Rattrapage hivernal anglais : The Replacement (2017)

The Replacement est une minisérie de trois épisodes qui a été diffusée du 28 février au 14 mars sur les ondes de BBC One en Angleterre. L’action prend place dans une compagnie d’architecture de Glasgow qui a le vent dans les voiles après que la ville lui ait octroyé le contrat de la construction d’une nouvelle bibliothèque municipale. C’est Ellen (Morven Christie) qui a mené le projet de A à Z et autant dire que sa carrière est au sommet. C’est à ce moment qu’elle tombe enceinte et tout s’obscurcit pour elle au moment où ses patrons Kay (Neve McIntosh) et David (Dougray Scott) engagent Paula (Vicky McClure) pour prendre sa place durant son congé de maternité. C’est qu’elle est un peu trop efficace au goût d’Ellen qui craint d’être remplacée. Après qu’un meurtre soit commis, une guerre d’abord sourde puis ouverte est déclenchée entre les deux femmes qui au passage risquent de tout perdre. Malgré une finale qui nous laisse quelque peu sur notre faim, The Replacement se révèle être un suspens redoutable, tout en nous offrant une critique de la maternité qui déboulonne efficacement les idées reçues.

Les supposées joies de la maternité (** divulgâcheurs)

Au point de vue professionnel, cette grossesse tombe assez mal pour Ellen. C’est que les plans de la librairie viennent tout juste d’être validés et on est prêt à lancer le chantier. C’est à ce moment qu’entre en scène Paula qui à l’inverse effectue un retour au travail après dix années passées à s’occuper de sa fille. Celle-ci est un peu trop compétente aux yeux de sa rivale qui tient à rester au bureau le plus longtemps possible. Inévitablement, les frictions s’amoncèlent, mais ce n’est qu’après la mort de Kay que les deux femmes sortent l’artillerie lourde. La police conclut à un suicide, mais Ellen est persuadée que sa patronne ne s’est pas jetée en bas du toit de la bibliothèque et va même jusqu’à soutenir que c’est Paula qui l’a poussée. À trop s’acharner à détruire cette dernière, elle néglige son enfant qui sur les entrefaites vient tout juste de naître. Paula qui se sait traquée fait tout de son côté pour prouver qu’Ellen est une mauvaise mère au point où les services sociaux débarquent chez elle et Ian. Mais c’est lorsqu’elle découvre que sa remplaçante cache à tout le monde que sa propre fille soit en fait décédée il y a plus de deux ans qu’Ellen se met à craindre pour la sécurité de sa progéniture, d’autant plus qu’elle en a perdu la garde depuis peu.

On a tendance à tenir pour acquis que les femmes enceintes n’ont qu’un désir : partir en congé et vivre en symbiose avec leur nouveau-né. L’originalité de The Replacement est de remettre les pendules à l’heure et de nous offrir un portrait avec beaucoup plus de zones grises sur la maternité, notamment en ce qui concerne le regard des autres. Il y a d’abord Kay, sa meilleure amie qui semble désormais l’éviter, ce qu’Ellen considère comme étant un soudain désaveu de ses compétences professionnelles. Lorsqu’elles s’expliquent enfin, sa patronne lui confie : « I thought you’d have more in common with Paula right now. » Ce ne pourrait être plus faux. Elle a beau jalouser Paula pour son efficacité au travail, c’est la personnalité hypermaternelle de cette dernière qui l’irrite au plus haut point. Elle lui transmet moult conseils, amplifie les bonheurs d’élever un enfant et la ménage constamment du fait qu’elle est enceinte (à un moment où Ellen se fâche, elle lui dit : « You’re being hypersensitive »), ce qui donne finalement l’effet inverse. Cette pression omniprésente d’une part de ne pas être à la hauteur et d’autre part d’être quasiment traitée comme une handicapée explique en fait les sautes d’humeur de plus en plus fréquentes d’Ellen. Tout d’un coup, ce n’est plus une brillante architecte, mais tout simplement une maman. Au regard inquisiteur de ses collègues lorsqu’elle décide de retourner au bureau quelques semaines après avoir accouché, toute notre compassion est orientée vers cette femme qui est regardée de travers pour avoir envie de retrouver ses repères. Il y a une certaine injustice dans cette situation puisque jamais un nouveau papa ne serait jugé aussi sévèrement par ses pairs. À un moment où Ellen interroge en vain une ancienne connaissance de Paula, cette dernière prend en photo sa fille qu’elle a laissée seule une minute à peine dans l’automobile sans surveillance et alerte la police. Son mari Ian (Richard Rankin) est outré et va dans la surenchère en lui disant : « You can’t afford to make anymore mistakes ». Bref, quoi qu’elle fasse, elle sera jugée par la négative.

