Mr Mercedes (2017): une route sinueuse

Mr Mercedes est une nouvelle série qui est diffusée depuis le début août sur les ondes d’Audience Network aux États-Unis. C’est justement cette marque de voiture qui est à l’origine d’un terrible drame qui amorce la fiction. C’est qu’il y a quelques années, un mystérieux inconnu déguisé en clown au volant de ce bolide a foncé à vive allure dans une foule. Résultat : seize morts et plusieurs blessés. Depuis, l’eau a beau avoir coulé sous les ponts, le détective Bill Hodges (Brendan Gleeson), désormais à la retraite est obsédé par cet incident tragique puisqu’il n’a jamais pu attraper le coupable. Mais voilà que ce dernier éprouve un malin plaisir à lui envoyer des vidéos lui rappelant son crime : en somme, rien pour calmer ce dépressif chronique qui n’abandonne cependant pas la partie. Après l’oubliable The Mist (Spike) plus tôt cet été, cette nouvelle adaptation d’un roman de Stephen King ne passe pas mieux à la télévision. Peut-être trop calquée sur l’œuvre initiale, Mr Mercedes manque d’originalité du point de vue de la mise en scène tombe dans la facilité lorsque vient le temps d’exploiter la psychologie derrière les faits et gestes de ses protagonistes. Non disponible au Canada pour le moment, les téléspectateurs potentiels ne ratent rien.

 Une tension de calme plat

Sans que l’on soit au courant des détails, on comprend que le départ anticipé de Bill a à voir avec son obsession pour le tueur à la Mercedes qui lui a toujours échappé. Depuis, n’eût été des petites attentions pas si désintéressées de sa voisine Ida (Holland Taylor), c’est une vraie loque humaine. Ça s’empire quand il reçoit ces mystérieux vidéos du meurtrier qui s’amuse à tourner le fer dans la plaie alors qu’au moyen d’une animation de base, il fait parler des victimes qu’on n’a pas pu sauver. Comme elles s’effacent tout de suite après avoir été visionnées, la police ne peut rien faire pour lui et d’ailleurs, c’est à peine si elle le croit. Bill se rapproche donc de Janey Patterson (Mary-Louise Parker), la sœur de celle qui s’est fait voler la Mercedes avant le drame et qui s’est suicidée depuis. C’est qu’elle aussi recevait des messages du tueur qui la blâmait en plus de ne pas avoir verrouillé sa portière ce soir-là. Mais qui est donc ce tueur ? Il s’agit de Brady Hartsfield (Harry Treadaway), issu d’un milieu pauvre avec beaucoup de traumas accumulés depuis son enfance. Pour le moment, il semble que sa soif de vengeance sera atteinte seulement lorsqu’il sera venu aussi à bout de Bill.

Lorsqu’une série est adaptée d’une œuvre de Stephen King, on pense soit à de l’horreur, un suspens ou un thriller en termes de contenu. Justement, Mr Mercedes oppose un tueur désaxé et un détective, mais l’ambiance glauque du livre ne traverse pas du tout l’écran. Ainsi, on a tout simplement l’impression que ce qui est écrit dans les pages est reproduit à la télévision sans aucune plus-value au niveau de la mise en scène. Par exemple, la trame sonore est inexistante. Cela peut s’avérer extrêmement efficace dans un film comme The Birds d’Hitchcock, mais ici, l’effet nous donne plus envie de somnoler qu’autre chose. Quant au côté horrifique de la série, des images de clowns ou le contenu morbide, voire vulgaire des vidéos envoyés par Brady ne suffisent guère à nous donner la chair de poule.

De toute façon, cette sourde lutte entre les deux hommes est diluée au possible et dédramatisée dans ces laborieux épisodes d’environ 60 minutes. Le remplissage est en effet légion avec ces mêmes longs plans à chaque introduction où l’on voit Bill se raser et uriner non sans quelques difficultés. D’ailleurs, l’ironie, voulue ou pas est que l’animal « de compagnie » du détective est une tortue… Sinon, la cour aussi assidue qu’incompréhensible d’Ida envers Bill frôle le grotesque alors qu’elle lui montre des photos d’elle-même complètement nue en espérant l’émoustiller. Du côté de Brady, c’est son quotidien au travail avec son patron (Robert Stanton), caricatural au possible qui nous fait sans cesse décrocher.

Une enfance difficile…

Dans une ère surpeuplée de séries où il importe d’accrocher les téléspectateurs au plus vite, on peut dire que Mr Mercedes réussit son pari : on y voit une foule de gens faire la queue devant un centre d’emploi local. Une mère monoparentale son bébé dans les bras et un homme font connaissance et s’apportent du soutien dans ces temps difficiles. Puis, de nulle part surgit la Mercedes. Le symbole est tout de même fort avec cette classe laborieuse qui en quelques secondes seulement périt sous les pneus de cette voiture de luxe. Capitalisme sauvage; de surcroit d’une voiture fabriquée à l’étranger; il y a une foule d’avenues possible au niveau de l’analyse qui fait qu’une série devient véritablement intéressante à regarder. Malheureusement pour la nouveauté d’Audience, on tombe rapidement dans la facilité. On sait que Brady est déséquilibré et évidemment tout remonte à l’enfance avec son jeune frère qui est mort devant ses yeux et une mère alcoolique qui abuse sexuellement de lui. Mais il est difficile de ressentir quoique ce soit à son égard puisqu’on met davantage l’accent sur les détails scabreux. Entre autres le fait qu’il éprouve du désir envers sa mère et ces plans inutiles où on le voit se masturber en pensant à elle.

L’autre irritant est qu’on ne nous laisse aucune place à l’imagination en nous enfonçant toutes les explications dans la gorge. C’est qu’avec la propriétaire défunte de la voiture qu’il a volée, Brady lui parle de son enfance malheureuse en s’apitoyant sur son sort. En voici d’ailleurs un extrait assez explicite : « I was bullied at school, laughed at, and not just by the other kids, but by teachers, too. I was never a mean kid, Mrs. Trelawney. I just tried to get through my childhood without being laughed at or humiliated. I did not succeed. »  À l’opposé, dans les envois par courriel destinés à Bill, il y déverse son fiel sans aucune retenue ; nous montrant bien sa personnalité à deux facettes. Bref, le scénario fait fi de toute ambiguïté et manque surtout de subtilités. On est loin de la fascinante narration spéculative et analytique de Stella Gibson (Gillian Anderson) dans The Fall à propos du tueur en série qu’elle traquait.

Comme il s’agit d’une adaptation d’un roman avec une finale que l’on imagine fermée, il ne faut pas trop s’attendre à une suite. La seule option serait de voir Bill reprendre du service dans une nouvelle enquête, mais pour le moment aucune annonce n’a été faite en ce sens.

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