Broken (2017) : en quête d’un miracle

Broken est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis la fin mai sur les ondes de BBC One en Angleterre. L’action se déroule dans une paroisse catholique avec le père Michael Kerrigan (Sean Bean) comme figure principale. C’est que son soutien, sa générosité et son écoute sont primordiaux pour les gens qui fréquentent son église, la plupart étant issus de milieux défavorisés. En même temps, le prêtre doit porter sa propre croix en raison d’une enfance difficile et le plus frustrant pour lui, à tort, est de ne pas être à la hauteur des attentes de ceux qui comptent sur lui. Broken est l’exemple parfait du drame qui s’apprivoise lentement, mais sûrement. En effet, après le premier épisode, on n’est pas trop certain où l’on veut nous emmener, mais en revanche on est rapidement touché par ces individus qui par le truchement de l’Église, cherchent à donner un sens à leur vie. Quant à Sean Bean, on ne pourrait lui souhaiter un meilleur contre rôle qu’il incarne à la perfection.

Les ouailles…

Dans le premier épisode, on suit Christina Fitzsimmons (Anna Friel), une mère monoparentale qui vient de perdre son emploi après avoir pigé dans la caisse, ce qui ne l’aide définitivement pas à s’en trouver un autre. Sur ces entrefaites, sa mère qui était malade meurt et incapable de joindre les deux bouts, elle décide de cacher son décès à sa famille au moins quelques jours, question de pouvoir toucher son chèque de vieillesse. La semaine suivante, l’on fait la connaissance de Roz Demichelis (Paula Malcomson) qui informe Michael qu’elle tente de se suicider dans les prochains jours. C’est qu’elle est une joueuse compulsive et qu’elle ne peut plus se regarder en face à force d’avoir volé et menti à tous ses proches. En parallèle, il y a Vernon (Jerome Holder) qui obtient son congé du département de santé mentale, mais qui fait rapidement une rechute au point où sa mère Helen (Muna Otaru) doit faire appel à la police. Dans le chaos qui s’installe, l’un des leurs le tue brutalement. Au troisième épisode, c’est au tour d’Andrew Powell (Mark Staley), un des officiers qui se trouvait sur les lieux du drame d’avoir une crise de conscience puisqu’elle sait que ses collègues feront tout pour se dédouaner de leurs responsabilités.

En raison de leur courte durée, les séries anglaises nous ont habitués à des récits bouclées et des épisodes dépendant les uns des autres. Pourtant, quand se termine le dernier de Broken, on a l’impression d’avoir fait le tour de l’histoire de Christina et on se demande ce qu’il y aurait à rajouter de plus étant donné qu’elle reconnaît son « crime » à la toute fin. Puis, dans les deux semaines qui suivent, un peu à la manière des procéduraux, ce sont de nouvelles histoires qui s’ajoutent, sans pour autant éliminer complètement du scénario les personnages précédents. En fait, la continuité dans la série ce sont les remords, les problèmes de conscience et les choix déchirants dans lesquels Michael est impliqué. D’un réalisme troublant, leurs difficultés ne peuvent nous laisser indifférents, d’autant plus que des gens comme Christina, Helen et Andrew sont davantage des victimes de la société.

En s’arrêtant au premier degré, on pourrait conclure que la série est extrêmement déprimante, mais au contraire justement la religion vient leur apporter un peu d’espoir. Bien qu’ils soient très peu à assister aux rendez-vous dominicaux, seul le fait qu’ils prennent la peine de remettre en question l’ordre des choses auquel la majorité semble se résilier est un exploit en soi. En ce sens, l’épisode #3 est particulièrement touchant à cet égard. Andrew, après avoir voulu incriminer ses collègues pour le meurtre de Vernon risque de perdre son emploi. Subissant un chantage éhonté de ses supérieurs, il hésite. Plus tard, il confie à Michael : « God I’m a coward. But I’m a coward with a conscience. That’s the worst, shittiest part of it. I haven’t got the courage to be good. I just don’t. And I’m not sure I can live with being really, properly bad, but I’m going to I’m going to try. »

… et le confesseur

Comme mentionné précédemment, Michael est indubitablement l’oreille de toute la communauté, mais à l’inverse d’un psychologue, il ne peut se contenter de garder la tête froide, et ce, bien qu’il leur prodigue d’excellents conseils. Concernant sa paroissienne suicidaire mortifiée par la honte, il lui suggère plutôt de dénoncer les espaces de jeu qui pullulent dans les quartiers pauvres. De même, il soutient Andrew dans sa action contre ses supérieurs. Évidemment, dans ces deux cas, c’est plus facile à faire qu’à dire. Et potentiellement, le malheur pour le prêtre est que malgré tous ses efforts, ses ouailles échouent dans leur quête. C’est que la pression que l’on met sur ses épaules est plus qu’énorme ; la communauté le confondant presque avec le Messie ! Ainsi, il s’en veut terriblement parce que le soir du meurtre de Vernon, il n’a pas répondu au téléphone. Helen a en effet essayé de l’appeler et ce n’est qu’après coup qu’elle a demandé l’aide de la police. Même chose avec Roz qui annonce à ses amis dans le troisième épisode qu’elle planifie un « long voyage »…

Plus dramatique encore, on apprend petit à petit que Michael aussi doit se battre avec ses propres démons. C’est qu’il a grandi sous la coupe d’une mère acariâtre et lorsqu’il était un tout jeune bambin, il a été violé par un prêtre. Ces traumatismes d’enfance l’assaillent constamment et peut-être inspiré par les conseils qu’il prodigue, il se décide finalement à confronter son agresseur. On n’en est pas pour autant au stade de la dénonciation publique et qui sait au long terme ce que signifie le titre de la série. En tous les cas, il n’y a aucune raison pour qu’on ne se rende pas jusqu’à la fin.

Le premier épisode de Broken a attiré 4,33 millions de téléspectateurs et s’est classé au 15e rang des programmes les plus regardés de la chaîne dans la semaine du 29 mai au 4 juin. La semaine suivante, ils étaient toujours 4,13 M devant l’écran, la fiction se classant cette fois au 20e rang. Si la nouveauté mériterait un peu plus d’attention de la part de son public, l’on peut au moins se réjouir de son taux de rétention.

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