Little Boy Blue (2017) : trois ou trop de réalités

Little Boy Blue est une nouvelle série de quatre épisodes qui est diffusée depuis la fin avril sur les ondes d’ITV en Angleterre. Ce « garçon bleu », c’est Rhys Jones (Sony Beyga) qui à seulement 11 ans s’est retrouvé par hasard au centre d’une dispute entre membres de gangs et y a payé de sa vie. La communauté de Liverpool est bien entendue dévastée, à commencer par les parents de la victime Melanie (Sinead Keenan) et Steve (Brian F. O’Byrne) qui réclament justice. C’est l’inspecteur Dave Kelly (Stephen Graham) qui est en charge de l’enquête et bien qu’il ait une bonne idée de l’identité du coupable, c’est le prouver qui demeure ardu. C’est un vrai phénomène sériel auquel on est en train d’assister en Angleterre où des faits vécus de nature policière sont portés à l’écran. Jusqu’ici, l’originalité des différents points de vue ou angles d’approches nous ont donnés d’excellents moments de télévision, mais Little Boy Blue peine à choisir son camp, laissant un auditoire (du moins étranger) de glace face aux scènes qui défilent devant ses yeux.

Trop de points de vue

Pour les Jones, le 22 août 2007 est une journée comme une autre alors que Melanie reconduit son fils Rhys à son entraînement de soccer. Mais à peine est-elle revenue chez elle qu’un coach se présente à sa porte et lui apprend qu’il a été victime d’une balle perdue lors qu’un affrontement entre voyous. Une fois transporté à l’hôpital, il est trop tard et c’est toute la population qui réclame des comptes. Grâce à des caméras de surveillance, Kelly est à même de voir le meurtre perpétré par des jeunes portant tous un capuchon, ce qui rend l’identification difficile. Reste que la police avait à l’œil sur plusieurs suspect comme Sean Mercer (Paddy Rowan), Jordan Olssen (Nathan Clark Smith) et Kevin Moody (Michael Moran). Ce dernier, à la demande des deux autres a accepté de cacher l’arme chez lui avant de partir en voyage avec sa famille, mais ça n’empêche pas la police d’obtenir un mandat de perquisition et de retrouver la preuve à conviction. Et pendant que les Jones se remettent difficilement du deuil, les familles des accusés font profil bas en attendant une éventuelle arrestation.

Faire revivre des faits divers à l’écran est presque devenu une spécialité des séries anglaises, mais jamais jusqu’ici on ne s’est contenté d’une plate recréation des faits. Par exemple, dans Rillington Street de BBC One, chacun des trois épisodes nous offrait un point de vue différent des événements (celui du tueur en séries, celui de sa femme et celui d’un voisin). Plus récemment, sur la même chaîne The Moorside traitait de l’enlèvement d’une jeune fille et on suivait les événements de la perspective de Julie Bushby qui avait organisé les rassemblements populaires et les battues.

Avec Little Boy Blue, c’est avec la technique  que l’on semble vouloir faire la différence et au départ l’effet est assez réussi. Par exemple, on a droit à un plan séquence du trajet de Melanie de chez elle jusqu’au lieu du crime si bien qu’on a l’impression qu’un journaliste se trouve dans le feu de l’action avec sa caméra chambranlante. La même distance est observée entre la caméra et les sujets plus tard à l’hôpital avec les médecins qui tentent de réanimer Rhys. On ne voit que le personnel de dos entourant le corps de l’enfant, un peu comme si on regardant un documentaire ou un événement en direct. Bien que le résultat final nous laisse de marbre parce que nous nous sentons étranger à ce qui se déroule, à la limite voyeur d’assister à un tel drame, l’effet unique est au moins réussit. C’est par la suite que tout se gâche. En effet, dans les deux épisodes suivants, on n’est plus capable de maintenir le même effet technique et l’action est orientée également vers les trois acteurs (la police, la famille et les tueurs) évoluant séparément. En ce sens, la ligne du temps que l’on nous a imposée au début avec des intertitres tels « 22 août 2007 », « 22h00 », etc. ne tient plus vraiment la route. En effet, lorsqu’on procède finalement à une arrestation, nous sommes le 15 avril 2008 et la chronologie des événements n’a plus tellement d’importance.

Ne pas se concentrer sur un groupe en particulier fait que l’on place tous les personnages sur un pied d’égalité. Conséquence : voir Melanie se coucher dans le lit de son fils nous fait autant d’effet qu’une conversation entre Kelly et sa supérieure ou Sean qui profère des menaces à ses amis. Bref, il aurait été plus judicieux pour engager le téléspectateur de se concentrer soit sur le deuil, soit sur l’enquête ou soit sur le milieu où évoluent ces jeunes criminels.

Un drame marquant

Dix ans se sont écoulés depuis la mort de Rhys et force est d’admettre que si à défaut d’avoir transmis correctement la douleur d’une famille aux téléspectateurs, Little Boy Blue a néanmoins fait ses devoirs dans la recréation des événements tout en prenant en compte certaines anecdotes concernant les protagonistes entourant le drame. En même temps, l’équipe technique a fait preuve d’une grande sensibilité en filmant le meurtre de Rhys ailleurs afin de ménager la famille, mais la plus grande marque de respect vient inévitablement de la part du public. En effet, au premier épisode, nous voyons les parents de Rhys qui se rendent à un match de football des Everton, l’équipe favorite du jeune garçon. À l’époque, le stade entier s’est levé et a applaudi la famille en guise de solidarité. Pour le tournage, l’équipe technique a invité les gens de la communauté à participer en tant que figurants à ce segment sur une base volontaire et pas moins de 39 000 d’entre eux ont répondu présent!

Le public en général était lui aussi présent : le premier épisode a rassemblé 6,72 millions de téléspectateurs et Little Boy Blue s’est ainsi classée au 8e rang des programmes les plus regardés de la semaine du 24 au 30 avril sur ITV. Lorsqu’on touche une telle corde sensible, gageons que le taux de rétention demeurera élevé jusqu’à la finale.

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