The Sinner (2017): l’enfer ou l’ennui?

The Sinner est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis le 8 août sur les ondes d’USA Network aux États-Unis et depuis le 21 août sur Showcase au Canada. On s’imagine que le titre fait référence au personnage principal, Cora Tannetti (Jessica Biel) ; une mère de famille qui lors d’un après-midi passé à la plage semble péter complètement les plombs. C’est que sans aucune raison apparente, elle se rue sur un plaisancier qui batifolait avec sa petite amie et le poignarde de plusieurs coups de couteau. Désormais derrière les verrous, son mari Mason (Christopher Abbott) tout comme Harry Ambrose (Bill Pullman), le détective chargé de l’enquête cherchent à comprendre les motifs de la jeune femme. Difficile par contre de conclure à quoi que ce soit quand même cette dernière ne se souvient pas pourquoi avoir commis un tel acte. Inspirée d’un roman éponyme signé Petra Hammesfahr, The Sinner a beau s’appuyer sur une prémisse plus qu’intrigante, les dévoilements au compte-goutte et la longueur de la saison freinent notre envie de nous rendre jusqu’à sa conclusion.

Perspective lassante à la longue

C’est une certaine musique qui s’est mise à jouer à la plage et qui a opéré un genre de déclic chez Cora, l’amenant à commettre l’irréparable. Lucide quant aux preuves amassées contre elle, on sent qu’elle n’a pas envie de se battre et préfère plaider coupable pour que le procès se termine le plus rapidement possible. Mais Harry ne l’entend pas de cette oreille et à mesure qu’il creuse, de nouveaux indices refont surface. D’abord, il est établi que Cora connaissait sa victime, Frankie Belmont (Eric Todd). Ils se seraient rencontrés dans un bar, auraient eu une relation sexuelle il y a de cela cinq ans après que cette dernière ait décidé de quitter le nid familial. Pourtant, les parents du défunt jurent que leur fils se trouvait dans un autre État en 2012. Harry découvre aussi que Cora a séjourné à la même époque dans un centre de désintoxication, mais quand il lui présente une seringue, elle n’a aucune idée comment s’en servir. Elle n’est pas plus bavarde avec Mason qu’elle ne cesse de repousser sans lui donner la moindre explication. Restent ses souvenirs d’enfance que l’on introduit tout au cours des épisodes dans un montage épars. Ayant été élevée dans une famille très religieuse, sa petite sœur atteinte du lymphome est probablement morte en bas âge.

Force est d’admettre que l’idée de départ est accrocheuse, d’autant plus que dans les premières scènes, on sent tout de suite que quelque chose cloche. Cora n’apprécie manifestement pas les rapports physiques lorsqu’on la voit coucher avec Mason et plus tard quand elle se baigne dans la mer, on dirait qu’elle essaie de se laisser noyer. C’est lorsque l’enquête prend son envol que ça devient plus laborieux. C’est qu’Harry n’a pratiquement aucune piste et il ne peut pas pour compter sur Cora pour l’aider. Certes, la thèse de la folie temporaire s’effrite peu à peu et le retour graduel dans son passé de 2012 nous offre quelques surprises.

Par contre, The Sinners perd de son intérêt dans sa longévité, exactement comme dans Manhunt : Unabomber de Discovery Channel. Dans celle-ci, il a été question d’un personnage principal qui passait son temps entre interroger un potentiel suspect d’attentats à la bombe et analyser un manifeste écrit par un terroriste. Si l’habilité de l’agent du FBI était remarquable, la redondance s’est rapidement installée et rester fidèle à cette série de huit épisodes s’avérait un réel défi. C’est exactement la même chose avec la nouveauté d’USA Network. On finit par se lasser de l’enquête en solo du détective. Mais c’est surtout l’attitude de Cora qui nous décourage. Les scènes se ressemblent alors qu’elle répète sans cesse à son mari qui vient la visiter en prison « I’m sorry » parce que soit elle ne peut, soit ne veut rien dire. Une bonne façon de palier à cette redondance aurait été d’emprunter la structure narrative de Seven Types of Ambiguity ou The Slap qui dans chaque épisode nous offrait un nouveau point de vue d’un témoin du drame en question. Évidemment, dans le cas qui nous intéresse, il faut rester un minimum fidèle aux chapitres du livre dont on s’inspire, mais disons qu’à la télévision ça ne passe pas aussi bien.

Des à-côtés faiblards

Restent les autres éléments du récit qui ne sont pas plus convaincants, soit, le personnage de Harry et les souvenirs d’enfance de Cora. En effet, toutes les scènes où il est question de la vie privée du détective sont pour le moins risibles. On a Harry qui est séparé de sa femme et il tente de recoller les pots cassés. Or, ce dernier est adepte de sadomasochisme puisqu’il continue en parallèle de fréquenter une maîtresse qui a l’habitude de lui marcher dessus, pour son plus grand plaisir. Sinon, on ne comprend pas ce que ça apporte au récit de le voir somnambule au beau milieu de la nuit en sous-vêtements dans sa cour. Pas plus éclairante cette scène où il quitte la pièce alors qu’il est en pleine discussion pour cajoler un oiseau qui s’est cogné la tête contre une vitre.

L’aspect « religieux » de la série n’est pas mieux maîtrisé. En effet, la mère de Cora fait preuve d’une bigoterie exagérée quand elle oblige Cora à enterrer dans le jardin une palette de chocolat offerte par sa tante. Plus tard, elle se doit de réciter moult prières pour avoir lu à voix haute un article sur la sexualité féminine à sa jeune sœur d’à peine dix ans qui bizarrement le lui demandait….

Le premier épisode de The Sinner a attiré 1,63 million de téléspectateurs avec un taux de 0,42 chez les 18-49 ans. Fait exceptionnel, la série n’a cessé de faire de modestes gains si bien qu’à la sixième semaine, l’auditoire était de 1,69 million (taux de 0,49). Encore plus étonnant est qu’à chaque semaine, en incluant les enregistrements sur une période de sept jours ce nombre a triplé, autant sur la population en général que chez les 18-49 ans. De toute façon, la nouveauté d’USA Network, même sans cette donnée se classait au premier rang des fictions les plus écoutées de la chaîne. Un exploit en effet pour une série estivale sur le câble.

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