The Deuce (2017) : deux fois l’ennui

The Deuce est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis le début septembre sur les ondes de HBO aux États-Unis et au Canada. L’action se déroule en 1971 dans les quartiers les moins beaux de New York où la prostitution est légion. L’on fait la connaissance de plusieurs de ces travailleuses du sexe pour qui l’industrie naissante du cinéma pornographique pourrait constituer une alternative aux rencontres d’un soir avec des inconnus. En parallèle, nous avons les frères jumeaux Frankie et Vinnie Martino (tous deux interprétés par James Franco) qui derrière leur nouveau bar acceptent de servir de couverture à la mafia locale. Malgré une reconstruction impressionnante et réaliste d’une époque peu reluisante pour la Grosse Pomme, The Deuce met beaucoup trop de temps à développer le thème principal sur lequel elle a axé toute sa promotion. Et à part quelques exceptions, la majorité des personnages manque de profondeur, ce qui est particulièrement pénible et surtout incompréhensible lorsqu’on a droit à des épisodes d’environ 60 minutes chacun.

Pas encore l’écran, mais éventuellement…

Le long pilote de plus de 90 minutes nous donne un aperçu des tous les personnages que nous verrons évoluer (ou régresser) de semaine en semaine. Mentionnons entre autres Candy (Maggie Gyllenhaal), la seule prostituée de la 42e rue à ne pas recourir aux services d’un proxénète. La tête sur les épaules, elle donne tout son argent à sa mère afin qu’elle prenne correctement soin de son jeune fils. En attendant, elle se familiarise avec l’industrie de la pornographie et compte bien en tirer profit, derrière la caméra si possible. Sinon, les autres prostituées sont sous le joug de Larry Brown (Gbenga Akinnagbe) et de C. C. (Gary Carr). Mentionnons entre autres Ashley (Jamie Neumann), la petite amie officielle de ce dernier qui n’a droit à aucun traitement de faveur, Darlene (Dominique Fishback) qui semble préférer la littérature et le cinéma à l’appât du gain. Il y a aussi Lori (Emily Meade) fraîchement arrivée du Minnesota. En parallèle, on se retrouve dans un univers plus masculin avec Vinnie qui a définitivement la bosse des affaires et qui se voit offrir la direction d’un nouveau bar par Rudy Pipilo (Michael Rispoli), un puissant chef de clan. À l’opposé, son frère Frankie est un véritable panier percé lorsqu’on a le malheur de mettre de l’argent entre ses mains, mais son charme compense amplement.

Force est d’admettre qu’HBO a le don de susciter notre curiosité à coup de très gros moyens publicitaires. En effet, The Deuce a probablement été l’une des séries les plus attendues durant les mois qui ont précédé son lancement, mais tout comme pour Vinyl diffusé en février dernier, on a l’impression que l’éléphant a accouché d’une souris. C’est qu’on nous a vendu la fiction comme traitant des débuts de la pornographie… ce qui n’est à peine le cas dans les trois premiers épisodes. Certes, il est question de l’industrie du sexe puisqu’on aborde la prostitution, mais la nouveauté d’HBO perd de son originalité avec l’explosion des séries que nous connaissons. C’est que ce terrain a déjà été couvert ces deux dernières années avec entre autres Harlots (Hulu/ITV Encore), The Girlfriend Experience (Showtime) et dans une certaine mesure Good Behavior (TNT).

Quant à la pornographie au cinéma, nous sommes en 1971 et il est strictement interdit par le Code pénal de filmer des ébats avec pénétration ; au mieux, on simule. C’est à travers les yeux de Candy que l’on découvre ce marché destiné à exploser dans les prochaines années, qu’il s’agisse des coulisses, des méthodes utilisées pour simuler l’orgasme masculin, les premiers fantasmes à exploiter, etc. Le problème est qu’on commence à peine à toucher à ces thèmes au troisième épisode. Trop peu trop tard ? Cette extrême lenteur à entrer dans le vif du sujet est d’autant plus incompréhensible que le créateur David Simon, si l’avenir le lui permet, a déjà élaboré un schéma narratif s’étendant sur trois saisons. En effet, dans la première, on aura couvert les années 71-72 avec les débuts de l’industrie. Le deuxième opus se déroulera de 1977 à 1979 et la dernière en 1984 et 1985. Au rythme où vont les choses, on doute d’être rassasié tellement on étire le scénario au possible.

Trop grande palette ?

Certes, avant d’explorer le domaine de la pornographie, la série a tout intérêt à donner un peu de profondeur à ces femmes qui, on l’imagine, participeront éventuellement à cette « aventure ». Là encore, The Deuce nous dresse des portraits aussi fades que l’an dernier à pareille date avec le casting tout entier de Vinyl. Dans un premier temps, les frères qu’incarne James Franco ne s’agencent pas du tout avec le reste du récit. Évoluant dans leur bar, Frankie n’est qu’une parodie de son jumeau, allant et venant sans raison apparente. Quant à Vinnie, on a passé beaucoup de temps dans le pilote à nous le montrer dans une relation toxique avec sa femme. Puis, il la quitte tout d’un coup, abandonnant par le fait même ses deux enfants sans que ne se manifeste sur son visage une quelconque émotion. Dans les deux prochains épisodes, aucun suivi n’est donné par rapport à cette histoire et on a carrément l’impression d’avoir perdu notre temps.

Du côté féminin, c’est le même manque de profondeur qui nous exaspère. Lori à peine les pieds posés hors de l’autobus accepte de se prostituer comme s’il s’agissait d’un travail ordinaire. Sinon, on a Abby (Margarita Levieva) qui du jour au lendemain lâche l’université payée par ses parents pour cumuler des petits emplois sans que l’on comprenne exactement pour quelles raisons. Son je-m’en-foutisme constant nous tape rapidement sur les nerfs, tout comme l’apathie de Darlene. Seul le protagoniste de Candy justifie que l’on s’intéresse un tant soit peu à la série. Maggie Gyllenhaal y livre une performance remarquable, d’autant plus que son personnage est inspiré de Candida Royalle, une actrice porno qui dans les années 80 fondera sa propre compagnie de production X s’adressant principalement aux femmes. Dommage qu’ici son parcours soit à ce point dilué parmi des intrigues inintéressantes.

Diffusé deux fois en plus d’être disponible à l’avance sur le site de SVOD d’HBO, le pilote de The Deuce aura été vu par 2,2 millions de téléspectateurs. Le deuxième épisode a été suivi par un auditoire de 839 000 (taux de 0,28 chez les 18-49 ans) et 992 000 la semaine suivante (taux de 0,31). La bonne nouvelle est que les chiffres montent et le 19 septembre, HBO annonçait que la série aurait droit à une seconde saison. Pourtant, il ne faut rien tenir pour acquis puisque Vynil aussi s’était vu promettre hâtivement un autre opus par la chaîne… qui changea ensuite d’idée quatre mois plus tard.

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