Rattrapage printanier australien : House of Bond (2017)

House of Bond est une minisérie de deux épisodes qui ont été diffusés les 24 et 25 avril sur les ondes de Nine Network en Australie. Il s’agit d’un biopic portant sur l’homme d’affaires Alan Bond (Ben Mingay) qui, parti de rien dans les années 60, est en quelques décennies devenu l’un des plus riches de son pays pour finalement voir son empire s’écrouler dans les années 80. Mais qui est celui qui se cache derrière une succession de maîtresses, des dépenses pharaoniques et d’un entêtement assez légendaire ? Au bout du compte, Nine Network peine à répondre à cette question, nous dépeignant un être un peu trop unidimensionnel.

La folie des grandeurs

Alan Bond a son premier coup de génie en 1959 alors qu’il décide d’acheter des lopins de terre à Perth, persuadé que dans quelques années la valeur de ces terrains prendra de l’ampleur. Sa femme Eileen (Adrienne Pickering) est à ses côtés durant l’opération charme auprès des investisseurs et rapidement le crédit du jeune homme d’affaires monte en flèche, tout comme sa famille qui ne cesse de s’agrandir. Immobilier, brasseries, domaine des arts et même des courses maritimes. En effet, le magnat a des assises partout et atteint un sommet de popularité lorsqu’en 1983, son bateau baptisé l’Australia II gagne l’America’s Cup ; la compétition ayant été remportée depuis plus de cent ans par le New York Yatch Club. Le problème est que Bond vise toujours plus haut, peut-être trop puisqu’à force de s’endetter constamment, les liquidités viennent à manquer et le coup fatal surviendra durant la crise financière de 1987. Sa vie personnelle est autant, sinon plus mouvementée. C’est qu’un jour, le protagoniste tombe éperdument amoureux de Diana Bliss (Rachael Taylor), une serveuse dans un restaurant huppé qu’il fréquente. Après une cour effrénée, elle devient sa maîtresse qu’il loge dans un château acquis en Angleterre rien que pour elle. Évidemment, tôt ou tard Eileen est au courant, mais malgré toutes les frustrations et humiliations, elle comme lui réalisent qu’un divorce où tout doit être partagé en deux serait catastrophique pour son empire. Justement, ce n’est qu’une fois celui-ci morcelé que s’effectue la désunion, mais Diana devra patienter encore quelques années avant leur mariage, le temps que son promis purge sa peine en prison.

Alan Bond a beau avoir la bosse des affaires, le problème est qu’avec des réflexions comme « I always wanted more » et « How much is enough? », on comprend rapidement que pour lui, même le ciel n’est pas suffisant. En effet, arrivé au sommet, on le sent étourdi alors qu’il n’a que pour objectif d’être anobli par la reine, rien de moins. Puis, étant devenu l’homme le plus riche d’Australie, on a l’impression qu’il acquiert de nouveaux actifs seulement parce qu’il a les moyens de le faire, et ce, sans logique financière. Par exemple, en 1987 il achète pour son bon plaisir une toile de Van Gogh au coût de 54 millions $ (jamais au monde une peinture ne s’est vendue aussi cher). Puis, la même année, c’est le réseau Nine Network qu’il acquiert pour la somme de 1 milliard $. Est-ce vraiment essentiel à la santé financière de son empire ? Pas du tout. A-t-on l’impression qu’il a essayé de négocier ? Ce n’est pas ce qu’on nous laisse entendre. Ironie de l’histoire, c’est le réseau actuel qui diffuse la télésérie et au moment où il a dû s’en départir, Bond n’a pu obtenir que 500 millions $ offerts par le magnat des médias Kerry Packer… celui-là même le lui avait vendu auparavant !

À l’hiver 2016, ABC nous présentait Madoff qui traitait sensiblement du même sujet que House of Bond, mais avec un résultat beaucoup plus efficace. On voyait cet homme qui reconnaissait jouer délibérément avec le feu et une tension considérable se faisait sentir à mesure qu’il s’approchait de l’abîme. Dans la série de Nine Network, sa déchéance n’arrive que très tard en conclusion. Et mis à part une brève scène alors qu’il se retrouve devant un juge, on aborde à peine sa responsabilité concernant les fraudes dont il a été reconnu coupable (notamment le dépouillement de la Bell Ressources et le sauvetage financier de la banque Rothwells qui avaient pourtant fait grand bruit à l’époque). Dans son carcan trop serré qui est de nous montrer l’arrivée au sommet et la chute, la série ne fait pas assez la part des choses. C’est qu’une fois libéré, Alan Bond a bel et bien réintégré le monde des affaires. Et malgré son énorme faillite dans les années 90, moins de deux décennies plus tard, il figurait toujours dans la liste du Business Review Weekly des 200 personnes les plus riches d’Australie grâce à de nouveaux investissements.

Alan Bond : un antihéros ?

Au début des deux épisodes, nous avons droit à un intertitre où il est écrit : « This film documents the rise and fall of Alan Bond. What follows is based on real events, although some scenes have been fictionalized for dramatic purpose ». Il est en effet courant de voir ce genre d’avertissement lorsque l’on revient sur des faits vécus, mais dans ce cas-ci, l’ambiguïté que l’on ressent face au personnage principal représente probablement le plus gros défaut de la série. Par exemple, l’homme est trop autoritaire et narcissique pour que l’on puisse vraiment se réjouir de sa victoire à l’American’s Cup. À l’opposé, on ne peut le haïr non plus pour ses fraudes puisque c’est à peine si on aborde le sujet. Restent ses histoires de cœur. Dans un montage à la Dirty Sexy Money, on peut l’observer au lit en train d’enfiler les aventures sexuelles. Mais ses nombreuses infidélités nous laissent indifférents. Côté familial ce n’est guère mieux : on ne voit quasiment pas ses enfants et Eileen ne nous est pas particulièrement sympathique. Au final, ce point de vue est beaucoup trop vague et maladroit du côté scénaristique pour nous en laisser une impression marquante. D’ailleurs, les proches de Bond n’ont pas non plus apprécié la série : les membres de sa famille ont accusé House of Bond de verser délibérément dans le sensationnalisme tandis qu’Eileen a tout simplement qualifié la fiction « d’épouvantable ». À l’opposé, le frère de Diana Bliss (qui s’est suicidée en 2012, après 17 ans de mariage avec Bond) s’est dit très satisfait du portrait de sa sœur qu’en a fait Nine Network. On ne peut définitivement plaire à tout le monde…

En tous les cas, le public lui était au rendez-vous puisque 748 000 téléspectateurs ont regardé le premier épisode de House of Bond et ils étaient 777 000 présents pour la finale. Ainsi, les deux diffusions de la fiction se sont classés dans le top 10 des émissions les plus vues en Australie dans la semaine du 24 au 30 avril.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s