Somewhere Between (2017): indigne d’un network

Somewhere Between est une nouvelle série de dix épisodes qui est diffusée depuis la fin juillet sur les ondes d’ABC aux États-Unis et de Global au Canda. L’action se déroule au sein de la famille Price avec pour personnages principaux Laura (Paula Patton), une productrice de bulletins de nouvelles et son mari Tom (JR Bourne), le procureur du district de Black Pine Cove sur la côte Ouest. Le couple, très heureux, voit son univers basculer le jour où leur jeune fille Serena (Aria Birch) est kidnappée, puis retrouvée morte quelques heures plus tard. Mais par un étrange concours de circonstances, une seconde chance est octroyée aux protagonistes alors qu’ils retournent dans le temps ; une semaine avant le drame. Saura-t-on éviter de nouveau la tragédie ? Adaptation de la série coréenne God’s Gift : 14 Days, Somewhere Between est tout simplement indigne d’une diffusion sur un grand network, même l’été. En effet, avec ses mises en situation forcées, sa kyrielle d’émotions bas de gamme et ses incongruités constantes ; rien ne justifie une telle erreur télévisuelle.

Une piètre mauvaise impression

Même avant l’enlèvement et la mort de Serena, l’ambiance était plus que lourde à Black Pine Cove. C’est qu’un tueur en série auteur du meurtre de plusieurs jeunes femmes a finalement été coincé et c’est Tom qui avec sa plaidoirie s’apprête à l’envoyer vers l’échafaud. Entre-temps, la mère du présumé meurtrier Grace Jackson (Catherine Barroll) fait tout ce qui est en son pouvoir pour innocenter son fils avec une foule de soi-disant preuves, mais personne ne l’écoute. Elle a un deuxième fils, Nico (Devon Sawa), un ancien policier converti en détective privé qui en se trompant d’adresse, s’introduit chez les Price pour réclamer une dette. Puis, les mois passent après le meurtre de la fillette et Laura qui n’en peut plus tente de se suicider en sautant à l’eau du haut d’une falaise. Or, elle se réveille le lendemain sur la jetée et c’est Nico qui l’a secouru. C’est à ce moment qu’eux seuls réalisent qu’ils sont retournés sept jours en arrière et que sauver Serena est encore possible. Cependant, modifier le destin est plus difficile que prévu et en attendant, Laura et Nico tentent de comprendre par qui Serena a été (ou sera) tué et surtout par qui.

Dès le commencement, on réalise que Somewehere Between n’est pas de très gros calibre. En effet, on a droit à une très longue scène dans laquelle Serena refuse de faire un devoir de math afin d’assister à un concert de Jesse, son chanteur favori. De ces échanges plus que redondants entre Tom, Laura et leur fillette, c’est surtout la fausseté des dialogues et le jeu plus qu’exagéré des deux femmes qui nous donne l’envie immédiate de changer de chaîne. Avec la musique d’accompagnement tantôt enjouée, tantôt très grave, on a droit à la même ambiance confuse que l’on retrouvait dans Stranger Things. En effet, dans cette dernière, la réaction hyperdramatique du personnage incarné par Winnona Ryder contrastait fortement avec le reste de la fiction.

Sinon, c’est dans son approche de programmation qu’ABC aurait dû faire preuve de davantage de clairvoyance. C’est que l’enjeu véritable est cette deuxième chance qui ne se manifeste qu’à la fin du premier épisode, lequel sert plutôt de longue introduction. Diffuser le second tout de suite après aurait été bien plus effectif que de demander aux téléspectateurs de revenir le lendemain, ce qui a été le cas.

De plus, la série coréenne comptait 16 épisodes tandis que la version américaine s’est limitée à dix, si bien que l’enchaînement des événements est beaucoup trop rapide. En conséquence, c’est tout juste si l’on ressent la peine qu’éprouve Laura pour la perte de sa fille. On est en effet loin des Broadchurch, Happy Valley et Fearless, ces séries anglaises qui parvenaient en une heure à nous faire passer par toute la gamme des émotions. Pire, l’histoire de Somewhere Between a beau se dérouler en accéléré, on trouve tout de même le moyen de nous endormir avec quelques longueurs. En tête :  les scènes familiales chez les Price d’une platitude extrême ou encore l’utilisation de flashbacks qui nous ramènent à un événement survenu à peine 15 minutes plus tôt dans la diffusion.

Forcer les événements : dans tous les sens

L’introduction de Somewhere Between a beau avoir été très laborieuse, la production aurait pu se rattraper au second épisode, c’est-à-dire au moment où l’enquête de Laura et de Nico s’est mise en branle. Certes, le duo tente d’empêcher les meurtres survenus avant celui de Serena puisqu’ils ont toujours en tête qu’il s’agit de l’œuvre d’un seul tueur en série. Or, pour que celle-ci s’avère efficace, encore faut-il que les protagonistes aient un minimum de crédibilité, ce qui n’est pas du tout le cas ici. Le premier réflexe de Laura par exemple est de s’envoler avec sa fille à Hawaï durant les jours où elle sera kidnappée puis tuée, mais la petite a un malaise en avion et on doit la ramener à la maison. C’est à ce moment que Tom apprend que sa femme avait l’intention de s’enfuir avec sa progéniture sans son consentement, mais ses excuses (pourtant peu convaincantes) lui suffisent. Au troisième épisode, ils coincent le « supposé futur tueur », mais lorsque Laura apprend que la police a l’intention de le relâcher, elle disjoncte encore une fois et s’en prend physiquement au suspect. Malgré tout, jamais il ne vient à l’esprit de son mari de la faire interner ou de s’inquiéter réellement pour elle.

Dans le cas de Serena, ce n’est guère mieux tellement son indiscipline est sans limites. Elle s’enfuit de chez elle pour un oui ou pour un nom et son obsession envers Jesse est pour le moins troublante. Plus tard, elle vole une simple écharpe dans le bureau de son père et la lave. Pour une jeune fille de dix ans qui peine à finir un devoir, c’est se donner beaucoup de mal : tout ça pour l’enfiler autour du cou de son toutou favori. Le hic ? Il s’agissait d’une pièce à conviction qui aurait pu innocenter le fils de Grace. Quelle famille…

Somewhere Between n’a attiré que 2,9 millions de téléspectateurs le premier soir avec un taux de 0,5 chez les 18-49 ans. Le lendemain alors que la fiction réintégrait sa case régulière, ils n’étaient plus que 1,76 répondant toujours à l’appel avec un taux dérisoire de 0,3. Depuis, la série a beau se stabiliser, il est déjà trop tard. Véritable chronique d’une mort annoncée, ABC n’a jamais convié la presse pour assister à un prévisionnement, ce qui est pourtant assez peu commun. C’est dire à quel point elle croyait à son nouveau projet…

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