Rattrapage hivernal australien : Hoges : The Paul Hogan Story (2017)

Hoges est une série de deux épisodes de la longueur de téléfilms qui ont été diffusés les 12 et 19 février dernier sur les ondes de Seven Network en Australie. Comme son titre l’indique, il s’agit ici d’un biopic du comédien/acteur Paul Hogan (Joah Lawson); de ses débuts en tant que travailleur dans la construction jusqu’à son apogée hollywoodienne avec sa série des Crocodile Dundee en passant par sa vie amoureuse qui lui a valu l’hostilité de certains. Ne serait-ce que par nostalgie et pour certains sujets qu’elle évoque comme la place de l’Australie dans le monde dans les années 70-80, Hoges mérite amplement notre attention. Par contre, il faut d’abord faire fi de celui qui interprète cette icône, ce qui n’est pas évident puisqu’il se retrouve dans presque chaque scène…

Un homme et son pays

Marié à 18 ans seulement avec Noelene (Justine Clarke) qu’il a connu au collège, Paul n’a au départ pas eu d’autre choix que d’enfiler au cours des années suivantes plusieurs petits emplois à mesure que la famille s’agrandit (ils auront cinq bambins ensemble). Puis, c’est à la suite d’une gageure perdue avec un collègue de chantier qu’il s’est inscrit à New Faces, une émission de variétés mettant en vedette des amateurs. Son humour bon enfant a immédiatement conquis la foule et par la suite, c’est John Cornell (Ryan Corr) qui en tant que son manager lui a déniché des contrats en comédie. Mentionnons entres autres The Paul Hogan Show qui est demeuré en ondes de 1973 à 1984. Définitivement attaché à son pays, il est devenu l’emblème d’une nouvelle campagne promotionnelle touristique qui l’a fait connaître à l’étranger. Et c’est encore avec Cornell qu’il a tourné en 1986 Crocodile Dundee et qui une fois exporté aux États-Unis a propulsé sa carrière au firmament. À l’opposé, c’est sa vie personnelle qui se met à battre de l’aile. Éprouvant toujours de l’affection envers Noelene, il est cependant tombé amoureux de Linda Kowalski (Laura Gordon) avec qui il a partagé l’écran dans les Crocodile. La séparation de la première et l’union avec la seconde a fait grand bruit à l’époque, mais s’il y a quelque chose qui a traversé les décennies intactes, c’est l’humour de Hogan et sa simplicité.

Tout d’abord, on ne peut parler de Hoges sans crever l’abcès : le choix plutôt douteux du comédien qui l’incarne. Certes, Josh Lawson a déjà fait ses preuves autant à la télévision qu’au cinéma, mais difficile de trouver une quelconque ressemblance entre lui et le véritable Paul Hogan à commencer par la différence d’âge. L’acteur de la nouveauté de Seven Network n’ayant que 36 ans, on lui demande d’incarner l’icône australienne qui dans la majorité de la série a largement dépassé la quarantaine. Plus dramatique, c’est à peine si on s’est donné la peine de le vieillir et cette critique s’applique aussi aux autres acteurs. Sinon, il faut passer outre l’exagérée teinture jaune pâle du cuir chevelu (c’est pire encore pour les sourcils), mais c’est sa façon de se mouvoir et de parler s’apparentant davantage à la parodie de l’acteur qu’il incarne qui pose problème.

Ceci étant dit, pour ceux qui réussiront à passer outre, Hoges dépasse le simple biopic que l’on retrouve en abondance sur des chaînes comme Lifetime par exemple. Spécialement pour un auditoire étranger pour qui Paul Hogan se limite à son rôle de Crocodile Dundee, son parcours qui est intimement lié à celui de l’Australie est tout de même fort intéressant. En fait, l’homme modeste a gravi les échelons de la célébrité au point où peu s’étaient rendus jusque-là : à l’international. C’est que chaque fois qu’il a voyagé à Londres où aux États-Unis pour un nouveau contrat, c’est l’Australie qu’il a faite rayonner. L’on réalise qu’avant Crocodile Dundee au milieu des années 80, le pays était largement méconnu, ne serait-ce que du point de vue touristique. En ce sens, qu’importe si avec nos yeux d’aujourd’hui le film n’ait pas très bien vieilli et soit bourré de clichés : ceux-ci sont tout de même nécessaires pour se forger une quelconque identité, du moins du point de vue extérieur.

Et comme on peut le constater au second épisode, c’est à la fois la vie professionnelle et intime de l’homme qui est liée à son pays. Paul existe grâce à son public. Une fois à l’étranger, il rayonne pour eux, mais lorsqu’il divorce de sa femme australienne pour épouser une Américaine, c’est comme s’il reniait ses origines. D’ailleurs, la presse a été abjecte à l’égard de Linda Kowalski et à la une couvrant son mariage on l’a même traitée de « Bimbo bride ». Hoges va au-delà de ces conclusions simplistes et la séparation entre Noelene et Paul se révèle assez touchante, sans pour autant démoniser l’autre femme.

Une histoire télévisuelle aussi

Plus que tout autre média, c’est la télévision avant même qu’elle acquière ses lettres de noblesse qu’on lui connaît aujourd’hui qui a dévoilé Paul à son public. On est d’ailleurs étonné que déjà dans les années 60, des variétés comme New Faces existaient. Ce plateau où des amateurs sont l’objet de critiques acides d’un jury : nos émissions comme The Voice ou autres n’ont définitivement rien inventé… C’est aussi l’humour qui a énormément changé en quelques décennies seulement. À l’époque, on a des gens qui se tordent de rire en voyant des femmes en bikini essuyer les remarques sexistes de leurs acolytes masculins. Ce sont même elles qui font indirectement la promotion de l’Australie dans des vidéos touristiques, toujours en petite tenue sous le regard médusé de Hogan. Aussi porte-parole des cigarettes Winfield, vantant leur bas prix (40 ¢ le paquet…) et la qualité de son tabac, on a parfois l’impression que le sujet de cette série n’est plus qu’une relique du passé. Pourtant, Hoges se termine avec Paul qui effectue un numéro de stand-up en improvisant la plupart de ses répliques, soit, exactement comme au tout début de sa carrière. On ne réinvente pas la roue : les modes se font et se défont au gré du consensus social en constante mouvance.

Malgré un acteur principal pas toujours convaincant, la série a manifestement plu à ses téléspectateurs puisqu’ils étaient 837 000 présents en direct pour le premier épisode et 839 000 pour le second. En incluant les enregistrements, Hoges a presque engrangé un auditoire de 1 million chaque soir. 2017 sera définitivement consacrée aux biopics australiens. En effet, des fictions australiennes relatant le parcours de l’actrice/chanteuse Olivia Newton-John, du détective Roger Rogerson, du gangster Mark Read et de l’homme d’affaires Alan Bond sont attendues plus tard cette année sur le petit écran.

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