Rattrapage hivernal anglais : SS-GB (2017)

SS-GB est une nouvelle série de cinq épisodes qui a été diffusée du 19 février au 19 mars sur les ondes de BBC One en Angleterre. Nous sommes en 1941, l’Allemagne nazie a vaincu l’Angleterre depuis plus de 9 mois et occupe désormais son territoire. C’est Douglas Archer (Sam Riley), de la police militaire de Scotland Yard qui est chargé d’enquêter sur la mort de Peter Thomas, un simple antiquaire. C’est qu’il s’avère que son magasin était le repaire des membres de la Résistance qui tentent à coup d’attaques terroristes de botter les nazis hors de leur île. Se situant entre l’arbre et l’écorce, Archer a vent de plusieurs complots, mais pour sa sécurité et celle de son fils unique, prendre clairement position est difficilement envisageable. Adaptation du roman éponyme de Len Deighton de 1978, le passage au petit écran de SS-GB est plutôt laborieux. C’est qu’en plus de suivre en permanence un protagoniste peu loquace, on a droit à très peu d’action rendant cet univers imaginé concret et en revanche beaucoup de dialogues. Et c’est encore plus problématique lorsqu’on les capte mal.

C’est l’Allemagne qui l’a emporté

Nous sommes le 14 novembre lorsque la fonction démarre et somme toute, l’occupation est encore toute fraîche puisque les SS se font extrêmement vigilants à tous mouvements de contestation. C’est qu’ils s’apprêtent à recevoir leurs hôtes communistes de Russie afin de célébrer une grande fête de l’amitié. Archer, en raison de son bilinguisme et de son professionnalisme est « prié » par le Standartedfuhrer Hugh (Lars Eidinger) d’enquêter ce meurtre étrange. C’est d’autant plus que étrange que selon le coroner, son foie était dans un tel état qu’il n’avait pas plus de deux semaines à vivre. Archer découvre plus tard que ce serait le frère de la victime, John Spode (James Northcote) qui serait à l’origine de ce crime en plus d’apprendre que sa maîtresse Sylvia Manning (Maeve Dermody) est de connivence avec les Résistants. Le jeune policier qui en apparence tente de rester neutre aura sans conteste des choix autant difficiles que périlleux à faire éventuellement. C’est qu’à la mi-saison, il travaille d’une part avec les SS, il est approché aussi par un groupe d’aristocrates, eux-mêmes liés avec des soldats allemands qui tentent d’éliminer l’influence des SS. Enfin, il a une aventure avec Barbara Barga (Kate Bosworth), officiellement une jeune journaliste américaine, mais qui a en main plusieurs renseignements concernant le gouvernement de Roosevelt qui elle n’a pas encore abandonné la partie.

On l’a vu ces derniers temps avec l’administration Trump aux États-Unis, les « faits alternatifs » semblent être à la mode, tout comme mettre à l’écran des réalités du même genre imaginées par des auteurs qui ne manquent pas d’inspiration. Ainsi, après Colony d’USA Network et The Man in High Castle d’Amazon, voilà que SS-GB entre dans la dance avec plus ou moins les mêmes défauts que ses prédécesseures. C’est qu’encore une fois, on se base sur de grands événements internationaux du passé pour réécrire l’histoire, mais toujours du point de vue du « peuple ». L’exercice est légitime, mais dans le cas qui nous intéresse, les bribes d’information que l’on reçoit nous donnent l’envie d’en savoir plus, mais on ronge notre frein. Par exemple, ici on apprend que Chruchill a été fusillé, que le roi George VI est maintenu prisonnier et que le contre-amiral Conolly se déclare chef d’un gouvernement provisoire installé aux États-Unis (à la de Gaule). Sinon, Hitler règne en tout puissant sur le continent. Ce sont les échanges de chancellerie à la 37 Days, les discutions « au sommet » qui nous intéressent… mais en vain;  c’est l’homme du peuple qui l’emporte dans le scénario.

Par contre, en regardant SS-GB, il ne fait aucun doute qu’elle est issue d’un livre riche en détail et que son auteur a le sens du punch. En effet, on passe du meurtre d’un particulier à un complot de Résistants pour finalement aboutir à la construction d’une bombe atomique. Le tout, dévoilé au compte-goutte. Le passage à la télévision est moins évident puisque beaucoup trop verbeux et un épisode de 60 minutes nous en paraît 90 ! Qui plus est, c’est l’omniprésence du personnage principal dans absolument toutes les scènes qui commencent à nous peser. Plus ou moins expansifs, c’est surtout son manque d’engagement réel envers tous ceux qui gravitent autour de lui, qu’il s’agisse des SS, des soldats allemands, des membres de la Résistance ou de l’aristocratie et du supposé gouvernement provisoire. Lorsqu’à la fin du second épisode, il découvre que son ami a été tué, il gifle Hugh qui lui lance : « So at last a flicker of emotion. » Enfin oui, mais si au moins on arrivait à le comprendre clairement…

Pouvez-vous répéter s’il vous plaît ?

Ça faisait les gros titres du Guardian en février : de plus en plus l’auditoire anglais se plaint de ne rien comprendre à ses fictions. Ce n’est pas en raison d’une histoire trop compliquée, mais plutôt de ces acteurs qui marmonnent ou qui chuchotent au détriment de leurs interlocuteurs indirects. À l’automne, la pourtant excellente Rillington Place (BBC One) essuyait la même critique. L’acteur Tim Roth s’est justifié en affirmant imiter la diction du tueur ayant réellement existé. Dans SS-GB, Sam Riley avec sa voix rauque et discrète n’a (scénaristiquement parlant) d’autre choix que de chuchoter puisqu’il est sans arrêt mis au courant de complots ou de trahisons, d’autant plus qu’il se sait suivi en permanence. Mais comment blâmer des acteurs ou de la production qui se justifient en voulant apporter un sentiment de réalisme à leurs personnages ? À l’opposé, le public s’est aussi plaint ces dernières années de la pauvre qualité du son de leurs fictions, qu’il s’agisse de Broadchurch (ITV), Happy Valley ou encore Jamaica Inn (BBC One). Là par contre, c’était du côté de la technique que ça clochait. Ironiquement, l’Angleterre fait d’excellentes séries, mais personne ne les comprend ! Activez la fonction sous-titres.

Qu’il s’agisse de simples problèmes de diction ou alors d’un ton général beaucoup trop didactique, SS-GB est en fin de compte un fiasco en termes d’auditoire. En effet, la série a connu un très bon départ à 7,82 millions de téléspectateurs, se classant au 4e rang des émissions les plus regardées dans la semaine du 13 au 19 février. Pour sa finale cinq semaines plus tard, elle ne rassemblait plus que 2,6 millions de fidèles. Il faut dire qu’elle faisait face au retour de la très populaire Vera sur ITV. Après le fiasco de la très ennuyeuse Close to The Ennemy à l’automne, la BBC devrait peut-être changer d’époque.

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