Rattrapage estival australien : Pulse (2017)

Pulse est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis la fin juillet sur les ondes d’ABC TV en Australie. Le personnage principal Frankie Bell (Claire van der Boom) a travaillé pendant longtemps dans la finance, mais sa vie a changé du tout au tout après que l’un de ses reins ait cessé de fonctionner. Par chance, elle a eu droit à un transplant qui lui a donné envie de redonner à son prochain et nous la rencontrons alors qu’elle entame sa seconde année dans l’unité rénale et cardiothoracique d’un hôpital qui accueille plusieurs stagiaires. Des patients qui retrouvent espoir, d’autres qui le perdent, ainsi va la vie et c’est probablement là le plus gros défi de la protagoniste et de ces collègues : conserver un certain détachement envers leurs protégés. Inspirée de l’histoire véridique de Mel Hill qui est cocréateur et scénariste de la série, Pulse, en bon élève, satisfait à toutes les exigences d’une fiction hospitalière au point où cette perfection et surtout cette sensation de déjà-vu finit par nous taper sur les nerfs. Il serait définitivement temps que l’on réinvente le genre et pourtant, ce ne sont pas les bons exemples qui manquent.

Pleine de bons sentiments

C’est presque par vocation que Frankie a décidé de réorienter sa carrière et de retour aux études, elle partage un appartement avec deux autres collègues : Tabb (Arka Das) et Lou (Andrea Demetriades). Le premier manque quelque peu de confiance en soi tandis que la seconde a une brève aventure avec son patron Rowan (Blessing Mokgohloa), ce qui rend éventuellement les relations de travail plutôt tendues. Accompagnés des docteurs séniors, tous parcourent les ailes de l’hôpital en vue d’importantes chirurgies cardiaques ou rénales. Justement, au cours des trois premiers épisodes, nous faisons la connaissance entre autres de Zoe (Melissa Bone), une mère de famille avec un cœur fragile qui pourrait bien y passer, faute de trouver un donneur dans de brefs délais. Un autre patient est plus chanceux puisqu’une greffe de rein pourra être effectuée après qu’un homme décède d’une overdose. Mais toutes les personnes hospitalisées n’ont pas la même docilité. C’est le cas au second épisode d’une adolescente au rein défectueux. Accro aux drogues, elle néglige aussi sa santé en ne prenant pas ses médicaments et elle en vient à se demander elle-même si elle a envie de vivre. Il va sans dire que Frankie se donne corps et âme pour les sauver tous, à défaut de s’occuper d’elle-même. C’est que subissant un traitement immunosupresseur, en temps normal elle ne devrait pas travailler dans tout ce stress, mais c’est dans compter sur son obstination.

Qu’il s’agisse du scénario, de la mise en scène ou encore des personnages, il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est que la série se laisse écouter… et surtout oublier dès que l’on ferme notre téléviseur. En fait, ce que l’on reproche surtout à Pulse est sa banalité. Cela semble être entre autres une généralité dans le genre hospitalier, mais on a encore une fois trois jeunes apprentis qui passent par une montagne russe d’émotions lorsque les opérations ne se déroulent pas comme prévu, en particulier pour Frankie. Par exemple, celle-ci, malgré des étourdissements qui l’assaillent décide tout de même de dormir dans la chambre d’un patient qui récupère d’une chirurgie pour s’assurer que tout va bien. Dans une discussion avec Chad (Owen Teale), son propre médecin et aussi mentor, il lui dit : « You’ve got to toughen up. You can’t save them all. » Et voilà qu’on ne peut s’empêcher de lever les yeux vers le ciel tellement cette phrase a dû être prononcée souvent dans tous les Grey’s Anatomy, Code Black ou Nightshift de ce monde…

Évidemment, l’état de santé précaire dont souffre Frankie est mis de l’avant dès le premier épisode (et même les affiches promotionnelles de Pulse). Là non plus on ne réinvente rien : entrer dans la médecine c’est comme entrer dans les ordres pour elle et sa maladie est son chemin de croix. La tactique avait été utilisée par Black Box d’ABC et plus récemment Pure Genius de CBS. Fausse prémisse pour nous attacher à la série : d’une part, il est impossible que les têtes d’affiche ne trépassent en plein milieu de saison. D’autre part, l’accent sur leurs drames personnels ne dure jamais vraiment plus d’un épisode. Dans Pulse justement, quiconque aurait manqué la première semaine n’aurait aucune idée de la condition de Frankie.

Le plus stagnant des genres

L’aile de l’hôpital où tout ce beau monde travaille dépend sans cesse des dons d’organes. Dans le pilote, on a Zoe qui faute d’une opération dans les prochaines semaines pourrait laisser dans le deuil un mari et un jeune fils. Lorsqu’un cœur s’avère disponible, ce dernier est destiné à un homme de 68 ans, au détriment de Frankie qui aborde le sujet avec Chad : (F) « So the heart’s going to a 68-year-old man? » (C) « The system is as fair as it can be. » (F) « Zoe might die because three people were assigned as urgent before her. How is that fair to her? » (C) « That limit exists so that doctors can’t use their preferred status to push their own patients ahead. » (…) « We don’t get to choose. Because if we did, we might be choosing between our own patients. » Et voilà qu’aussitôt allumée, l’étincelle s’éteint. En effet, dans les épisodes suivants, on se cantonne aux relations entre docteurs et patients et aux opérations. Pourtant, on aurait pu mettre l’accent sur le fonctionnement dans l’attribution des dons d’organes puisqu’il s’agit d’une particularité de cette aile. Le genre hospitalier en série manque cruellement de personnages méchants, au « mieux » avec Pulse on a les doyens qui font preuve d’une patience plus que limitée (et exagérée). L’intégration de trames narratives incorporant le favoritisme ou les pots-de-vin quant aux dons d’organes, et c’est sans parler du marché noir, apporteraient un peu d’épices dans le récit.

Et quitte à exploiter ce thème et reléguer les intrigues « chirurgicales » au second plan, la nouveauté d’ABC TV se démarquerait plus efficacement de ses contemporaines. Parmi les meilleurs exemples en ce sens : Hostages (remake de CBS) dans laquelle une brillante chirurgienne doit en toute connaissance de cause faire échouer une opération qui couterait la vie au président des États-Unis, faute de quoi sa famille sera liquidée. On a aussi eu Complications d’USA Network où un médecin s’efforça malgré les menaces à garder en vie un jeune garçon gravement blessé; ce dernier ayant été témoin d’une fusillade entre guerres de gans. Enfin, mentionnons Mary Kills People de Global où une docteure en échange d’importantes sommes d’argent acceptait de tuer des patients en phase terminale au lieu de les laisser souffrir jusqu’à leur dernier souffle. Les sources d’inspirations sont donc là. Suffit d’avoir un minimum d’imagination…

Le premier épisode de Pulse a attiré 512 000 téléspectateurs en direct, le second 478 000 et le troisième 404 000. En somme, c’est un à une grande majorité un public dévoué au genre médical qui a pointé le bout de son nez et non les curieux. Il s’agit là de chiffres peu encourageants avec une légère inclination à la baisse. Peu certain que comme Frankie, la fiction traverse l’année.

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