Rattrapage estival anglais : Ill Behaviour (2017)

Ill Behaviour est une nouvelle série de trois épisodes qui ont été mis en ligne sur le site de iPlayer le 22 juillet puis qui a éventuellement atterri sur les ondes de BBC Two à la fin de l’été. On a pour personnages principaux Joel (Chris Geere), Tess (Jessica Regan) et Charlie (Tom Riley) qui voient leur monde basculer lorsque ce dernier leur apprend qu’il est atteint du lymphome de Hodgkin. Doutant fort de méthodes utilisées dans la médecine moderne, il préfère se soigner lui-même à l’aide de produits naturels. C’est inconcevable pour les deux autres mousquetaires qui décident de prendre les grands moyens : le kidnapper et le forcer à subir une chimiothérapie. Seulement, l’épouse du malade Kira (Christina Chong) n’a pas l’intention de demeurer les bras croisés et avec la police qui s’en mêle, qui sait si nous aurons droit à une fin heureuse ou dramatique? Ill Behaviour a beau être passée sous le radar durant l’été, reste qu’il s’agit de l’une des séries de la saison les plus originales où humour noir, suspens et tristesses s’entremêlent admirablement bien. À voir absolument.

Au-delà de l’esprit charitable

La série commence et l’on retrouve Joel, assis sur la rampe d’un très haut bâtiment en train de jeter de l’argent par les fenêtres… littéralement. C’est qu’il vient tout juste de divorcer et bien qu’il soit très riche, il est au plus bas. Son seul réconfort se trouve dans ses souvenirs d’adolescence alors que lui Tess et Charlie étaient inséparables. C’est justement lui qui est le plus touché quand il apprend de quoi son ami souffre et il n’acceptera jamais qu’il joue à la roulette russe avec sa santé et ses cures homéopathiques. Sur les entrefaites, il a fait la rencontre de Nadia (Lizzy Caplan), un médecin pour qui l’éthique ne veut pas dire grand-chose et avec qui il est sorti quelques fois. En échange d’une importante somme, elle accepte d’apporter du matériel de l’hôpital et de s’occuper du déroulement de la chimiothérapie. L’équipe est en place, mais le patient lui est plutôt récalcitrant. C’est donc de force qu’il faut le soigner tout en n’éveillant pas les soupçons de la police. Tess qui éprouve des sentiments envers Joel, Nadia qui tombe sous le charme de Charlie et Joel qui est amoureux de Nadia, la tension, les jalousies et les indiscrétions pourraient mettre à mal le projet initial.

Dès que l’on amorce Ill Behaviour, il nous vient tout de suite en tête Stag diffusée aussi sur BBC Two à l’hiver 2016 et dans laquelle un enterrement de vie de garçon prenait des allures de « Dix Petits Nègres ». Sa force était surtout de mêler habilement deux genres, soit, un départ humoristique qui se transformait en réel thriller. Bien que l’équipe technique ne soit pas la même concernant les deux projets, reste qu’on comprend que la nouveauté ne conservera pas le même ton enfantin du premier épisode. En effet, les ravisseurs de Ill Behaviour semblent prendre un peu trop à la légère la gravité de leur geste soit l’enlèvement autant au niveau des représailles judiciaires s’ils se font pincer qu’au niveau des dommages moraux subis par la famille proche de Charlie, dont Kira et leurs deux filles qui se font un sang d’encre. Du coup, les répliques comiques fusent, comme lorsqu’il est question de récolter un échantillon de sperme du malade au cas où la chimiothérapie le rendrait stérile. Dans un premier temps, Nadia, peu encline à la compassion lui dit : « OK ? Just do it as Nike would say, if they sold cancer shoes. » Plus tard, elle décide elle-même de le faire éjaculer de force et se justifie comme suit : « It’s not rape, it’s sexual assault. And it’s for a good cause. »

Mais plus on avance dans la série, plus ces personnages gagnent en profondeur. Par exemple, Charlie a beau être celui qui requiert des soins, c’est à se demander qui aide qui puisqu’il convainc Nadia de se défaire de ses dépendances au sexe, à l’alcool et aux drogues. Sinon, les intentions de Tess et Joel semblent nobles au départ, mais on comprend que ce dernier a toujours été secrètement jaloux de Charlie, notamment concernant sa vie amoureuse. Ainsi, on sent qu’il prend un malin plaisir à le tenir prisonnier, tout en salissant quelque peu sa réputation auprès de sa femme. Quant à Tess, assez lucide sur la suite des événements, elle se dépêche de terminer son premier roman, persuadée que son arrestation prochaine lui donnera de la visibilité au niveau de la publicité. Graduellement, les tensions montent et on veut plus que jamais se retrouver aux premières loges !

Dédramatiser un drame

Dans la plupart des séries, il est souvent question de maladies de toutes sortes dans le scénario, mais elle atteint rarement un personnage principal. Et quand c’est effectivement le cas, ça semble davantage dans le but d’attirer la sympathie du téléspectateur, sans pour autant prendre une place de premier plan dans les intrigues (Pulse d’ABC TV en est un bon exemple). Avec Ill Behaviour, c’est tout le contraire. Ici, on a beau répéter à Charlie que dans 90 à 95 % des cas la chimiothérapie peut venir à bout de son lymphome, reste qu’on assiste à un trois mois de traitements qui n’ont rien d’une partie de plaisir entre les vomissements, la faiblesse musculaire et la perte de cheveux. En même temps, si tout cet aspect de l’histoire parvient à nous émouvoir, c’est également parce que personne ne semble en faire tout un plat. Charlie n’est pas du tout traité en victime : ce n’est d’ailleurs pas dans son tempérament ni dans celui de ses amis. Les moments plus difficiles ont beau être légion, il y a aussi l’espoir qui n’est jamais bien loin. La plus-value ici est qu’on a affaire à des personnages et une succession de tons tellement instables qu’il ne faut rien prendre pour acquis et que tout peut arriver en fin de parcours.

En commençant Ill Behaviour, c’est aussi très probable que l’on ait de la difficulté à se limiter à une seule diffusion hebdomadaire. En ce sens, la décision de la BBC de mettre les trois épisodes d’abord sur iPlayer était la plus logique. Par contre, une fois présentée à la télévision, la nouveauté n’a rassemblé que 370 000 téléspectateurs avec une part de marché de 2,6 %. Il faut dire que la série affrontait la première de l’excellente The State d’ITV qui raflait 1,4 million en auditoire en pleine période estivale. Tout de même, alors que l’habitude de regarder du contenu en ligne ne cesse de faire des adeptes, il est dans la suite logique qu’une certaine cannibalisation de l’auditoire commence à opérer.

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