Rattrapage estival anglais : Ackley Bridge (2017)

Ackley Bridge est une nouvelle série de six épisodes qui ont été diffusés du 7 juin au 12 juillet sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. Le titre fait référence à un collège qui vient d’ouvrir ses portes dans un quartier pauvre du Yorkshire. Sa particularité : il rassemble des élèves à la fois de communautés asiatique et blanche. La fusion étant récente, certaines tensions émergent rapidement. D’un côté on a le corps professoral qui a constamment l’impression de marcher sur des œufs. De l’autre, on a des étudiants qui dépassent souvent les bornes autant en paroles qu’en gestes, mais au final, ils réalisent que malgré leurs différences, ils sont tous dans le même bateau. Après plusieurs tentatives peu fructueuses de fictions ayant pour auditoire cible les « adulescents », Channel 4 semble avoir trouvé le bon filon avec Ackley Bridge. Grâce à son approche en partie ludique, on parvient à désamorcer plusieurs tabous tout en abordant des sujets plus sérieux en lien avec l’actualité… quitte à s’autocensurer par la suite.

« They’re just kids »

La fusion étant encore récente, les deux groupes restent chacun dans leur coin, à l’exception de Nasreen Paracha (Amy-Leigh Hickman) et de Missy Booth (Poppy Lee Friar) qui sont très proches. Pourtant, l’édifice de cette amitié s’ébranle à la première épreuve le jour où la mère de cette dernière, un toxicomane, vient faire une scène dans la cour du collège. Nasreen, embarrassée, fait semblant de ne pas la reconnaitre et la guerre est déclarée entre les deux meilleures jeunes filles. Alors que Missy demande à son ami Cory (Sam Retford) de flirter avec Nasreen pour l’humilier, celle-ci commence à fréquenter un groupe de copines qui elles aussi sont d’origine indienne, dont Alya Nawaz (Maariah Hussein). Un brin pimbêche, elle est tombée dans l’œil de Cory, ce qui ne plaît pas à son frère jumeau Riz (Nohail Mohammed). Parmi tous les autres étudiants, mentionnons Jordan Wilson (Samuel Bottomley) qui sans arrière-pensée adore jeter de l’huile sur le feu dès qu’il est question d’ethnicité.

Aux États-Unis, rares sont les séries destinées aux jeunes enclenchées par les grands studios qui sont parvenues à rejoindre leur auditoire ces dernières années. Si le modèle linéaire télévisuel entre fortement dans la balance quand vient le temps de faire un constat d’échec, encore faut-il un contenu original pour au moins créer un engouement, notamment du côté du rattrapage en VSD. Or, les histoires on ne peut plus convenues de stars à la cendrillon (Famous in Love (Freeform), The Arrangement (E!)), les intrigues policières bon marché (Dead of Summer, Guilt (Freeform) ou de morts-vivants (Freakish (Hulu), Z Nation (SyFy)) ont passé la date d’expiration depuis longtemps tellement elles ont été exploitées.

En ce sens, Channel 4 fait preuve d’audace, tout en se collant à l’actualité en abordant le thème du multiculturalisme dans les collèges; un environnement dans lequel évoluent la majorité des élèves des pays industrialisés. Mais la plus grande qualité d’Ackley Bridge est probablement de mettre les protagonistes sur le même pied d’égalité du point de vue social puisqu’ils sont tous issus d’un milieu pauvre. Ainsi, on réduit considérablement les barrières entre le « eux »  et le « nous » pour ne mettre l’accent que sur les différences culturelles. Deuxième atout en sa faveur, la série aborde certains sujets brûlants sous le couvert de l’humour, grâce au personnage de Jordan. Un jour pour faire une farce, il se présente en classe avec un hijab. Le professeur se lance à sa poursuite pour le lui enlever et se trompe d’étudiant. Le jeune taquin n’en est pas à sa première provocation et son rôle se révèle essentiel dans la série puisque ses actions engendrent un dialogue autant auprès de ses pairs que de la part des adultes.

Dans la même veine, les « clans » sont déjà formés lors de la réunion des deux écoles, ce qui est parfaitement illustré durant un cours d’éducation physique. Les deux capitaines (un Blanc et un Indien) doivent se mettre en équipe et l’un comme l’autre choisissent des participants appartenant à leur communauté ethnique respective. Aussi, à plusieurs reprises on entend des phrases comme : « You represent our values when you’re here. » ou « We should be sticking together. » En ce sens, Nasreen représente le pont entre les deux cultures. Son père rêve d’un mariage traditionnel arrangé tandis qu’elle est attirée par les femmes (son institutrice en fait…). Sinon, une fois en discorde avec Missy, elle décide soudainement à porter le voile afin de s’intégrer plus facilement à des comparses d’origine indienne. La tentative est évidemment un échec, mais Ackley Bridge met en lumière un trait de personnalité particulièrement palpable à l’adolescence : l’association par l’apparence. Au fond, peu importe la couleur de la peau, c’est l’éveil à la vie adulte qui prime sur cette génération et qui les rassemble.

Actuelle, mais un peu trop ?

On l’a mentionné, Ackley Bridge a beau emprunter la voix de l’humour pour dédramatiser les tensions qui existent entre les différentes communautés, reste que la réalité est beaucoup moins rose. C’est que suivant les attentats de Manchester en mai (22 morts), la production a dû retourner à la table de montage et y couper une scène. Dans celle-ci, on y voyait Jordan avec une fausse ceinture d’explosif simuler une attaque : la blague d’un goût douteux se terminait par une détonation de graffitis. Comme quoi ce qui pouvait être drôle hier peut s’avérer extrêmement sensible le lendemain…

En tous les cas, Ackley Bridge est un succès pour la chaîne. 2,56 millions de téléspectateurs ont répondu présent le premier épisode, la fiction se classant au premier rang des émissions les plus regardées de Channel 4 dans la semaine du 5 au 11 juin. Un mois plus tard, la série se stabilisait avec un auditoire de 1,7 million et demeurait toujours dans le top 10. Ces chiffres ont visiblement plu à la chaîne puisqu’Ackley Bridge aura droit à une seconde saison en 2018 avec le double du nombre d’épisode : fait rarissime pour une fiction anglaise.

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