Rattrapage hivernal anglais : Gap Year (2017)

Gap Year est une nouvelle série de huit épisodes qui a été diffusée du 23 février au 13 avril sur les ondes d’E4 en Angleterre. Le titre fait référence à une année sabbatique que se sont accordées deux paires d’amis : les Anglais Sean (Ade Oyefeso) et Dylan (Anders Hayward), les Américaines May (Alice Lee) et Ashley (Brittney Wilson)… et Greg (Tim Key), la cinquième roue du carrosse. Leurs chemins se croisent en Chine pour la première fois et ils décident ensuite de continuer leur grand tour d’Asie ensemble, solidaires les uns des autres dans les bons moments comme dans les pires. Pour toutes sortes de raisons, explorer le thème du tourisme dans une série n’est jamais très évident, mais Gap Year, malgré un ton un peu trop enfantin par moments s’en tire plutôt bien. En effet, autant au niveau du scénario quant à la complicité qui se développe peu à peu entre les protagonistes que pour son point de vue unique sur les endroits visités, la série mérite le coup d’œil.

Un en quatre

Le premier pays visité par tout le groupe est la Chine. C’est Dylan qui au départ a convaincu Sean d’aller faire un périple de plusieurs mois en Asie afin de vivre un réel dépaysement, mais le premier intéressé semble avoir la tête ailleurs dès qu’il arrive dans sa nouvelle « terre d’accueil ». C’est qu’il a décidé de tenter le tout pour le tout en essayant de retrouver son ex-petite amie Lauren (Rachel Redford) qui vit désormais à Beijing. Peine perdue : elle demeure aussi froide qu’un glaçon. Entre-temps, les deux jeunes ont fait la connaissance de Greg qui est un peu plus âgé qu’eux et qui a lui-même fait la rencontre de May et Ashley quelques jours auparavant. Ensemble, ils décident de visiter la Grande Muraille et d’assister à un festival local dans lequel Sean finit par être kidnappé. Plus un malentendu qu’autre chose, dans le second épisode, il peine à rejoindre ses amis qui sont présentement à Hangzhou. C’est qu’un des lointains cousins de May s’y marie, mais la tension est vivre entre cette Américaine d’adoption et sa famille ultraconservatrice. Dans le troisième, ils se rendent tous au Vietnam alors que May, Ashley et Greg décident de faire du bénévolat dans un orphelinat, mais ils déchantent rapidement puisqu’on ne les laisse pas s’occuper des enfants. Pendant ce temps, Sean et Dylan sont traités aux petits oignons dans un hôtel local après que ce dernier se soit faussement fait passer pour un agent touristique.

On assiste peut-être à une tendance dans le paysage télévisuel anglais, mais les séries dites « touristiques » fonctionnent assez bien tant au niveau de la critique que du public et on ne serait pas surpris qu’elles se multiplient au cours des prochaines années. The Durrell et The Good Karma Hospital d’ITV en sont de bons exemples puisque toutes deux renouvelées pour une seconde saison. Dans celles-ci, il est moins question de tourisme par contre alors qu’on a affaire à des femmes qui quittent tout pour s’installer dans un nouveau pays. Bien que le dépaysement soit au rendez-vous, les protagonistes de Gap Year sont en revanche en perpétuel déplacement et ce sont les quatre principaux routards qui retiennent d’abord notre attention. En effet, chacun d’eux incarne un type de voyageur en particulier et il est facile de s’identifier au moins l’un d’eux. Dylan par exemple cherche avant tout le confort de son chez-soi qu’il a abandonné momentanément et trop préoccupé par ses problèmes personnels, il peut passer à côté de merveilles sans vraiment y faire attention. Pour Ashley, c’est tout le contraire : téméraire, elle n’hésite pas à donner la chance au coureur et s’accommode de peu, tandis que pour May, ce voyage est d’un autre ordre puisqu’elle retourne sur les traces de ces ancêtres. Étonnamment, au lieu de se sentir ressourcée, elle a plus la conviction d’être une Américaine dans l’âme… Reste Sean qui est un peu le trait d’union entre ces différentes personnalités : le rassembleur.

Évidemment qui dit E4 équivaut à un auditoire plus jeune et les triangles amoureux, jalousies et scènes de beuveries sont légion, mais on ne tombe pas nécessairement dans la caricature pour autant. Seule « spécificité » de la chaîne ici, comme dans toutes ses séries précédentes et dont on se serait aisément passé : les blagues scato. Ici, c’est d’abord le journal de Dylan, puis lui-même qui se retrouvent dans la merde… littéralement.

Plus qu’un décor d’arrière-plan

L’une des plus grandes humiliations sérielles pour le Canada ces dernières années était The Backpackers, d’abord diffusée sur le web pour ensuite être mise en ondes sur The CW à l’été 2014. Plus intéressée à cumuler les grossièretés et les clichés quant aux pays visités, c’est à peine si elle est restée un mois à l’antenne chez nos voisins du sud. Avec Gap Years, les différents lieux où atterrissent nos protagonistes font toujours partie du scénario et on est loin de la vision « carte postale ». Dans les deux premiers épisodes où ils explorent la Chine, autant on a droit à des merveilles architecturales comme la Grande Muraille, autant le cœur nous lève à les voir dans le centre-ville de Beijing plongé dans un brouillard de pollution. On a cette même dichotomie lorsqu’ils visitent le Vietnam en troisième semaine de diffusion entre les lieux touristiques et des quartiers malfamés comme celui où se trouve l’orphelinat.

Côté mœurs, c’est surtout l’attitude de la famille de May qui nous en dit long sur la mentalité du pays. Les gens d’origine asiatique qui se sont expatriés sont très mal perçus par les Chinois. Face à cette cousine, ils n’affichent que dédain et ne s’intéressent qu’à la somme que la mère de May a promis de leur donner. Paradoxalement, ils sont fous d’Ashley qui incarne pour eux l’Américaine type avec son look californien.

E4 n’étant pas une chaîne grand public, il est difficile de jauger le réel succès de la série. Mais Gap Year, sans nécessairement marquer les esprits se regarde sans trop d’efforts et aura au moins le mérite d’évoquer une certaine nostalgie pour tous ceux qui au début de la vingtaine ont décidé de partir à l’aventure comme nos protagonistes.

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