Blood Drive (2017): déjà le cul-de-sac

Blood Drive est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes de SyFy aux États-Unis et Space au Canada. L’action se déroule en 1999 alors que la sempiternelle apocalypse s’est abattue sur le pays de l’oncle Sam. Nous avons Arthur Bailey (Alan Ritchson), un agent du ContraCrime qui tombe presque par hasard sur une énorme communauté de marginaux qui vit dans la débauche la plus complète. En fait, certains d’entre eux s’apprêtent à prendre part à une longue course automobile dont la récompense s’élève à 10 millions $. Pour éviter d’être assassiné, Arthur accepte d’y participer et on lui enjoint de force Grace (Christina Ochoa), une solitaire qui a besoin de remporter le prix afin de venir en aide à sa sœur malade. Seulement, il y a un hic : les voitures carburent au sang humain… Mis à part quelques bonnes idées ici et là, le réflexe de se tourner vers SyFy pour avoir droit à un contenu de qualité est totalement saugrenu et ce n’est pas Blood Drive qui nous fera changer d’avis, bien au contraire. La surenchère crasse d’éléments divers ne fait effet qu’un temps et on se lasse rapidement des intrigues et des personnages creux.

Un road-trip sanglant

Suite aux différents chaos ayant éprouvé les États-Unis, c’est la famille Heart qui s’est assuré le contrôle de la majorité des entreprises et services régissant la société. C’est elle également qui est derrière la course se déroulant sur plusieurs territoires et chapeautée par Slink (Colin Cunningham), un être aussi impitoyable que sadique qui au lieu d’éliminer Arthur préfère jouer avec le feu en le laissant participer. En attendant, il s’attache à Grace qui malgré son arrogance cherche d’abord et avant tout à secourir sa sœur. En parallèle, par un concours de circonstances, Christopher Carson (Thomas Dominique), un collègue et ami d’Arthur et été kidnappé par Aki (Marama Corlett), un genre de robot travaillant dans les hautes sphères de la Heart et qui tente peu à peu à transformer le policier en un des leurs. En attendant que cela se concrétise, il a tout le temps du monde pour recueillir des informations secrètes sur l’entreprise. Sinon, le road-trip a commencé et chaque arrêt dans une nouvelle ville occasionne des rencontres pour le moins morbides.

On l’a vu avec Z Nation, SyFy n’hésite pas à laisser la galaxie de côté pour quelquefois sauter à pieds joints dans l’horreur, du moment que la recette soit éprouvée et que l’auditoire soit au rendez-vous. Ainsi, avec Blood Drive, on ne s’éloigne pas vraiment des zombies qui font les beaux jours du câble puisque la tribu qui se tenant dans le giron de la course est cannibale. Dès lors, le fait que leurs moteurs carburent à l’hémoglobine n’est qu’une excuse pour accumuler les scènes d’horreur. En effet, qu’il s’agisse d’un boucher découpant les membres de gens qui se trouvent sur son passage afin de nourrir sa clientèle adepte de viande rouge ou de corps jetés en entier dans le moteur des bolides; toutes les excuses sont bonnes pour nous offrir des giclements de sang.

Certes, d’autres séries comme The Strain ou American Horror Story de FX y mettent le paquet en termes d’épouvante, mais au moins l’esthétisme s’accorde avec le thème général de l’histoire et le scénario tient la route. Avec Blood Drive, c’est tout le contraire. La mise en scène se résume à un ramassis de bizarreries pêle-mêle comme le fait d’avoir à payer ses factures avec des dents. Un peu plus tôt, au moment où l’on nous introduit Slink, on se demande toujours pourquoi joue en arrière-plan La Marseillaise… Même chose durant les courses. Grace et Arthur manquent de gaz, donc de sang et ce dernier doit uriner dans le carburateur (c’est censé être drôle). Puis, le réservoir est encore à sec et apparemment, le bolide roule aussi à l’adrénaline alors ils se mettent à baiser, ce qui les propulse juste à temps à la ligne d’arrivée. Ironiquement, c’est au troisième épisode qu’enfin on a droit à un semblant de cohérence au niveau du scénario, mais qui en fin de compte se révèle incroyablement ennuyeux.

Encore et toujours l’inexplicable même tabou

Blood Drive a beau donner dans la surenchère de violence, pour que le résultat soit complètement trash (c’est ouvertement son but), elle s’essaye de faire de même du côté de la représentation de la sexualité. Le tout est aussi décourageant que pathétique. Alors qu’on a des hommes tantôt beaux, tantôt laids qui font avancer l’intrigue à divers degrés, les femmes elles se retrouvent à l’arrière-plan et n’ont qu’une seule fonction : émoustiller leurs acolytes. Par la légèreté de leurs tenues d’abord, mais aussi par le peu de dialogues pleins de sous-entendus à peine voilés qu’elles débitent du genre : « Look you made me wet. » ou encore « I’m so hungry, I could eat a dick. » Paradoxalement, la série qui fait preuve de tellement de libertés quand vient le temps de nous offrir des explosions de sang devient extrêmement pudique au moment d’exhiber les corps… des hommes bien entendu. En effet, à deux reprises dans les trois premiers épisodes on a droit à un grand carré noir en surimposition venant cacher les organes génitaux de ceux-ci. Certes, de tout voir ne ferait pas avancer le récit d’un iota, mais on pourrait dire la même chose au niveau de la violence qui elle ne fait l’objet d’aucune espèce de censure. On a ici affaire à un deux poids deux mesures extrêmement disproportionnées qui relève d’une hypocrisie somme toute très américaine.

Le premier épisode de Blood Drive a attiré 834 000 téléspectateurs avec un taux de 0,24 chez les 18-9 ans, ce qui est excellent selon les critères de SyFy. Toutefois, la performance est à relativiser étant donné que deux semaines plus tard, l’auditoire a fondu de moitié pour se retrouver à 444 000 (taux de 0,13). Mais le sort de la série n’est pas joué pour autant puisque malgré cette baisse, la nouveauté se classe plus haut que The Expanse ou Van Helsing au palmarès de la chaîne.

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