Downward Dog/ I Love Dick (2017): prendre des risques

Downward Dog est une nouvelle série diffusée depuis la mi-mai sur les ondes d’ABC aux États-Unis. Le titre fait référence à Martin, un chien parlant (voix de Samm Hodges) qui avec tout son temps libre se met à philosopher avec humour et candeur sur sa vie et celle de sa chère maîtresse Nan (Allison Tolman). De son côté, les huit épisodes de I Love Dick ont été mis en ligne le 12 mai sur le site de vidéo sur demande d’Amazon. L’action démarre alors que Chris (Kathryn Hahn) et son époux Sylvère (Griggin Dunne) quittent New York pour une genre de retraite au Texas afin que ce dernier puisse profiter d’une bourse de recherche qu’on lui a accordée à propos d’un livre qu’il compte écrire. Mais c’est suivant leur rencontre avec son parrain d’études Dick (Kevin Bacon) que le couple se remet en question et surtout élargi ses horizons concernant la sexualité. Dans les deux cas, nous avons au premier plan des femmes fragiles et notre préférence va indubitablement envers celle d’ABC qui tente de se sortir la tête de l’eau. À l’opposé, c’est à peine si on parvient à tolérer celle d’Amazon plus d’un épisode.

 

Downward Dog : une prise de risques qui paye

Le ciel est assez ombragé pour Nan en ce moment ; elle vient tout juste de se séparer de son petit copain Jason (Lucas Neff) qui a définitivement une mauvaise influence sur elle, tandis qu’au travail (une firme de relations publiques) son patron Kevin (Berry Rothnbart) rejette systématiquement toutes ses bonnes idées. Pendant ce temps, Martin qui est éperdument amoureux de sa maîtresse broie du noir chaque matin alors qu’elle l’abandonne pour aller au travail. N’appréciant pas partager son attention, il se venge un soir sur l’un de ses projets qui pourtant inspire Nan pour une nouvelle campagne publicitaire. Mais chassez le naturel, il revient au galop : elle renoue épistolairement avec Jason, ce qui lui vaut bien des tracas. Sinon, même Martin n’est pas immunisé contre la tentation alors qu’il a un réel coup de foudre pour Kevin qui est loin de le lui rendre…

Après nous avoir concocté l’histoire d’une quarantenaire qui converse en pensées avec sa peluche d’enfance dans Imaginary Mary, on pouvait craindre le pire avec la nouvelle comédie d’ABC qui cette fois renouvelait l’expérience avec un chien parlant. Pourtant, le résultat est tout autre et au moins elle a déjà fait ses preuves puisque la série est inspirée d’une fiction web de Samm Hodges qui continue ici de donner sa voix au chien.

 

Non, Martin n’est pas doté de pouvoirs surnaturels puisqu’il ne converse qu’avec le téléspectateur (et c’est très réaliste !) tandis que sa maîtresse n’entend pas un traitre mot de ce qu’il dit. En fait, le récit est scindé entre ces deux personnages qui forment un tout. De par ses multiples interactions avec le monde extérieur, Nan subit les événements alors que son chien les verbalise en parlant de lui-même. Reste qu’ils ont les mêmes pulsions autodestructrices par moments et cette « approche thérapie » est des plus originales. En effet, c’est cette dépendance à autrui qui pousse Martin à faire du mal à sa maîtresse quelque fois, ce qu’elle fait aussi au quotidien sans s’en rendre compte en le laissant seul tous les jours. En amour non plus l’un comme l’autre n’est pas plus sage. Nan peine à prendre ses distances avec Jason qui a une mauvaise influence dans tous les aspects de sa vie. Dans le troisième épisode, c’est Martin qui est victime de la même dépendance affective lorsqu’il s’entiche de Kevin qui passe son temps à le manipuler.

