Quacks/ What Would Diplo Do? (2017): trouver sa voix

Quacks est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis le 15 août sur les ondes de BBC Two en Angleterre et nous transporte à l’ère victorienne dans le milieu de la médecine. Les personnages principaux sont le docteur Robert (Rory Kinnear), le dentiste John (Tom Basden) et le psychiatre William (Mathew Baynton) qui à les en croire sont de réels pionniers dans leurs champs respectifs… ou de pathétiques charlatans, c’est selon. De son côté, What Would Diplo Do ? est composée de cinq épisodes et est diffusée depuis le début août sur les ondes de Viceland aux États-Unis et au Canada. On s’immisce dans le quotidien de Diplo (James Van Der Beek), un célèbre DJ et propriétaire qui vit des hauts et des bas entre son image publique et sa vie privée qu’il a de la difficulté à concilier. Alors que l’on cherche désespérément à accrocher un auditoire de plus en plus volatile (jeune de préférence), ces deux nouveautés s’en tirent assez bien au niveau du contenu. Encore faut-il qu’elles rejoignent leur public notamment dans le mode de diffusion et c’est la série anglaise s’en tire beaucoup mieux.

Quacks : contenu rassembleur

Nous sommes en 1840 et disons qu’on est encore au stade de l’expérimentation dans plusieurs domaines. Pourtant, ce n’est pas le manque d’assurance qui fait défaut à Robert, et ce, malgré une amputation qui a tourné à la catastrophe récemment. Dans le premier épisode, afin d’enlever une excroissance au visage d’un éminent duc, il se propose de procéder à une trachéotomie devant public tandis que William cherche une autre approche pour soigner ses patients déments. Dans le second épisode, Caroline (Lydia Leonard), la femme de Robert qui souhaite aussi percer dans le domaine médical est aux anges lorsqu’elle a l’opportunité de souper avec Charles Dickens (Andrew Scott), un auteur en vogue qui s’intéresse aux réformes sociales. La semaine suivante, William met en scène un faux tribunal afin de ramener à la raison Harold (Jamie Demetriou), l’un de ses patients qui est persuadé d’être un aristocrate français recherché par de sanguinaires révolutionnaires. Pendant tout ce temps, nous avons aussi John qui poursuit ses expériences de stupéfiants sur des cobayes.

On pourrait presque affirmer que la série médical est condamnée à stagner tellement la composition de ses épisodes est rigide. En ce sens, le volet historique de cette science apporte une couche d’intérêt supplémentaire au genre et à l’inverse de The Knick diffusée sur Cinemax, Quacks tire surtout son épingle du jeu en raison de son ton humoristique. C’est que l’on se moque autant du genre que des perceptions que nous nous faisons de l’histoire médicale. Il y a d’abord cette ignorance crasse quant aux traitements qu’ils prescrivent sans s’intéresser outre mesure à leurs effets secondaires, comme en témoigne cette conversation entre William et John : (J) « It will restore health, energy and vitality. » (W) « Oh, what’s in it? » (J) « Red wine and cocaine. The Pope likes it, he’s endorsed it. » (W) « What does cocaine do, any side-effects? »  (J) «Nothing major.»  On dénonce aussi via l’humour une société victorienne profondément machiste. Par exemple, lorsqu’une femme se plaint de douleurs au vagin, un médecin y va de cette prescription : « Clearly, you’ve got this problem because you are a woman. (…)You need to fast for a week, ride a horse for two hours a day, not Sundays, and place a freshly-cooked baked potato on the infected area. » Sinon, William crée toute une commotion au sein du corps médical lorsqu’il suggère de questionner les patients atteints de troubles psychologiques au lieu de les guérir en ayant recours aux châtiments physiques (« a new form of Belgian therapeutic ») !

Enfin, Quacks ne se limite pas à des scènes gores où le sang gicle de partout et nous offre un second degré d’humour. Le meilleur exemple se retrouve dans le second épisode alors la réalité rencontre la fiction. John par exemple se lie d’amitié avec un orphelin pickpocket qu’il prénomme « Oliver », tandis qu’une certaine Florence Nightingale (Milly Thomas) a le don d’énerver Robert avec sa rigueur concernant les soins proférés aux patients. Reste Dickens, un grand parleur qui s’avère pour le moins dépravé.

What Would Diplo Do? : des standards assez élevés

Diplo a beau être célèbre, sa marque de fabrique réside surtout dans sa personnalité pour le moins tranchante. Dans le premier épisode par exemple, il entre en guerre ouverte contre le DJ Calvin Harris via les réseaux sociaux, mais est interrompu dans ses insultes puisqu’il doit s’occuper d’un jeune garçon en phase terminale pour redorer son image corporative. Dans le second, c’est tout juste s’il n’entre pas en dépression alors qu’il s’avère incapable de trouver son prochain jingle, le tout filmé par une équipe produisant un documentaire sur son processus de création. La semaine suivante, Diplo se met encore dans l’eau chaude en s’en prenant à Taylor Swift, ce qui le ramène à des souvenirs de début de carrière pour le moins difficiles.

Diplo est le nom d’un réel DJ et c’est James Van Der Beek, à la fois acteur dans la série et créateur qui a vendu l’idée à Viceland d’un faux documentaire sur le célèbre musicien. D’ailleurs, ce dernier a fait preuve de beaucoup d’autodérision, lui qui agit aussi à titre de producteur exécutif. Au ton quelquefois acide, mais surtout moqueur, on se gausse surtout du caractère grand parleur, petit faiseur de l’artiste. En effet, il est plutôt amusant de le voir extrêmement mal à l’aise lorsqu’il se retrouve en face de Calvin Harris (joué par lui-même) après l’avoir insulté sur Twitter. À l’épisode #2, le processus de création par celui qui se vante d’être carrément une légende est mis à mal à la toute fin par un retournement de situation pour le moins loufoque. Sinon, côté intellectuel, on ne le ménage pas plus comme en témoigne cet échange entre lui et son ami imaginaire Jamar (Jamar Malachi Neighbors) : (J) « You got first-fame syndrome. » (D) « First-fame syndrome? What the [bleep] is that? » (J) « You’re high off your own myth. » (D) « I’ve never done meth! »

Mais outre ces quelques pointes d’humour, on ne peut pas dire que What Would Diplo Do ? marquera les esprits. C’est que la pression est haute pour Viceland qui se targue de sortir des sentiers battus, de vouloir raconter des histoires autrement et de cibler particulièrement les jeunes. En effet, la chaîne, malgré des critiques élogieuses pour son contenu peine à attirer ladite clientèle du côté des cotes d’écoute. La série par exemple a rassemblé seulement 59 000 téléspectateurs en direct pour son premier épisode, 33 000 pour son second et 91 000 pour son troisième. C’est que mis à part ses documentaires encensés par les critiques, c’est surtout dans son mode de diffusion linéaire pour la série associé à de la « vieille » télévision qui fait défaut.

De son côté, BBC Two a su ménager la chèvre et le chou. Comme elle l’a fait pour White Gold, les six épisodes de Quacks ont tous été rendus disponibles le même jour sur iPlayer dès le 15 août tout en étant diffusés en mode hebdomadaire à la télévision. Le pilote a rassemblé 1,25 million de téléspectateurs, se classant ainsi au 16e rang des émissions les plus regardées de la chaîne dans la semaine du 14 au 20 août. Il s’agit là d’un score correct, mais la question est de savoir si l’écoute en ligne a nui ou non à la diffusion traditionnelle… un dilemme bien d’aujourd’hui.

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