I’m Dying up Here (2017) : nous aussi

I’m Dying Up Here est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis le début juin sur les ondes de Showtime aux États-Unis et The Movie Network au Canada. L’action se déroule en 1973 au Sunset Strip de Los Angeles, le Goldie’s ; un club de stand-up pour des comédiens novices. D’origine et de milieux très différents, ils ont tous une vision du monde (et de l’humour) pour divertir leur public, mais la mort soudaine d’un des leurs vient ébranler leurs acquis. Adaptation du livre de William Knoedelseder intitulé I’m Dying Up Here : Heartbreak and High Times in Standup Comedy’s Golden Age et dont l’un des producteurs exécutifs étant Jim Carrey, I’m Dying Up Here passe complètement à côté de son sujet qui est l’humour. Quand bien même le tout serait traité avec sérieux, on s’ennuie ferme devant un groupe de personnages amorphes qui ne sont pas du tout avantagés par un scénario qui oublie de donner suite aux intrigues les concernant, pour la plupart insignifiantes. Une chose est certaine, Showtime ne fait qu’accumuler les échecs depuis quelque temps et au nom de sa réputation passée, on a hâte que cela cesse !

Petits problèmes, petites intrigues, petites tensions, etc.

Sans être un grand club, le Goldie’s est un excellent tremplin pour des comédiens puisque la patronne de l’établissement Goldie Herschlag (Melissa Leo) semble avoir un flair particulier pour dénicher les jeunes talents. Le meilleur exemple étant Clay Appuzzo (Sebastian Stan) qui est devenu une star assez rapidement après des apparitions remarquées au Tonight Show regardé par des millions d’Américains. Pour un temps, il décide de revenir à l’endroit qui l’a fait connaître et en profiter pour revoir son ex Cassie (Ari Graynor), mais un soir il est percuté par un autobus et il meurt sur le coup. Dès lors, le défi pour ses amis proches est de lui rendre hommage comme il se doit, c’est-à-dire avec humour, mais sans pour autant dépasser les bornes. En même temps, en rassemblant tout le monde, ce drame nous permet de faire connaissance avec l’équipe de comédiens assez nombreuse. Pour n’en nommer quelques-uns, il y a Bill (Andrew Santino), le nouveau petit copain de Cassie ; ceux-là étant des humoristes des plus prometteurs, Sully (Stephen Guarino) qui ne fait plus rire grand monde et qui songe sérieusement à se trouver un « vrai » emploi. Sinon, du côté des recrues on a Eddie (Michael Angarano) et Ron (Clark Duke) : deux meilleurs amis qui sans le sou vivent dans le garde-robe d’un humoriste du Goldie’s et qui par tous les moyens tentent de boucler leurs fin de moi. L’autre petit nouveau, Adam (RJ Cyler) a un peu plus de chance puisqu’il est hébergé chez Goldie qui se sent seule depuis que sa fille est partie sans donner de nouvelles.

On l’a vu récemment avec Crashing de HBO, ce n’est pas parce que l’on explore le milieu de l’humour que le rire est au rendez-vous. En effet, à l’image du chant ou du jeu, peu atteignent réellement la carrière dont ils ont rêvé. Dans le second épisode par exemple, il est prévu que Bill fasse sa première apparition à une émission télévisée, mais quelques jours avant, alors qu’il est sur scène il insulte des clients du Goldie’s. Comble de malchance; un producteur se trouvait dans la salle et décide de se passer de lui. Sinon, Adam, malgré un talent incontestable n’a pas un sou en poche et il accepte de se masturber devant un mourant et deux prêtres en échange de quelques centaines de dollars. Quant à Sully, oubliant les rêves de célébrité, il va jusqu’à renier son look très « 70 s » arasant sa barbe et ses cheveux longs… comme quoi il rentre dans le rang.

Le problème avec I’m Dying Up Here, c’est que l’on ne donne pas suite à ces intrigues d’un épisode à l’autre. Bill et Adam retournent au standing comme si de rien n’était, nullement traumatisés par les récents événements. Du coup, aucune tension n’est palpable et les épisodes se terminent sur des notes quelconques qui ne nous donnent nullement envie d’en enchaîner un second. Quant aux autres humoristes, leurs « tourments » sont si insipides (sans compter un temps de glace très limité) qu’ils ne peuvent que nous laisser indifférents, ce qui s’applique à l’ensemble de la série finalement.

Le supposé « âge d’or » du rire

L’auteur lui-même dans le livre dont s’inspire la série précise que l’humour a connu une certaine apogée dans les années 70, que ce soit en termes de talents et de représentations autant sur les planches que dans des émissions télévisées. C’est aussi une toute nouvelle génération, celle des baby-boomers qui émerge et dont le nombre est proportionnel aux changements de société auxquels le monde fait face. Enfin, c’est une période de libération des mœurs avec des tabous qui tombent et où les minorités font de plus en plus entendre leurs voix. Ainsi, mis à part un humoriste homosexuel, toutes les composantes de l’Amérique ont un porte-étendard dans I’m Dying Up Here. Dans le premier épisode, on a droit à des monologues qui nous prouvent que les filtres ou le politiquement correct étaient totalement absents concernant plusieurs sujets de société. Par exemple, on a Bill qui fait de l’humour sur l’avortement devant une foule pliée en deux : « Abortion is legal. Clap for that. Clap for that, guys. That’s a big win for us too. That’s fantastic, man. How pissed are back-alley abortionists? There goes six months of veterinary school right down the drain. » On a aussi Edgar (Al Madrigal) qui d’origine hispanique y va dans l’autodérision : « What is it about Mexicans eh I wish this didn’t happen, but it’s true. Mexican, right, is a dirty word still. You say « Mexican » before anything, it sounds bad. » L’humour est un art qui évolue avec les années et on n’est pas certain que la moitié des sujets abordés sur scène dans la fiction auraient leur place dans le contexte de 2017. Malheureusement, la liberté d’expression n’est pas à l’ordre du jour dans la série, ou pas assez. Dommage puisqu’il s’agissait probablement du filon le plus intéressant à exploiter.

Sans surprise, I’m Dying Up Here ne performe pas des masses à l’audimat. Le premier épisode a attiré 167 000 téléspectateurs et les deux suivants, 120 000 et 124 000, ce qui nous laisse à penser que la fiction est en train de se stabiliser. Par contre, c’est le taux chez les 18-49 ans qui stagne entre 0,03 et 0,04 qui est plus inquiétant. Avec Twin Peaks qui depuis la fin mai récolte des grenailles à la télévision (taux de 0,10) et Guerilla au printemps qui a touché les bas-fonds (taux de 0,01 !), disons que les risques que prend Showtime sont loin de porter fruit. Quand on pense que la très ennuyeuse Roadies diffusée sur la même chaîne à pareille date l’an dernier a été annulée alors qu’elle récoltait une moyenne de 307 000 et un taux de 0,09, le printemps/été de Showtime sera définitivement à réinventer l’an prochain.

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