The Bold Type (2017): tout ce qu’elles veulent…

The Bold Type est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi-juillet sur les ondes de Freeform aux États-Unis et ABC Spark au Canada. À New York, nous avons Jane (Katie Stevens), Kat (Aisha Dee) et Sutton (Meghann Fahy), trois amies dans la vingtaine qui ont la chance de travailler pour le très populaire Scarlett Magazine. En raison de leur âge, elles doivent encore faire leurs preuves dans un monde où elles sont censées incarner le changement, tout en essayant de composer avec des relations amoureuses pour le moins complexes. Inspirée de la vie de Joanna Coles, l’ancienne rédactrice en chef du Cosmopolitain, The Bold Type se laisse regarder sans trop d’efforts et est probablement la fiction la moins gâchée de Freeform depuis qu’elle a succédé à ABC Family. Pourtant, on est déçu du manque flagrant de réalisme du quotidien de ces trois compères et surtout de l’absence d’originalité dans les thèmes abordés.

Féminisme « furtif » et libido

Bien qu’amies inséparables, les trois personnages en sont à différents points dans leurs carrières au Scarlett. Il y a d’abord Jane qui vient tout juste d’être promue chroniqueuse par sa patronne Jacqueline (Melora Hardin) qui manifestement croit en son talent. Pourtant, la première intéressée est loin d’être de cet avis et se remet sans cesse en question, surtout lorsqu’on lui demande d’écrire des articles en lien avec sa vie privée. En même temps, ceux-ci agissent à titre de thérapie puisqu’elle a la fâcheuse habitude de se cacher un peu trop souvent la tête dans le sable. De son côté, Kat gère l’entièreté des réseaux sociaux avec une redoutable aisance, mais c’est sa rencontre avec l’artiste féministe et lesbienne Adena (Nikohl Boosheri) qui vient ébranler ses certitudes, et ce, à plusieurs niveaux. Reste Sutton qui est la secrétaire de l’irascible Lauren (Emily Chang). Elle hésite quant à la direction qu’elle veut donner à sa carrière, c’est-à-dire entre ce qu’elle pourrait faire pour monter en grade versus ce qu’elle désire vraiment accomplir.

Dans son autopromotion, The Bold Type ne semble qu’avoir le mot féminisme à la bouche en ayant pour souci de nous offrir un portrait de jeunes femmes carriéristes en devenir. Si l’intention est louable, il faut se référer aux paroles de Kat adressées à Adena lorsqu’elle parle de sa patronne Jacqueline et de sa vision du Scarlett : « She calls it stealth feminism. » « Stealth » se traduisant par discret ou furtif, difficile d’y prêter un sens quelconque. À l’opposé, son interlocutrice ne voit pas en quoi un magazine qui donne des conseils de beauté, de mode et de sexualité est censé représenter la femme moderne et il est difficile de ne pas lui donner raison. Prenant toujours la défense de l’éditeur, Kat en rajoute : « It’s no longer how to please your man or woman in bed. It’s how to please yourself. » D’un point de vue sériel, la formule a largement été couverte dans Sex & The City (HBO) il y a près de quinze ans et encore une fois ici, rien de nouveau. À l’image de la maison de publication où les trois protagonistes travaillent, leurs préoccupations sont assez superficielles, pour ne pas dire réductrices, du moins dans les deux premiers épisodes. Kat passe la plupart de son temps à se demander si elle est lesbienne tandis que Sutton ne fait que flirter ou sexter avec Richard (Sam Page) qui travaille à la comptabilité. Sinon, on suit bien les débuts de « carrière » de Jane en tant que chroniqueuse, mais dans le premier épisode, Jacqueline lui demande d’écrire sur sa dernière rupture et dans le second, sur l’orgasme féminin… Comme quoi les articles ne sont qu’une excuse pour nous la faire connaître au point de vue personnel. Pire encore est l’attention disproportionnée que l’on accorde à ce futur article alors que la principale intéressée n’a jamais joui. Elle est persuadée que quelque chose cloche et veux même rencontrer son médecin. Énervée comme si elle avait appris qu’elle avait un cancer, elle fait part de son problème à ses amies à coup de répliques insignifiantes qui traduisent bien le ton entier de la série : « You guys! I can’t write this story because I’ve never had an orgasm before. » (…) « It just I feel like a fraud. » (…) « I just need to figure out a way to have an orgasm. »

Le magazine enchanté

En admettant que l’on désire sciemment quelque chose de léger à regarder, c’est le manque général de crédibilité qui nous dissuade une fois de plus de poursuivre l’aventure avec The Bold Type. Il y a d’abord les tenues hors de prix que portent les trois protagonistes non seulement au travail, mais aussi aux réceptions auxquelles elles sont étrangement toujours conviées. Ensuite, elles circulent très peu en métro, mais en taxi et vivent dans de luxueux appartements qui siéraient davantage aux millionnaires de la Grosse Pomme. Bref, elles ont un train de vie complètement irréaliste pour des jeunes femmes qui ont à peine l’âge légal pour prendre un verre.

Quant à leur environnement de travail, il ne manque qu’un arc-en-ciel, des oiseaux et des fleurs pour qu’on se croie dans un univers de Disney tellement tout est permis. Dès la première scène du pilote, Kat n’hésite pas à interrompre à plusieurs reprises une cadre qui fait une présentation devant les actionnaires du Scarlett, sans conséquence aucune pour son impertinence. Quant à Sutton, un jour dans l’ascenseur elle fait part à Lauren de son désir de monter en grade dans le département des ventes du magazine. Dès que les portes s’ouvrent, cette dernière lui a trouvé un stage et en moins d’une semaine, elle a déjà passé une entrevue et se voit offrir un poste très payant… qu’elle refusera après coup. Reste la garde-robe du bureau où s’empile une foule d’articles de mode. Les trois amies s’y rendent régulièrement pour y prendre un verre après le travail (sous l’œil complaisant de Jacqueline), essayer des tenues et les emprunter à leur guise. C’est même à cet endroit que Kat examine le vagin de Jane lorsque cette dernière s’inquiète de son absence d’orgasmes. Bizarre que cette caverne d’Ali Baba de la mode ne soit pas dotée d’une caméra de surveillance… mais ici on n’en est pas à une incongruité près.

Le pilote de The Bold Type présenté en juin suivant un épisode de Pretty Little Liars a rassemblé 240 000 téléspectateurs avec un taux de 0,12 chez les 18-49 ans. Il ne s’agissait qu’un avant-goût puisque le même épisode a été diffusé le 11 juillet récoltant cette fois un auditoire de 360 000 (taux de 0,16). Tout de suite après on a enfilé avec l’épisode #2 qui elle a perdu quelques plumes : 300 000 (taux de 0,14). La semaine suivante, il y avait un peu moins de montre devant l’écran (275 000), mais au moins avec un taux stable (0,13). En assumant qu’au mieux les chiffres se stabilisent à défaut de remonter, c’est loin d’être concluant. Pour preuve, Guilt l’an dernier sur la même chaîne a été annulée pour un score plus ou moins identique.

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