Twin Peaks (2017) : 25 ans…

Twin Peaks est une nouvelle série de 18 épisodes qui a été lancée à la fin mai sur les ondes de Showtime aux États-Unis et The Movie Network au Canada. L’action se déroule dans cette petite ville du nord-ouest des États-Unis et on a droit à des meurtres, une chasse aux sorcières et à une disparition ; le tout dans une ambiance surnaturelle où la réalité se confond avec la fiction. Bien que 25 années se soient écoulées, il s’agit en fait d’une troisième saison qui reprend plus ou moins là où elle a été annulée par ABC avec en grande partie un casting qui a sauté encore une fois pied joints dans l’aventure. Attendue de pied ferme surtout par la critique et par des fans de la première heure comme le retour du Messie, Twin Peaks vient nous confirmer, peut-être malgré elle, à quel point la fiction télévisuelle a évolué. Dès lors, on ne peut s’empêcher de considérer ce nouvel opus de David Lynch comme étant fade puisqu’incapable d’offrir quelque chose de novateur à ses téléspectateurs. Ironiquement, ses faibles cotes d’écoute sont à l’image de son récit : bien que dispersées, on tente d’y donner un sens… probablement beaucoup plus important qu’il ne le mérite.

Précurseur, mais…

Le charismatique Dale Cooper (Kyle MacLachlan) est de retour et n’a toujours pas oublié Laura Palmer (Sheryl Dee) qui ne cesse de hanter son subconscient. En même temps, il remet en question les gens envers qui il avait confiance et tue entre autres son associée Darya (Nicole Laliberté) après qu’il ait appris qu’elle avait été engagée pour faire de même à son égard. Pendant ce temps, la police locale retrouve la tête d’une libraire du coin alignée avec le corps d’un inconnu. Elle procède ensuite à l’arrestation de Bill Hastings (Matthew Lillard) après que ses empreintes aient été trouvées partout sur la scène du crime. En parallèle à New York, on a un dénommé Sam Colby (Ben Rosenfield) qui a pour étrange mission de surveiller en permanence, et dans le plus grand secret une boîte en verre vide, mais comme ne confirmera la suite, ayant des pouvoirs surnaturels.

Dès son introduction, Twin Peaks affiche en quelque sorte ses couleurs alors qu’on a Dale qui a devant lui le fantôme de Laura Palmer lui disant que rien n’est fini et qu’il se reverront dans 25 ans: soit, le nombre d’années séparant la seconde et troisième saison de la série. On constate assez vite que tout comme ses personnages, la fiction elle-même est prisonnière de son passé, ce que Lynch nous signifie à presque chaque scène avec le talent qu’on lui connaît. À l’évidence, qu’il s’agisse de la musique, du générique ou des effets spéciaux : tout a une emprunte vieillotte qui nous ramène aux années 90. Sinon, à l’image de son film le plus célèbre, Mulholland Dr. (2001), on ne sait jamais si les protagonistes agissent dans le réel ou dans une existence parallèle. On a par exemple Bill qui affirme avec certitude qu’il a bel et bien commis le crime dont on l’accuse, mais seulement en rêve. Dès lors, le déroulement des événements est assez tordu pour que l’on émette l’hypothèse que son songe est la réalité et que l’arrestation n’a peut-être jamais eu lieu.

Des exemples comme ceux-ci pleuvent, mais avec l’explosion relativement récente de la production de séries, le principal reproche que l’on peut attribuer à Twin Peaks est de ne pas savoir se réinventer et en conséquence de perdre de son impact. En effet, seulement ces dernières années, on a des fictions comme Falling Water, Legion ou American Gods qui occupent ce même terrain mélangeant réalité et onirisme.

D’un point de vue plus concret, à l’époque David Lynch devait bien être l’unique réalisateur de renom à avoir accepté de franchir la ligne du grand au petit écran alors que c’est maintenant chose courante avec des créateurs. À prix d’or, ceux-ci se voient désormais donner carte blanche pour exprimer dans toute leur excentricité des histoires portant leur marque personnelle… pour le meilleur ou pour le pire. Pensons notamment à Woody Allen et son flop monumental Crisis in Six Scenes pour Amazon ou encore la très lourde et ennuyeuse The Young Pope de Paolo Sorrentino. À l’opposé, plutôt que de s’accrocher à un style qui n’est plus du tout original, Lynch aurait dû suivre les pas de Fargo de FX. Réalisée par Noah Hawley, la fiction s’inspire des films de Joel et Ethan Cohen (qui en sont d’ailleurs les producteurs exécutifs) avec le style unique des deux frères et parsemée de clin d’œil à leurs œuvres passées ; de quoi ravir leurs plus fidèles admirateurs. De plus, à l’opposé de la série de Showtime, Fargo dans son récit ne s’adresse pas qu’à une bande de nostalgiques. De nouveaux curieux peuvent aisément se laisser charmer par son ton déjanté où l’absurde côtoie une enquête policière qui n’a jamais fini de nous surprendre.

Un succès très critique

Non seulement en 25 ans les séries se sont multipliées à une vitesse folle, mais c’est aussi la manière de les regarder qui a passablement changé alors que l’écoute en direct n’est qu’une alternative parmi tant d’autres. Dans le « vieux » modèle, le dernier épisode de la première saison de Twin Peaks par exemple avait rassemblé 36 millions de téléspectateurs sur ABC : un chiffre quasiment impossible à atteindre de nos jours. Mais preuve que le charme s’est vite rompu : pour la finale de son second opus, seulement 7,4 millions répondaient toujours à l’appel. Considérant que la série est désormais relayée par Showtime, une chaîne câblée, il ne fallait pas s’étonner qu’elle récolte un auditoire moindre. Et c’est encore plus vrai puisqu’elle offrait plusieurs options de rattrapage (sur demande, sur l’application Showtime et c’est sans compter le téléchargement illégal) en plus de rendre disponibles ses épisodes une semaine à l’avance. Résultat : il est de plus en plus difficile d’avoir l’heure juste quant à un réel succès télévisuel. Même Nielsen qui mesure l’audience des programmes aux États-Unis peine à trouver un modèle adéquat pour comptabiliser toutes ces avenues.

Une chose est certaine par contre : avec 506 000 téléspectateurs en direct pour les deux premiers épisodes de Twin Peaks et 195 000 pour les #3 et #4, on peut parler d’échec, d’autant plus que le taux chez les 18-49 ans est passé de 0,15 à 0,04 en une seule semaine. Et dans un cas peu probable où l’auditoire triplerait en accumulant tous les visionnements, ces chiffres resteraient tout de même insignifiants. Souvent pour éviter de trop se commettre, les chaînes parlent de « série événement », mais si les cotes d’écoute sont au rendez-vous, elles n’hésitent pas à les renouveler. Dans ce cas-ci, le retour de Lynch au petit écran n’aura assurément pas de suite.

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