Rattrapage hivernal anglais : Clique (2017)

Clique est une nouvelle série de six épisodes qui a été diffusée du 5 mars au 7 avril sur le site de BBC Three en Angleterre. L’histoire tourne autour de Holly McStay (Synnove Karlsen) et Georgia Cunningham (Aisling Franciosi), deux amies de longue date de 19 ans qui viennent tout juste de commencer leurs cours en macroéconomie à l’université d’Édimbourg. Leur relation se dégrade lorsque cette dernière rejoint un cercle restreint composé d’étudiantes promises à un très grand avenir. C’est par Jude McDermid (Louise Brealey), leur professeure et cofondatrice de la Solasta Women’s Initiative qui les prend sous son aile, elle qui se donne pour mandat de former aux plus hautes sphères de la finance la crème de la crème féminine. Bien que ses motifs ne soient pas tout à fait clairs, Holly réussit aussi à s’intégrer à cette élite, mais l’envers du décor est beaucoup plus noir qu’il n’y paraît. Écrite par Jess Brittain qui nous a régalé avec Skins il y a déjà de cela quelques années, Clique est une peu le prolongement de sa série précédente, mais la maturité n’est pas au rendez-vous. En effet, après un premier épisode accrocheur, les deux suivants se révèlent aussi superficiels que ses protagonistes.

De bien mauvais exemples…

Dans un premier temps, ce ne sont pas tant les bancs d’école qui occupent la vie estudiantine de nos demoiselles, mais bien le tourbillon continuel de fêtes organisées en parallèle. Au cours de l’une d’entre elles, Georgia qui a beaucoup trop bu s’effondre et nous avons Louise (Sophia Brown), Rachel (Rachel Hurd-Wood), Fay (Emma Appleton) et Phoebe (Elle-Rae Smith), des étudiantes de deuxième année qui proposent d’appeler leur chauffeur pour la reconduire chez elle. C’est le lendemain pour les remercier qu’elles font plus ample connaissance. Le quatuor a été recruté par Jude pour des stages et une brillante carrière leur semble assurée. C’est Georgia qui on ne sait trop comment parvient à les charmer, mais lors d’une autre soirée très select, elle appelle Holly à l’aide. Arrivée sur les lieux, elle tombe plutôt sur Fay qui inconsciente dans son bain est en train de se vider de son sang. Ayant été amenée in extremis à l’urgence, elle parvient néanmoins à mettre fin à sa vie en sautant de la fenêtre de sa chambre. Dès lors, Holly n’a qu’une idée en tête, rejoindre le cercle de Jude, officiellement pour faire avancer sa carrière, mais officieusement, pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Et disons qu’elle n’est pas au bout de ses surprises.

Sweet-Vicious (MTV), Crazyhead (E4), 13 Reasons Why (Netflix): on assiste à un petit renouveau du genre adolescent en séries télévisées qui donne la part belle aux jeunes femmes, lesquelles occupent le devant de la scène. Dans tous ces cas et à plusieurs variantes près, ces héroïnes ont fait leur place dans la société grâce à leur détermination et surtout leur force ; physique et mentale. Qualifiées un peu trop vite de séries féministes, on a accolé tout aussi rapidement cette étiquette à Clique qui est loin pour le moment d’avoir mérité l’adjectif. C’est que dans le premier épisode, nous avons Jude qui lors de l’introduction à son cours nous donne toutes sortes de statistiques concernant le faible nombre de places qu’occupent les femmes dans les hautes sphères de la société. Pourtant, elle ajoute qu’elle a en horreur toute forme de victimisation et suggère à ses étudiantes de tout simplement prendre le taureau par les cornes. En analysant la série, on ne peut s’empêcher de considérer ce moment comme étant clé dans les développements, mais c’est un leurre. La raison ? Il faut se rendre à l’évidence, la nouveauté de BBC Three n’est tout simplement pas à la hauteur du message qu’elle veut faire passer et peine à nous offrir un second degré à ce que l’on voit.

Les femmes qui réussissent ici doivent tout à leur look, couchent avec des gens du bureau, obtenant par la bande des promotions. Jude est d’ailleurs un très mauvais exemple. Elle oblige ses élèves à surmonter toutes les barrières alors qu’elle est elle-même issue d’une famille aisée et que c’est avec l’argent que gagne son frère (Emun Elliott) qu’elle a pu démarrer sa fondation. En fait, cette femme supposément de pouvoir perd toute sa crédibilité quand elle engage Georgia puis Holly. La première est bien trop sotte et la seconde a commis beaucoup trop d’impairs (entre autres, vomir à côté d’un important client, complètement défoncée…) à de multiples premières impressions pour qu’on lui fasse confiance. Pourtant, elles sont toutes deux recrutées en tant que stagiaires. À un moment, Holly mentionne lors d’une fête corporative : « It feels like a game » et son congénère Rory (Mark Strepan) de répondre : « Welcome to the real world ». On veut bien admettre que l’apparence ait un certain rôle à jouer et que la beauté physique ne puisse pas nécessairement nuire, mais en contrepartie il faut parvenir à nous convaincre qu’elles ont un minimum d’intelligence et d’ambition, ce dont Clique est incapable.

Un thriller aussi…

Reste le segment thriller qui s’amorce avec le suicide de Fay et la métamorphose factice de Georgia, laquelle est scrutée par sa meilleure amie. Ce n’est pas tant ce qui pourrait se passer à la Solasta Finances qui nous pose problème, mais plutôt les motivations bancales de sa détective en herbe : Holly. Premièrement, elle s’intéresse beaucoup trop à Fay quand on pense qu’elles ont échangé à peine trois phrases du temps de son vivant. La seconde hypothèse concerne son désir presque suspect de sauver Georgia, en admettant qu’elle-même finisse par reconnaître éventuellement son propre désespoir. Jalousie, envie, amitié sincère ; on ne sait trop lequel de ses sentiments prédomine chez Holly, mais après trois épisodes on voit davantage ces deux jeunes femmes se pavaner en robes du soir au détriment d’une quelconque substance au niveau de leur personnalité. Reste l’hypothèse de l’ambition. Holly nous est présentée comme étant un tant soit peu intelligente, ne serait-ce qu’à en juger par les nombreuses conversations qu’elle a avec son ancienne chambreuse, la nerd Elizabeth (Sorcha Groundsell). Pourtant, lorsqu’on l’invite à d’importantes soirées bénéfiques, elle n’hésite pas à boire plus que de raison, d’essayer des drogues dont elle ne sait rien et même de s’injecter de la cocaïne dans les narines. En gros, elle imite le comportement de ses consœurs, aussi irresponsables soient-ils afin de faire partie du groupe.

La nouveauté de BBC Three pourra assurément rejoindre son jeune public, mais à coup d’intrigues racoleuses et d’une superficialité de son scénario. Présentée à trois reprises au cours du Festival Séries-Mania de Paris à la mi-avril, Clique fait beaucoup parler d’elle et ne devrait pas avoir trop de difficultés à trouver des acheteurs à l’étranger. Espérons que ceux qui se rendront jusqu’à sa conclusion y trouveront une quelconque satisfaction.

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