’au petit écran. Or, c’est à se demander si Discovery n’est pas la version de trop. On l’a vu avec The Good Fight : CBS All Access qui n’en est qu’à ses débuts concernant les productions originales ne veut pas prendre trop de risques en mettant en ligne des contenus dont le public est en partie familier. Or, depuis son annonce de développement en 2015, on n’a cessé de remettre à plus tard son dévoilement, notamment pour des raisons créatives : le showrunner Bryan Fuller n’étant pas satisfait des premiers jets scénaristiques.

 

Pourtant, le résultat final est loin d’être convaincant. C’est qu’avec un lancement aussi vaste incluant plusieurs pays (voir seconde partie ci-bas), l’introduction des personnages et de l’univers futuriste en général avait son importance. Or c’est à peine si l’on peut se souvenir de plus de trois prénoms après avoir visionné les deux premiers épisodes. Pire encore, les échanges verbeux à l’extrême sur l’entrée en guerre (ou non) contre les Klingons ne viennent pas arranger la situation. On a aussi l’impression que la sentence dont écope Michael survient beaucoup trop hâtivement dans le cours des événements. En effet, à peine a-t-on pu s’habituer à une certaine dynamique à bord du Shenzhou que l’on change de vaisseau et que tout est à refaire. Quant à Michael son obstination constante et son manque de chaleur humaine la rendent peu sympathique à nos yeux, ce qui n’est jamais très gagnant lorsqu’on nous propose de suivre durant quinze épisodes un tel personnage.

Ironiquement, Star Trek : Discovery a beau se dérouler dans le futur, elle semble prisonnière des codes de ses adaptations passées. D’un rythme très lent, on y va d’un débat philosophique entre la race et la culture pour ensuite enchaîner à une menace de guerre. Sinon, CBS All Access est allée jusqu’à offrir l’entièreté des épisodes avec du sous-titrage en Klington ; cette langue fictive que les ennemis du USS Shenzhou parlent. On aurait préféré un peu plus d’humanité et surtout connaître les motivations des principaux personnages au lieu de mettre autant d’énergie dans des détails qui au final se révèlent assez inutiles.

Une stratégie compliquée, mais efficace ?

Le mode de diffusion de Star Trek : Discovery est aussi révolutionnaire qu’il est difficile à suivre. C’est que dans plusieurs cas, l’avantage d’un service OTT est la flexibilité qu’il procure à ses abonnés. Suivant le modèle « netflixien », passé la mise en ligne d’une série, ils peuvent regarder autant d’épisodes qu’ils le veulent, où ils veulent et quand ils veulent. Or CBS All Access dévoile un épisode chaque dimanche soir avec publicités comprises (à moins de payer un extra). Au Canada, en plus d’être disponible sur CraveTV, c’est la chaîne Space qui la diffuse à la même heure, tout comme Z en français pour le Québec. S’il est assez révolutionnaire pour la province francophone d’avoir sa version en même temps que l’anglophone, le fait qu’il n’y ait aucune reprise et que les diffusions ne soient pas disponibles dans sur demande est pour le moins rétrograde. Ailleurs dans le monde, Discovery est relayée par… Netflix ; soit un compétiteur direct.

Comme elle l’avait fait pour The Good Fight, le premier épisode de la série a été diffusé sur les ondes de CBS et a attiré 9,6 millions de téléspectateurs : une performance jugée satisfaisante pour la production. Au Canada, un auditoire de 1,17 million était aussi présent sur Space ; un record pour un lancement sur une chaîne câblée à en croire Bell Media. Régalons-nous de ces chiffres, parce que ce sont probablement les seuls auxquels on aura accès. C’est que tout comme ses compétiteurs de streaming, CBS All Access ne dévoilera pas ses données d’écoutes et encore moins son nombre d’abonnés. Pourtant, le service clame haut et fort qu’il a vu son ce dernier atteindre un record (un autre…) dans les jours qui ont précédé le lancement de Discovery. En ce sens, on comprend mieux la décision du groupe de rendre disponibles de façon hebdomadaire ses épisodes, question de retenir les téléspectateurs le plus de mois possibles. De plus, la série prendra une pause vers le début décembre avant de relayer sa deuxième moitié en 2018. Et on parle même d’une seconde saison pour 2019. À long terme, est-ce que la stratégie peut fonctionner?  L’avenir nous le dira… mais pas en chiffres.

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