The Last Tycoon (2017): un peu plus que du tape-à-l’œil

The Last Tycoon est une nouvelle série de neuf épisodes qui ont tous été mis en ligne le 28 juillet sur le site d’Amazon Prime. L’action se déroule en 1936 alors que les studios hollywoodiens connaissent leur heure de gloire dans une période assez noire des États-Unis. On s’intéresse particulièrement à l’un d’eux : la Brady-American Pictures et un de ses dirigeants, Monroe Stahr (Matt Bomer). C’est qu’il est en train de superviser un film sur sa défunte épouse Minna (Jessica De Gouw), une des plus grandes actrices qui est décédée il y a quelques années dans un terrible incendie. Pourtant, il n’est pas au bout de ses peines puisqu’autant du point de vue administratif qu’artistique, on tente de lui mettre des bâtons dans les roues. Deuxième projet après Zelda s’intéressant à l’univers de l’auteur John F. Fitzgerald, The Last Tycoon est un instantané grandiose du seul milieu aux États-Unis pouvant se permettre d’afficher un luxe ostentatoire en cette Grande Dépression. Si autant du point de vue historique que scénaristique l’introduction nous séduit, les épisodes suivants nous enthousiasment un peu moins : la faute de l’irritant procédé d’Amazon avec sa semaine des pilotes ?

Entre l’illusion et la réalité

Minna Davis était au sommet de son art lorsqu’elle quitta ce monde, laissant le cœur de son mari brisé dans tous les sens du terme. Du point de vue médical d’abord en raison de sa fragilité, mais aussi du côté sentimental puisqu’il semble incapable d’aimer à nouveau. Son film sur son épouse se voudrait donc un vibrant hommage, mais le premier obstacle vient des Allemands… C’est que, son représentant Mr Kraut exige entre autres que l’on change le nom de famille (juif) des principaux personnages, ce à quoi Monroe s’oppose, malgré l’insistance du patron de la Brady-American Pictures Pat (Kelsey Grammer). De plus, le projet semble définitivement mis au rencard après le suicide sur le plateau de tournage du propre frère (dépressif) de Minna qui devait confectionner le scénario. Dans les deux épisodes suivants, le jeune studio, toujours en attente de son prochain grand hit au box-office peine à payer ses factures. D’ailleurs Monroe se voit contraint d’emprunter une importante somme à son concurrent Louis B. Mayer (Saul Rubinek) afin de refaire une partie de leur dernier film : « The Bells of Boston », inculant un différent casting. En attendant, le cœur de Monroe s’attendrit pour un caractère plus doux ; celui de Katleen Moore (Dominique McElligott), la serveuse du coin qui est l’une des seules à avoir les pieds sur terre.

Avec des séries récentes comme Feud de FX ou encore toutes les comédies mettant en vedette des humoristes américains jouant une version parodiée d’eux-mêmes (I’m Sorry (TruTV), I’m dying up Here (Showtime) pour ne nommer que celles-là), les fictions où le gratin du divertissement américain y va d’autoréférences sont légion. The Last Tycoon, bien que s’inspirant d’une œuvre posthume de Fitzgerald entre dans le même moule et inutile de mentionner qu’Amazon n’a pas lésiné sur les moyens du point de vue de la mise en scène. Évoquant à la perfection l’âge d’or hollywoodien, Monroe est l’incarnation type de cette constante recherche de perfection qui propulsera les États-Unis comme producteur numéro 1 du septième art dans le monde. Par exemple, au troisième épisode, Kathleen et Monroe discutent de l’essence même du cinéma de cette décennie alors que « The Bells of Boston » s’avère quelconque après le visionnement de la première version : (K) « It’s like being God, isn’t it? » (M) « If I were God, it would only take me six days. » (K) « I guess if someone is ordinary in your business, they don’t stay in your business very long. » (M) « You just watched two hours of ordinary. Didn’t you feel a bit cheated? Ordinary is the enemy. » (K) « Must be a frightening way to live. »

Encore plus audacieux, The Last Tycoon parvient habillement à mélanger fiction et réalité, toujours par rapport au cinéma des années 30. Ainsi, on a des personnages marquants de l’époque comme Mayer qui y joue le chef dans sa toute-puissance et on mentionne à plusieurs reprises de grands noms du cinéma comme Gary Cooper ou Shirley Temple. À l’opposé, la Brady-American Pictures n’a jamais existé, mais on se sert de références équivalentes avec la diva Margo Taft (Jennifer Beals) ou l’enfant star Sally Sweet (Chloe Guidry) (vedettes fictives) pour nous transmettre l’essence d’une époque, d’un lieu et d’une industrie (la recréation par exemple d’un numéro de comédie musicale à la fin du troisième épisode est tout simplement sublime).

Et en dehors des plateaux de tournage, on s’intéresse aussi aux enjeux plus généraux d’un studio typique de ces années. Il y a entre autres les nazis qui veulent imposer leurs choix artistiques (« It’s our second biggest foreign market, and we need the money ») et par le fait même de tactiques de propagandes pour contourner le problème. On a aussi droit aux premières revendications syndicales et on n’oublie pas non plus de nous rappeler la tragédie que vit le pays en pleine dépression : des camps de démunis s’étant installés à deux pas de la Brady-Alexander Pictures.

La fausse bonne tactique d’Amazon

À l’origine, le premier épisode de The Last Tycoon a concouru avec d’autres fictions en 2016 lors de la septième saison des pilotes d’Amazon. Au cours de l’événement, les téléspectateurs votaient pour l’introduction la plus prometteuse et la gagnante faisait ainsi l’objet d’une saison complète. Malheureusement, dans le cas qui nous intéresse, on constate une véritable cassure entre le premier épisode et les deux suivants : comme si personne dans cette production n’avait sérieusement envisagé l’histoire à long terme. C’est que les principales intrigues tombent toutes à l’eau où sont rapidement balayées sous le tapis. C’est le cas de la relation sexuelle entre Monroe et Rose (Rosemarie DeWitt), l’épouse de Pat qui finalement a une incidence nulle sur les événements ultérieurs. Même chose pour le film sur Minna qui après tant d’investissements semble rester sur la glace. En parallèle, dans le pilote on avait Celia (Lily Collins), la fille de Pat qui était nommée par Monroe productrice exécutive dans un nouveau projet de film critiquant à coups de métaphores l’Allemagne nazie. Par la suite, on n’entend plus vraiment parler de celui-ci et on a plutôt la jeune femme qui prend un vif intérêt pour le mouvement syndical. Bref, on trahit en quelque sorte les fans de la première heure en ne livrant pas la marchandise espérée. Seule l’époustouflante mise en scène pour le moment nous donne envie de continuer l’aventure, mais pour combien de temps ?

Amazon ne divulguera sans doute jamais ses chiffres d’écoute, mais en admettant que ses abonnés y trouvent son compte, The Last Tycoon pourrait contenir plusieurs saisons en raison d’un singulier concours de circonstances. C’est que l’auteur Fitzgerald est décédé avant de terminer son roman, si bien que la porte est ouverte pour autant de suites désirées.

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