The Tick/Disjointed (2017) : vive l’automne qui s’en vient…

The Tick est une nouvelle série dont les six premiers épisodes ont été mis en ligne sur le site d’Amazon le 25 août. Le titre fait référence à un superhéros (Peter Serafinowicz) reconnaissable à son costume bleu qui dans le temps présent est cruellement en manque d’aventure. Mais cela pourrait bien changer après qu’il ait fait la connaissance d’Arthur (Griffin Newman), un jeune homme très ordinaire qui ne cesse de se répéter tel un mantra qu’il veut cela reste ainsi. Pourtant, l’appel du devoir se fait assez vite sentir. Quant à Disjointed, les dix premiers épisodes ont atterri sur le site de Netflix à la même date. Il s’agit d’une sitcom tournant autour de Ruth (Cathy Bates) et de son fils Travis (Aaron Moten), copropriétaires d’une boutique de marijuana médicinale et de leurs interactions avec leurs clients. Dans les deux cas, on a l’impression que cette fin d’été rime avec essoufflement du côté des deux importants joueurs de la vidéo sur demande qui depuis ces derniers mois nous balancent des séries de qualité diverses à un rythme effréné. Si dans le cas d’Amazon nos premiers sourires nous abandonnent dès le troisième épisode, il ne s’est en revanche jamais pointé sur notre visage au visionnement de celle de Netflix.

The Tick : faits pour s’entendre… éventuellement

Pour comprendre la relation qui éventuellement réunira Tick et Arthur, il faut d’abord remonter dans le passé de ce dernier. C’est que son père est mort sous ses yeux après avoir été écrasé par un vaisseau spatial. Celui-ci contenait plusieurs superhéros, mais il a perdu le contrôle suite à une attaque commandée par The Terror (Jackie Erle Haley) qui selon plusieurs n’est plus depuis plusieurs années. Or, seul Arthur est convaincu qu’il existe toujours et qu’il a des plans machiavéliques concernant la ville où il habite. En ce sens, l’arrivée de Tick vient le conforter dans ses hypothèses et ce dernier lui déniche même un costume de superhéro qui rend le jeune homme invulnérable à maints égards. Pour le moment, c’est Miss Lint (Yara Martinez) qui avec ses décharges d’électricité statique a le don d’embêter nos deux justiciers qui par ailleurs sont loin de s’entendre pour l’instant.

On serait presque tenté d’affirmer qu’Amazon était à la traîne puisque le SVD devait bien être un des derniers à ne pas avoir produit une adaptation de superhéros pour le petit écran. C’est maintenant chose faite et autant pour le pilote que pour le second épisode, la nouveauté nous séduit à bien des égards. C’est que les récentes adaptations pour la télévision des Marvel et DC Comics finissent toutes par se ressembler. Format de 60 minutes, villes ultra-polluées et noyées dans le brouillard, ambiance générale très sombre et héros extrêmement tourmentés : The Tick nous arrive avec exactement le contraire. De toute façon, l’adaptation vers une comédie était un passage obligé. En effet, il est difficile de prendre au sérieux cet homme très musclé déguisé en tique avec ses antennes qui bougent au gré de ses émotions. Disons que cette variété d’arachnidée n’en impose pas plus qu’il ne le faut. Quant à la conception de sa mission sur terre, Tick la met sur un tel piédestal qu’on ne peut qu’y voire une caricature du genre, comme en témoigne une partie de son monologue à la fin du pilote : « That’s the hero’s journey. That’s why they get up in the morning To go mano-a-monomyth with the darkness. To win the elixir and save the world. Because villainy is real. » Quant au générique quelque peu enfantin et la présence de quelques cartons « pow » superposés à l’écran, la nostalgie nous gagne en repensant aux nombreuses reprises de la télésérie Batman diffusée sur ABC entre 1966 et 1968.

Malheureusement, on comprend qu’après quelques épisodes The Tick s’en va exactement dans la direction opposée de ce que l’on aurait souhaité. Comme pour The Defenders de Netflix dévoilée une semaine plus tôt, la nouveauté d’Amazon est construite sur le long terme ; c’est-à-dire qu’il s’agit d’un film découpé en tranches de 30 minutes. Au contraire, avec un tel format et un tel ton, il aurait été plus judicieux d’y aller avec des aventures fermées à chaque épisode. Conséquence, l’action à peine commencée fait du sur-place en raison de l’obstination d’Arthur. C’est que secrètement, il a toujours rêvé devenir un superhéros, mais se retient et ne cède pas à cette « pulsion » puisque ce sont eux qui indirectement ont causé la mort de son père. Et voilà en gros ce qui définit les relations entre ce dernier et Tick durant les trois premiers épisodes et ça devient plus que lassant.

Disjointed : pour des neurones en moins

Ancienne activiste féministe, Ruth s’est en quelque sorte toujours battue pour les causes désespérées et on peut presque affirmer que la légalisation de la marijuana est un miracle pour cette femme qui tient depuis plusieurs années un dispensaire. Seulement, l’arrivée de Travis, fraîchement gradué d’une école de commerce ammène certaines frictions dans leurs relations. C’est que dans ses rêves les plus fous, il souhaite que leur établissement se transforme en « Walmart du pot » alors que sa mère ne tient pas particulièrement à entrer aussi sauvagement dans le système capitaliste. Au cours des épisodes suivants, on s’intéresse beaucoup aux interactions avec les clients ainsi qu’aux différents membres du personnel.

Tout espoir de passer du bon temps en entamant Disjointed s’évaropre assez tôt. C’est que la série commence et l’équipe tourne une sorte de vidéo publicitaire afin d’attirer plus de clients dans le magasin. Des rires préenregistrés fusent et on se dit que ce sont eux qui dans leur montage corporatif les ont ajoutés parce que manifestement, il n’y a pas de quoi s’amuser. Or la nouveauté de Netflix est bel et bien une sitcom et on doute que l’humour ait réellement fait effet sur les spectateurs. C’est probablement ce qui nous énerve le plus avec cette fiction puisque ces esclaffements fusent pour un rien alors que l’auditoire devant son écran reste de glace. Voici justement un échange assez banal caractéristique de la série entre Ruth et Travis : (T) « And pretty soon somebody’s gonna become the Walmart of cannabis. Why not us? » (R) « ’Cause Walmart is evil. » Rires (T) « You shop there. » Rires (R) « Only when I’m buying in bulk. It’s bulk evil. » Rires encore plus intenses.

Ce qui est à la limite dérangeant, c’est que tout l’humour provient de l’état « second » des protagonistes. En gros, Disjointed, c’est un peu comme si l’on assistait en permanence à des gens en état d’ébriété dire ou commettre des sottises. La marijuana a définitivement la cote et bien que leur boutique serve à procurer des produits « médicinaux » aux clients, personne n’est dupe. Ajoutons à cela des fausses publicités vantant les vertus de la drogue verte absolument inutiles et des personnages secondaires insupportables comme leurs voisins Dank (Chris Redd) et Dabby (Bets Sodaro) qui surjouent. Il faut manifestement un stupéfiant, voire même davantage pour quiconque voudrait écouter la série en entier.

Justement, les fictions commandées par des services de vidéo sur demande tels Netflix le sont en bloc et ne passent pas par le pilote. Dans ce cas-ci, mal leur en prit puisqu’en plus des dix épisodes proposés, une autre salve du même nombre est attendue pour plus tard dans l’année. Quand on y pense, c’est encore pire pour Amazon vu que The Tick faisait partie des séries présentées durant la semaine des pilotes. Six épisodes assez quelconques sont déjà en ligne et six autres sont aussi attendus éventuellement.

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