Évidemment, c’est la narration de la bouche du chien qui fait toute la différence dans Downward Dog puisqu’on a droit à un point de vue à la fois objectif et naïf de l’animal. Ainsi, il est question au cours des épisodes de thèmes comme la dépression, l’abandon ou l’alcoolisme, mais analysés avec un recul qui nous fait souvent défaut. Reste qu’en définitive, on ne perd jamais espoir puisque malgré tout, on sait que la série privilégie cette forme d’amour inconditionnel qu’est celui d’un animal et son maître et qui risque très probablement de ne pas s’étioler.

 

I Love Dick : une prise de risques qui échoue

C’est pour creuser davantage sur certains aspects de l’Holocauste que Sylvère décide d’aller pour quelque temps au Texas dans le petit village de Marfa avec son épouse Chris. Le problème est que cette New-Yorkaise dans l’âme à peine arrivée regrette le confort de son chez-soi et verse dans le négativisme… jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance de Dick. Réalisatrice de films indépendants et féministe convaincue, les deux individus n’ont manifestement rien en commun. Pourtant, Chris ne cesse de penser à lui et se met à lui écrire des dizaines de lettres érotiques où elle évoque ses fantasmes avec lui, sans pour autant les lui envoyer… Dans un premier temps. Lorsque le principal intéressé les reçoit, lui aussi est manifestement troublé par tant d’ardeur, mais après trois épisodes, on reste encore au stade du jeu du chat et de la souris.

I Love Dick est une adaptation d’un livre écrit par Chris Kraus qui est à la fois auteure et cinéaste. Et bien qu’il s’agisse d’une fiction, celle-ci a sciemment décidé que son personnage principal porterait le même nom qu’elle. C’est manifestement ce jeu entre la réalité et l’imaginaire qui a servi d’inspiration à Jill Soloway la créatrice de la série d’Amazon. En effet, dès les premières minutes les acteurs ont l’air d’improviser leurs textes à l’image du début du Cinéma Vérité des années 60 et 70. D’ailleurs, tout dans la réalisation nous ramène à cette période avec des protagonistes qui semblent vivre dans une commune, des extraits de films indépendants de cette époque (ceux dans quoi Chris se spécialise) et Dick qui est au centre du récit et qui a tout l’air d’un Malboro Man : un fantasme masculin d’un autre temps. Face à cette féministe convaincue, on a donc là deux points de vue bien différents qui s’affrontent et s’appliquant autant à l’art qu’à la personnalité humaine, ce qui est bien entendu souligné à maintes reprises dans le scénario. En parlant de sa dernière œuvre d’art qui ressemble à une simple brique, Dick affirme : « I love a straight line. A straight line is perfection. » Tout un contraste avec Chris qui dans son plus récent film qu’elle lui montre ne cesse de répéter : « I feel I’m drowning in fakeness », se remettant constamment en doute.

Il y a sans aucun doute un énorme travail d’effectué derrière la caméra dans I Love Dick. C’est d’autant plus vrai que pour une série qui approfondit le désir féminin, la cohérence est maintenue de bout en bout alors que seules des femmes ont réalisé les épisodes de la saison. Par contre, cette création de Soloway néglige l’essentiel : y intéresser le téléspectateur. En effet, on a ici une œuvre nombriliste avec des protagonistes qui le sont tout autant. Si l’on a immédiatement envie de prendre le personnage de Nan dans nos bras dans Downward Dog, après seulement quelques minutes on ne pense qu’à museler Chris. Au bout du compte, on n’a que faire de cette introspection que l’on finit par considérer comme prétentieuse et destinée aux archives d’un musée plutôt qu’à un public.

On ne sait trop à ce stade si I Love Dick sera renouvelée pour une seconde saison, d’autant plus qu’Amazon ne fait pas vraiment preuve de cohérence concernant le futur de ses différentes fictions. Downward Dog quant à elle a connu un assez bon départ avec 4,67 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,08 chez les 18-49 ans. Après quatre épisodes, la moyenne s’établit à 4,4 (taux de 0,87) et en plus semble s’être stabilisée.

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