Manhunt : Unabomber (2017) : des petits pétards

Manhunt : Unabomber est une nouvelle série de huit épisodes qui est diffusée depuis le 1er août sur les ondes de Discovery Channel aux États-Unis. Cette « chasse à l’homme » nous renvoie dans les années 90 alors que Jim « Fitz » Fitzgerald (Sam Worthington) n’a rejoint que depuis quelques années les forces du FBI. Sa première mission avec son équipe et de retrouver, puis d’inculper celui à qui l’on a donné l’acronyme d’Unabomber (« Un » pour University et A pour « Airline »; puisque les avions et les aéroports ont déjà été ses cibles). La liste des indices étant minimale, la seule piste valable de Fitz est d’analyser le manifeste que le criminel a envoyé dans les journaux. Et l’on serait surpris des informations qui s’y trouvent. Inspirée de faits réels, Unabomber, malgré une faible résonnance médiatique est tout de même intéressante dans son propos et surtout ceux énoncés par le criminel qui a fait trembler pendant un temps l’Amérique. Reste qu’on doute que le format sériel soit le plus approprié pour ce genre d’histoire.

L’ordre ou la liberté ?

Voilà deux décennies que le FBI est à la recherche du mystérieux Unabomber sans résultats concrets et après avoir dépensé près de 50 millions $ pour l’enquête. L’action se divise ainsi en deux espaces-temps. Tout d’abord en 1995 alors que Fitz qui vient tout juste d’être intégré à la Unabomb Task Force propose de nouvelles méthodes d’investigation d’abord ignorées de son supérieur Don Ackerman (Chris Noth) et ses acolytes. Puis, on nous transporte en 1997 alu moment où un suspect est arrêté : Ted Kaczynski (Paul Bettany). C’est que dans sa petite cabine de bois du Montana, les autorités ont retrouvé une tonne de matières pour fabriquer des explosifs, ainsi que des timbres par exemple similaires à ceux collés aux enveloppes des colis piégés. Pourtant, aucune preuve concrète comme des empreintes ne sont suffisantes à ce jour pour condamner le suspect. Dès lors, un combat « d’intellect » surgit entre Ted, un brillant mathématicien de Harvard et Fritz, légèrement complexé parce qu’il a une éducation inférieure à son interlocuteur.

Au cœur de l’enquête de la série se trouve le fameux manifeste qui expose le point de vue du terroriste et qui fait l’objet d’une minutieuse étude par Fitz. C’est qu’en temps normal, il importe d’abord d’arrêter le criminel pour ensuite s’informer de ses motifs alors qu’avec Unabomber, on y va à contre-courant. C’est en décryptant les raisons qui conduisent l’homme à poser des bombes un peu partout qu’on a le plus de chance de le coincer. Dans son cas, les explosions dont il est l’auteur servent d’abord et avant tout à attirer l’attention sur sa propre croisade contre la technologie. C’est le même principe que la Révolution industrielle du XIXe siècle alors que certes, les hommes ne manquaient pas d’emplois, mais leurs définitions de tâches les rendaient automates. Ici au milieu des années 90,  le terroriste en a contre la technologie qui envahit de plus en plus le quotidien de la population. Il écrit entre autres dans son manifeste : « They want you to be a sheep like they are sheep. Obedient, unquestioning piece of machinery. Sit when told to sit, stand when told to stand. They want you to give up your humanity, your autonomy for a paycheck, gold star, bigger TV. The only way to be human, the only way to be free, is to rebel. » Les cibles de ses attaques sont en conséquence : locaux universitaires, magasins d’ordinateurs, les compagnies aériennes, etc.

Certes, il est un peu illusoire de penser ici que la terreur servira de frein à toute avancée technologique, mais son auteur prône en défaveur d’une seconde révolution industrielle qui avilira une fois de plus l’âme humaine. À l’opposé, on a le FBI qui cherche à assurer l’ordre et la sécurité d’abord et avant tout. De leur côté aussi on parle des avancées technologiques, mais cette fois en bien comme en témoigne ce collègue qui s’adresse à Fitz : « Think about all the data the government has on its citizens. Addresses, employment, military, census. Eighty years of data, 250,000,000 people, but you can’t do anything with it because it’s scattered across dozens of different systems. That’s why I built the MPP, to bring all that data together in one place for the first time. » Vingt ans plus tard, difficile de rester insensible aux deux arguments alors qu’un débat entre vie privée et surveillance du gouvernement pour des questions de sécurité fait toujours rage.

Mauvais format

Indubitablement, le débat qu’évoque Unabomber entre surveillance et liberté trouve écho dans notre actualité. De plus (cela se confirmera à la rentrée), aux États-Unis, tout comme en Angleterre, à la télévision traditionnelle tout comme sur les plateformes telles Netflix, la recréation de faits vécus a la cote auprès des téléspectateurs. Si à l’étranger le déroulement des événements nous est moins connu, il en est tout autrement pour les Américains, mais rapidement, on se rend contre que la série a un potentiel limité. Si l’épisode de départ nous accroche, les mêmes explosions en introduction à chaque autre diffusion perdent en intensté. Or, c’est le seul moment « d’action » que contient la fiction, le reste étant essentiellement du bavardage. En effet, il est évident que le budget de Discovery pour cette fiction est somme toute limité alors que l’entièreté des scènes se situe dans les bureaux du FBI et dans la salle d’interrogatoire. Sinon, l’analyse plus que minutieuse du manifeste est certes intéressante, mais elle se poursuit durant les trois premiers épisodes et il en reste encore cinq. En ce sens, adapter Unabomber sous forme de film aurait été bien plus efficace.

Quant au titre, on n’est pas vraiment dans une chasse à l’homme puisque c’est Fitz qui est en grande partie à l’avant-scène durant l’enquête. Un chassé-croisé entre lui et le criminel avec plus de moments sur le terrain aurait été bien plus intéressant pour le téléspectateur.

Enfin, au début d’Unabomber, on sait seulement qu’un dénommé Ted Kaczynski est le suspect numéro 1 sans en avoir la preuve absolue. Or, dans les faits, il s’agit bel et bien du poseur de bombes. Pour une génération plus jeune ou un auditoire étranger, Ted aurait bien pu être la mauvaise cible du FBI et on aurait pu construire une tension autour de cette incertitude. Au lieu de cela, on nous expose platement l’identité du réel criminel dans quelques plans du montage alors qu’on voit son visage à découvert commettre ses méfaits.

C’est peut-être en raison de la faible qualité des fictions des networks, mais Unabomber a tout de même su tirer son épingle du jeu. 1,25 million de téléspectateurs ont regardé les deux premiers épisodes avec un taux de 0,35 chez les 18-49 ans. Après la diffusion des cinq premiers épisodes, ils étaient toujours en moyenne 1,05 million (taux de 0,3)… Et c’est sans compter l’audience simultanée sur Investigation Discovery : près d’un million par épisode.

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