En ce sens, on peut comprendre la forte animosité entre Paula et Ellen. La première a tout mis en veilleuse pour s’occuper de sa fille tandis que la seconde ne pense qu’à sa carrière. Jointes en un seul corps, elles formeraient la mère/femme idéale. On tombe rapidement dans le drame ici parce qu’on leur dénie ce qu’elles chérissent le plus : Paula ne peut plus avoir d’enfant et Ellen est contrainte à se trouver un emploi ailleurs. Au bout du compte, The Replacement est une histoire extrapolée sur la conciliation travail-famille et le combat se réglera lorsqu’une des deux parviendra à atteindre cet équilibre. Il n’est d’ailleurs pas anodin que l’une d’elles affirme presque à la toute fin : « She’s not a job, she’s my daughter »…

La cage de verre

Reflet l’une de l’autre, on a ce mélange de haine et d’envie sur lequel la production ne cesse de mettre l’accent dans la mise en scène, notamment dans la configuration de leur espace travail. En effet, à la fois Ellen et Paula occupent des bureaux qui ont pour mur des portes de verre. Enfermées dans ceux-ci, on les sent vulnérables parce qu’à la vue de tous. On ne compte plus les plans où leurs collègues les scrutent et parlent très probablement dans leur dos. Elles ne sont pas aveugles et n’ont pas besoin d’entendre ce qui se dit pour comprendre ce qui se passe. En fait, l’une et l’autre sont dans des cages qui indiquent certes leur positionnement dans la hiérarchie de l’entreprise, mais aussi leur isolement ; une métaphore de leurs incapacités respectives à entrer dans le moule.

Sinon, ce sont les nombreux de plans de caméra qui font ressortir la pression à laquelle elles sont soumises. On a ici affaire à de multiples prises longues que l’on pourrait tronquer par le regard du téléspectateur. L’on voit souvent par exemple Ellen ou Paula travailler, converser et même se dévisager, mais c’est toujours du point de vue de l’autre et très rarement on se trouve dans la même pièce que le sujet. Cette technique similaire est utilisée pour amplifier le suspens. Vers la fin du troisième épisode, on sait que l’étau se resserre pour Paula et qu’Ellen est écartée par les autorités de sa fille. Celle-ci est couchée dans son berceau sur le balcon alors qu’Ian est à l’intérieur en train de lui préparer à manger. L’objectif suit tous ses mouvements et au moment où il retourne près de la fenêtre, elle a disparu. C’est diablement efficace et on en redemanderait encore.

En Angleterre, les séries courtes ne sont habituellement pas renouvelées, mais au vu de l’audience de The Replacement, la BBC devrait peut-être revenir sur son modèle. En effet, le premier épisode a attiré 6,83 millions de téléspectateurs, le second 7,19 et la finale, 6,91, se classant au premier rang des émissions les plus regardées de la semaine du 13 au 19 mars. Les personnages et l’univers dans lequel ils évoluent sont tout simplement trop captivant pour qu’on s’arrête en si bon chemin. Qui sait ?

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