Rellik (2017) : Série verlan

Rellik est une nouvelle fiction de six épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de BBC One en Angleterre. On a ici affaire à un tueur en série qui asperge ses victimes d’acide avant de les éliminer. C’est le détective Gabriel Markham (Richard Dormer) qui avec son assistante Elaine (Jodi Balfour) est chargé d’attraper le meurtrier et il n’est pas près de lâcher le morceau. La police semble avoir trouvé son suspect, mais comment s’assurer qu’il s’agit du bon ? La particularité de la série : l’enquête se fait à reculons, c’est-à-dire que l’on commence par la fin et que petit à petit, on remonte en arrière (à l’image du titre qui lui en sens inverse nous donne « Killer »). Seconde série des frères Harry et Jack Williams à atterrir sur les écrans anglais cet automne, Rellik nous déconcerte quelque peu au départ, mais on s’habitue rapidement à cette nouvelle façon de nous raconter une histoire. C’est en effet grâce à ce fascinant exercice de style que l’on ne peut tout simplement pas se permettre d’abandonner la série en cours de route, bien qu’on ne serait pas surpris si l’auditoire plus général déclare forfait.

L’aboutissement d’un exercice

Rellik débute et la police a déjà identifié son suspect : il s’agit de Steven Mills (Michael Shaeffer), diagnostiqué schizophrène et qui selon son épouse est de moins en moins assidu dans sa prise de médicaments. Au moment de la confrontation, il se trouve à deux pas d’une garderie et croyant que les enfants seront ses prochaines victimes, un des tireurs l’abat.  Mais sans une confession en bonne et due forme, comment s’assurer qu’il était bel et bien l’homme recherché? On doute par exemple que Gabriel se satisfasse de cette mort survenue un eu trop brutalement. C’est qu’au moment où la série débute, il a le visage défiguré par l’acide et sans que l’on sache exactement dans quelles circonstances, l’accident est récent, mais le policier n’a pas vu celui qui a commis l’irréparable à son égard. Dans le second épisode, son enquête se porte principalement sur Christine (Rosalind Eleazar) qui dans sa jeunesse a été aspergée à l’acide par un beau-père violent. Celle-ci plus tard lui a fait goûter à sa propre médecine, ce qui la rend donc suspecte. De plus, elle a en possession des documents sur son ordinateur qui ont été délibérément détruits par on ne sait qui.

En 1941, le réalisateur Orson Welles ébahissait son auditoire en proposant avec Citizen Kane un mode de narration tout à fait différent au cinéma : commencer par la fin et finir par le début. C’est qu’au départ, on a le personnage principal qui rend son dernier souffle sur son lit de mort en prononçant le célèbre mot « Rosebud » dont on ne découvrira la signification qu’en remontant dans sa plus tendre enfance à la fin du long métrage. Plus près de nous, mentionnons l’excellent 5X2 (2004) de François Ozon dans lequel on nous offrait cinq portraits dans la vie d’un couple en commença par le divorce pour se terminer sur leur première rencontre. Dans la même veine, de 2013 à 2016 la série canadienne Motive dans sa narration y allait avec un procédé similaire puisque dès le début des épisodes on identifiait la victime et le meurtrier pour nous révéler en toute fin son motif. Enfin, les frères Williams eux-mêmes ne sont pas étrangers à un tel procédé. Dans la deuxième saison de The Missing (2017), les aller-retour dans le temps étaient légion et avec Liar sur ITV, on ne cesse de revenir sur le déroulement d’un premier rendez-vous entre une femme et un homme alors que cette dernière a par la suite accusé son acolyte de viol.

Là où se démarque indéniablement Rellik, c’est que dans l’entièreté des six épisodes on fait marche arrière dans le temps sans aucun retour en avant (ou en arrière…) : parfois de quelques heures entre deux scènes, d’autres fois de plusieurs jours. Certes, au départ, on est quelque peu décontenancé parce qu’on a l’impression de devoir tout mémoriser, mais grâce à sa structure somme toute très linéaire, il est assez facile de s’y retrouver. Sinon, la découverte d’un flacon de pilules par Gabriel dans la première scène semble indiquer qu’il a éclairci le mystère et le compte à rebours inverse est tout aussi efficace. Notre curiosité est d’autant plus émoustillée qu’on est persuadé que Steven, bien trop vulnérable, n’est pas le réel auteur de ces meurtres. En parallèle, on a ces plans d’un certain Patrick Baker (Paul Rhys) qui prend l’avion, comme s’il fuyait quelque chose.

Le côté voyeur de Rellik est tout aussi important dans le scénario. Il ne s’agit pas d’un tueur « ordinaire » ici et on est bien curieux de savoir pourquoi il défigure ainsi ses victimes. L’insistance de la caméra qui privilégie les gros plans de ces visages brûlés par l’acide commence par nous glacer le sang. En bref, une sorte de fascination morbide qui nous offre une raison supplémentaire de continuer la série.

Le début de la fin ou vice versa

Rellik, c’est aussi une fabuleuse expérience télévisuelle. C’est que scène après scène, on voit les gens réagir de telle façon, mais sans jamais connaître leurs motivations. Par exemple, dans le premier épisode on a deux policiers, Jenny (Faye Castelow) et Alex (Rudi Dharmalingam) qui annoncent fièrement qu’ils vont se marier et que seul leur collègue Mike (Kieran Bew) n’est pas invité à la célébration. Ils ont manifestement l’air heureux. Or, dans les scènes précédentes, c’est ce dernier, très proche d’Alex qui le convainc d’aller faire sa demande et plus tôt encore, Jenny lui apprend qu’elle est enceinte alors qu’il comptait la laisser. Il y a tout une foule d’autres histoires parallèles comme celles-ci qui bien qu’elles en aient l’air, elles ne sont manifestement pas anodines. Loin de nous mélanger, celles-ci nous titillent.

Évidemment, on peut comprendre que ce genre d’expérimentation ne s’adresse pas à un large auditoire. Le premier épisode a néanmoins attiré 3,60 millions de téléspectateurs, ce qui est très bon, mais dans les deux semaines qui ont suivi, la baisse d’auditoire est notable : 2,08 et 1,5 million respectivement. Par un effet probable de balancier, les cotes d’écoute de Liar, l’autre série des frères Williams présentée en même temps sur ITV a vu ses chiffres augmenter. Reste que Rellik a tout ce qu’il faut pour nous tenir captifs jusqu’à la toute fin.

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