Prime Suspect 1973 (2017) : Genèse ennuyeuse

Prime Suspect 1973 est une nouvelle série de six épisodes qui a été diffusée du 2 mars au 6 avril sur les ondes d’ITV en Angleterre. Comme son titre nous le laisse présager, l’action tourne autour d’une investigation policière impliquant Julie-Ann Collins, une jeune prostituée retrouvée morte dans un tunnel pour piétons dans un quartier achalandé de Londres. C’est l’inspecteur-détective Len Bradfield (Sam Reid) qui est chargé de l’enquête, mais si celle-ci ne piétine pas c’est sans conteste grâce à la collaboration de Jane Tennison (Stefanie Martini); une jeune policière qui vient tout juste d’être intégrée à la brigade. Adaptation du roman Tennison de Lynda La Plante, Prime Suspect 1973 se veut aussi un préquel de la série Prime Suspect qui a fait les beaux jours d’ITV de 1991 à 2006 et qui nous propose une incursion sur les débuts de Jane au sein des forces de l’ordre. Les fans de la première heure de la fiction originale risquent d’être fort déçus tandis qu’il est peu probable que les néophytes du concept y trouvent un quelconque charme. Personnages sans couleurs embourbés dans une enquête à la fois morne et mécanique, même l’époque où elle se situe peine à nous séduire, bien au contraire.

Être une policière dans les années 70

En fait, la première journée du meurtre coïncide avec la découverte du corps de Julie-Anne. D’abord superbement ignorée puis ensuite prise au sérieux grâce à ses déductions hors pair, Jane joint rapidement l’équipe d’enquêteurs chargés du dossier. Après s’être rendu compte que la victime vendait de la drogue et qu’elle était enceinte, on procède à l’arrestation de ses parents à la fin du deuxième épisode. C’est qu’ils avouent qu’ils l’ont retenue prisonnière dans sa chambre, question de l’empêcher de se mettre encore une fois dans de sales draps. Dans l’épisode suivant, sa mère reconnaît même l’avoir battue à coups de bâton de golf, mais le coroner est affirmatif sur le fait que ce ne sont pas ces blessures qui ont causé la mort de la jeune femme. Pour les enquêteurs, il faut donc repartir à la case zéro. En parallèle on suit Cliff Bentley (Alun Armstrong), un prisonnier qui vient tout juste d’être libéré et que Len a connu dans une autre vie. Selon lui, il serait responsable de la mort d’un de ses collègues. Justement, ces jours-ci, l’ex-bagnard est à la recherche d’un important montant qu’on lui aurait volé et qui le ramène dans le marché des revendeurs de drogue.

Le préquel étant dans l’air ces dernières années avec des diffuseurs de plus en plus allergiques aux risques (Better Call Saul, Fear the Walking Dead,  (AMC), Bates Motel (A&E), Taken (NBC), etc.), on peut comprendre ITV d’avoir décidé de retourner dans le passé de l’une de ses héroïnes les plus populaires du petit écran; l’immense succès de Prime Suspect étant dû en grande partie à sa futée protagoniste Jane Tennison. En plus de la voir apprivoiser un métier dans lequel on sait qu’elle finira par exceller, le retour dans le passé a aussi l’avantage de nous offrir un portrait de la condition des femmes dans les forces de l’ordre alors qu’elles commençaient à peine à les intégrer. Mais d’une part comme de l’autre, on est rapidement déçu. Le contexte historique d’abord. Pour sa première journée, les services de Jane sont principalement requis par les hommes du commissariat lorsqu’il s’agit de faire la vaisselle ou encore de préparer des boissons chaudes. À la suite du meurtre, on confie aux policières des tâches assez réductrices comme de cogner aux portes du voisinage à la recherche de témoins potentiels tandis que ce sont les hommes qui s’occupent de la « vraie » enquête. Sinon, Jane doit fait preuve d’énormément de tact pour ne pas froisser ces messieurs si un détail attire son attention, ce qui lui arrive de plus en plus souvent. Ce qui nous déçoit ici c’est que Prime Suspect 1973 souffre du même syndrome que Good Girls Revolt, la brève série d’Amazon. Celle-ci se déroulait dans un bureau de presse et dans lequel les femmes ne pouvaient encore aspirer à une carrière de journaliste. Dans les deux cas, les exemples de discrimination sont assez banals, voire consensuels dans le sens où ils auraient pu se dérouler dans n’importe quel milieu de travail.

Dans toute cette petite révolution de bureau, Jane fait pâle figure. Dans le premier épisode et la moitié du deuxième, elle est davantage définie par la relation qu’elle entretient avec son supérieur Len. C’est qu’ils se rapprochent d’abord par l’enquête puis autour d’un verre et vont même jusqu’à s’embrasser. Et quand la machine à rumeurs s’emballe, lui devient froid et distant, elle s’adapte. Du coup, dès la deuxième moitié de l’épisode #2 et le suivant, mis à part quelques éclairs de génie, tout ce qu’elle fait c’est se taire et assister impassible aux interrogatoires et aux suppositions de ses confrères. Un minimum de profondeur aurait été souhaitable et sachant que dans la série originale elle a eu des problèmes avec la bouteille, il aurait été intéressant de se pencher sur les causes de son alcoolisme.

Trouver un meurtrier

Il n’y a rien de plus basique que ça dans une série policière et autant la simplicité peut faire des miracles, autant elle peut nous ennuyer profondément, ce qui se produit avec Prime Suspect 1973. Premièrement, la victime n’était proche de personne, même pas ses parents si bien que cette mort n’intéresse personne mis à part la police, et encore. C’est que Sam Reid, l’interprète de l’inspecteur-détective Bradfield débite son texte sur un ton tellement monotone et se souciant si peu de son articulation qu’on finit par cogner des clous ou par rater des informations essentielles de l’investigation, c’est selon.

Deuxièmement, il y a quelques inconvénients à situer une enquête dans un milieu pauvre de Londres dans les années 70. D’abord, on n’a pas ce même sentiment de proximité avec les amis ou ennemis de la victime en comparaison avec les meurtres commis dans les petites villes (Broadchurch, The Missing (ITV), Bellevue (CBC), et j’en passe.) Ensuite, dans le premier épisode, on ne compte plus le nombre de suspects interrogés pas la police qui sont sous l’effet de la marijuana au d’autres drogues. Conséquences : soit il ne se rappellent de rien, soit ils ont extrêmement de difficulté à mettre leurs idées en place, soit ils sont carrément knock-out (l’un d’entre eux vomit à plusieurs répétitions…). Au final, il n’y a que la musique rajoutée au montage nous rappelant l’époque. Mais entre un extrait de « Downtown » de Petula Clark ou « Time » de Pink Floyd, il est difficile d’établir une quelconque ambiance glauque en lien avec le meurtre commis.

Prime Suspect 1973 a connu un assez bon départ avec près de 7 millions de téléspectateurs, se classant au 9e rang des émissions les plus regardées de la chaîne pour la semaine du 27 février au 5 mars. Par contre, entre son début et sa fin la chute est brutale puisque l’auditoire a fondu de moitié; 3,87 millions, se retrouvant désormais au 15e rang hebdomadaire. Une suite est donc peu probable.

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