Loaded (2017) : sûrement pas pour longtemps

Loaded est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis le début mai sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. Dans le récit nous avons Josh (Jim Howick), Leon (Samuel Anderson), Ewan (Jonny Sweet) et Watto (Nick Heml) qui du jour au lendemain deviennent multimillionnaires après avoir vendu un jeu vidéo à une autre compagnie. Dès lors, ils doivent trouver un équilibre en évitant de succomber à se payer leurs moindres caprices tout en profitant pleinement de leur nouvelle liberté. À l’image de ces personnages principaux qui peinent à gérer leur vie, Loaded va dans tous les sens d’un épisode à l’autre si bien qu’on a de la difficulté à se fidéliser à la série. Et malgré quelques bons flashs, on ne s’attache pas assez aux quatre compères et à leurs états d’âme pour avoir envie de poursuivre l’aventure.

La misère des riches

246 millions de £ : c’est la somme qu’ils peuvent se diviser en quatre après le rachat de leur nouveau divertissement. Reste qu’ils avaient derrière eux une équipe chevronnée et qu’ils n’ont pas envie de prendre leur retraite pour autant. Le problème est qu’à peine ont-ils le temps de célébrer leur succès que leur nouvelle patronne Casey (Mary McCormack) venue directement des États-Unis leur met énormément de pression pour créer rapidement un prochain projet. Sinon, le quatuor n’est pas au bout de ses peines puisque dans le premier épisode il est poursuivi par leur ancien revendeur de drogue qui les accuse de plagiat concernant le jeu vidéo qui les a rendus riches. Dans le second, Josh tente de reconquérir son ex Abi (Aimée-Ffion Edwards) et convainc ses amis de donner d’importantes sommes à un organisme de charité, mais l’exercice de relations publiques ne se déroule pas comme prévu. La semaine suivante, ce sont les parents de Josh qui lui annoncent leur séparation tandis que Casey les met à l’épreuve en leur demandant de renvoyer trois de leurs employés.

« It is fast, it’s easy, it’s luxurious. » : c’est la façon dont Leon décrit le nouvel hélicoptère qu’il s’est acheté dès qu’il est devenu millionnaire, mais c’est aussi son point de vue de la vie en général. En effet, on ne peut pas dire que l’équipe a trimé dur toute son existence pour en arriver là où elle est si bien qu’aussitôt l’argent en poche, ils se lancent dans de folles dépenses. Ces péripéties donnent lieu à plusieurs moments cocasses comme lorsqu’au premier épisode, ils parviennent via des méthodes très peu orthodoxes à faire cesser les poursuites contre eux ou encore quand ils se servent de leur pactole pour s’attirer la faveur de certaines employées…

Mais c’est dans l’épisode suivant que les enjeux sont approfondis davantage. On a entre autres Leon qui cherche à tout prix à impressionner son ancien professeur d’université, Mr Young (Nigel Planer). Mais ce dernier n’a que faire de son nouveau succès, lui qui est atteint d’un cancer incurable. Dans un premier temps, le jeune prodige lui paie le meilleur médecin de Londres qui en 30 secondes en conclut qu’il n’y a pas d’espoir. Qu’à cela ne tienne : Leon le gratifie d’un voyage en Suisse pour son euthanasie. De l’humour très british certes, mais on comprend rapidement qu’au fond d’eux, les quatre hommes ont perdu leurs repères et qu’à un certain point savent qu’ils sont considérés comme étant des parvenus. Le retour au quotidien est d’autant plus brutal que peu importe les dépenses effectuées pour s’attirer les faveurs des autres, ils ne seront plus jamais certains si leurs interlocuteurs leur font du boniment ou s’ils les apprécient réellement.

Malheureusement, cet intéressant filon scénaristique n’est pas approfondi à sa juste valeur et devant un manque de ligne directrice, on ne sait trop après trois épisodes où veut nous envoyer Loaded.  Par ricochet, cette superficialité atteint les personnages à qui il nous est difficile de s’attacher et qui suscitent trop peu notre sympathie au final.

Un modèle paresseux

En lisant son résumé ou en regardant sa bande-annonce, la nouveauté de Channel 4 semble être bien de son temps, mais sa façon de l’exploiter est vieille comme le monde et peu originale. En effet, si les récents modèles pour certains sont ces jeunes génies de l’informatique qui s’enrichissent du jour au lendemain, il n’est pas étonnant de les retrouver dans les fictions. Par contre, pour le moment, autant Loaded que Carters Get Rich (Sky 1) qui ont tous deux exploité cette thématique n’ont su en tirer tout le potentiel. En effet, ces deux séries anglaises s’intéressent davantage à la fortune soudaine de leurs protagonistes principaux que sur ce qui est à l’origine de leur nouveau statut. L’univers des jeux vidéo dans lequel ils travaillent est trop peu exploité à l’exception d’une analogie aux personnages de la première édition de Mariokart lorsqu’ils cherchent à se définir afin de continuer de l’avant.

Pendant ce temps, on maîtrise mieux le sujet aux États-Unis avec les relativement récentes Silicon Valley (HBO) et Halt and Catch Fire (AMC). Celles-ci nous offrent une incursion dans les coulisses de l’informatique, bien moins glamour que l’image que le public s’en fait. Non seulement on se penche sur leur arrivée au sommet, mais c’est la pression d’être toujours les meilleurs, de constamment se battre contre la compétition et la peur que retomber tout aussi rapidement qu’on y est monté qui mis ensemble valent le détour.

Seulement 500 000 téléspectateurs ont regardé en direct le premier épisode de Loaded, ce qui ne représente que 3,5 % de l’auditoire présent devant son téléviseur dans la soirée du 8 mai. Pour ne rien arranger, c’est moitié moins d’achalandage qu’à l’habitude d’enregistrer la chaîne dans la case horaire de 22 heures. Peu de chances de renouvellement donc, d’autant plus qu’avec huit épisodes, les chiffres devraient immanquablement continuer à baisser.

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