Rattrapage estival anglais : King Charles III (2017)

King Charles III est un téléfilm qui a été diffusé le 10 mai sur les ondes de BBC Two en Angleterre et les 14 à PBS aux États-Unis. Comme son titre l’indique, le pays a désormais un nouveau roi suivant la mort très récente d’Elizabeth II. Sans nécessairement ronger son frein, Charles (Tim Pigott-Smith) avait tout de même hâte d’exercer les fictions auxquelles il était destiné depuis sa naissance. Mais aussitôt installé à la tête de l’état qu’il fait face à une grave crise constitutionnelle à la suite d’un profond désaccord avec son premier ministre Tristan Evans (Adam James). Avec des mouvements de foule qui s’organisent, l’avenir de la monarchie est plus que jamais menacé et c’est sans compter les dissensions profondes au sein de la famille royale. Adaptation de la pièce de théâtre éponyme signée Mike Bartlett, King Charles III est une fascinante introspection au cœur du système politique anglais dans toutes ses contradictions. Quant au téléfilm en soi, difficile d’affirmer si la controverse autour de sa diffusion par la télévision d’état est justifiée ou non.

Le droit divin contre le vote populaire

Toute cette controverse commence alors que le premier ministre se rend chez le monarque afin de l’informer d’une nouvelle loi adoptée par son parti qui vise à restreindre la liberté de la presse. Dans un premier temps, Charles III se sert des trois pouvoirs concrets : le droit d’être consulté, le droit d’encourager, le droit d’avertir. Or Evans ne veut rien entendre et devant ce que le roi considère comme étant un premier pas vers la dictature, refuse de signer. On est dans une impasse. Le premier ministre, très mécontent, décide d’aller encore plus loin et rédige un autre acte comme quoi la sanction royale ne sera plus essentielle pour rendre effectives les lois. Charles III de son côté réplique en ordonnant la dissolution du parlement et par conséquent réinviter la population aux urnes. Cette dernière est furieuse et se fait entendre. Ainsi, autant le monarque refuse de bouger ; convaincu d’être dans son bon droit, autant son fils héritier William (Oliver Chris) pense à l’avenir de la couronne et de sa famille. Encouragé par son épouse Kate (Charlotte Riley), il fomente un coup d’État visant à obliger son père à abdiquer en sa faveur. Pendant ce temps, son frère Harry (Richard Goulding) s’interroge sur son futur depuis qu’il a rencontré la « républicaine » Jess (Tamara Lawrance).

« What am I? » : c’est la question que se pose Charles au plus fort de la crise. En effet, dans les faits, son rôle est davantage symbolique que réel, mais du point de vue des lois du pays (qui n’a pas de constitution), les actions qu’entreprennent le roi sont parfaitement légales. Même chose pour la sanction royale qui bien que généralement considérée comme une simple formalité est l’équivalent d’un droit de véto ; prérogative monarchique. C’est là la grande force de King Charles III : de s’interroger sur le rôle de la royauté en 2017. Dans un premier temps, il faut souligner la sublime ironie dans le scénario : le roi s’oppose à une restriction de la liberté de la presse ; celle-là même qui dès qu’elle a un scoop juteux sur les membres des Windsor n’hésite pas à le publier, n’ayant que peu d’égard concernant la vie privée desdites personnes. D’un autre côté, dans cette ère des « fake news », un tel projet de loi ne manque pas de logique. Reste la façon de le mettre en œuvre ; ce sur quoi le monarque qui a étudié à la virgule près le dossier s’oppose.

Autre contradiction : la réaction du peuple. C’est qu’en s’élevant contre leur roi, ils approuvent la restriction de la liberté de presse puisque leurs votes se traduisent par l’élection de députés au parlement qui parlent en leur nom. En même temps, il n’est pas rare que des politiciens arrivent en fonction avec un agenda caché. Et comme chaque mandat dure environ quatre ans, l’argument comme quoi les électeurs pourront changer de gouvernement tient-il la route… spécialement avec une presse bâillonnée ?

Sinon, dans son essence même, le monarque est au-dessus des partis et se doit de rester neutre en toutes circonstances, mais est-ce réaliste ? Dans cet exemple précis, on peut comprendre ses réserves, mais en plus de 60 ans de règne, il est évident qu’Elizabeth II a dû sanctionner des dizaines, voire des centaines de lois qu’elle n’approuvait pas personnellement ou qui auraient pu causer préjudice au pays. Et elle a signé quand même… Est-ce que son pouvoir se réduit à une simple signature pour autant ? Sans chercher à y répondre, King Charles III avec ses multiples arguments nous engage dans une réflexion intéressante et essentielle considérant une réalité prochaine…

Politique fiction ?

Avant même sa diffusion, la série a été la cible des critiques pour différentes raisons, notamment de la part de la caste politique. C’est qu’on a beau être dans la science-fiction, les acteurs de ce drame existent bel et bien. En conséquence, on ressent un certain malaise par moments, comme lors des apparitions du fantôme de Diana ou pire encore quand on évoque l’illégitimité potentielle du prince Harry. Ici, l’un des personnages reprend ce ragot comme quoi il ne serait pas le fils de Charles, mais de James Hewitt, un ancien officier de la cavalerie avec qui Diana a eu une aventure. Il faut garder en tête que les enfants royaux et leur famille ont beau être extrêmement privilégiés, ce sont avant tout des êtres humains avec des sentiments. Ainsi, l’on peut comprendre les réactions négatives de certains comme Rose Monckton, une amie proche de Diana dans The Mail. D’autres comme le député conservateur Andrew Bridgen ont accusé la BBC de trainer dans la boue la famille royale avec ce téléfilm ; le tout, avec l’argent des contribuables… Là par contre, il est difficile de lui donner raison. D’une part, il est tout à fait dans le mandat de la télévision d’État d’adapter des pièces à l’écran, d’autant plus que celle-ci a bénéficié d’excellentes critiques et a même remporté le prix de la meilleure pièce aux Laurence Olivier Awards. D’autre part, la mauvaise foi des conservateurs à l’égard de la BBC n’est pas un secret, si bien qu’il faut prendre avec un grain de sel le subjectivisme du parti dans ce dossier.

Que ce soit en raison de la controverse ou pas, King Charles III a reçu un accueil royal côté cotes d’écoute. 2,48 millions de téléspectateurs ont regardé le téléfilm; ce qui place cette fiction au deuxième rang des émissions les plus vues de BBC Two dans la semaine du 8 au 14 mai.

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