Born to Kill (2017): plus qu’une crise d’adolescence

Born to Kill est une nouvelle série de quatre épisodes diffusée depuis le 20 avril sur les ondes de Channel 4 en Angleterre et qui a au centre de son scénario Sam (Jack Rowan) ; un adolescent… peu ordinaire. Vivant seul avec sa mère Jenny (Romola Garai), il voit sa vie bouleversée suite à l’arrivée de deux nouveaux étudiants dans son lycée en plus d’apprendre de troublantes révélations sur son père qu’il croyait mort. Mais en fin de compte, c’est surtout l’instabilité psychologique du protagoniste qui commence à inquiéter son entourage. Pour une série printanière qui a joui de peu de promotion, Born to Kill nous hypnotise dès le premier regard. C’est le personnage principal qui sous les allures de fils parfait nous tient le plus en haleine en raison de ses constantes sautes d’humeur. Et on n’a manifestement pas envie que ça s’arrête vu les multiples revirements qui annoncent une finale choc, mais pas nécessairement plaisante.

Tel père, tel fils

Au départ, Sam nous apparaît comme étant le fils modèle. Studieux, sportif et toujours le sourire aux lèvres, on comprend assez tôt néanmoins qu’une figure paternelle lui fait défaut. En effet, selon sa mère, celui-ci serait décédé dans un acte de bravoure alors qu’il servait en tant que soldat en Afghanistan. C’est peut-être pour marcher dans ses traces qu’il prend la défense d’Oscar (Earl Cave) au premier épisode qui est la cible d’intimidateurs. Se comportant comme un grand frère à son égard, Sam l’aide à passer à travers ses nombreuses peurs, mais il apprécie surtout l’atmosphère familiale qui règne au sein du foyer de son ami. En parallèle, c’est Chrissy (Lara Peake), une nouvelle étudiante lui tombe dans l’œil. Farouche, elle vient tout juste de perdre sa mère et s’est installée depuis peu avec son père Bill (Daniel Mays) dans la demeure de sa grand-mère qui séjourne pour le moment à l’hôpital. L’amour aura beau être éventuellement au rendez-vous, ça ne règle pas pour autant les troubles psychologiques dont souffre Sam. C’est qu’il a tué un vieillard dans l’aile gériatrique où travaille sa mère à la suite d’une remarque déplaisante de ce dernier concernant son père. Loin de prendre le blâme, il oriente les soupçons sur Cathy (Sharon Small), une autre infirmière qu’il tue par la suite, faisant croire à un suicide. Son esprit tourmenté n’est pas prêt de s’apaiser lorsqu’il découvre que son père Peter (Richard Coyle) n’est pas mort, mais en prison depuis douze ans pour avoir tué le petit ami de l’époque de Jenny. À la veille d’obtenir la liberté conditionnelle, Sam tient absolument à le rencontrer, mélangeant une fois de plus la réalité et ses chimères.

En octobre 2016, ITV diffusait HIM, une minisérie où un adolescent incarnant le difficile trait d’union entre un couple divorcé dont le père et la mère avaient respectivement refait leurs vies et eu d’autres enfants. Se sentant toujours de trop, sa frustration s’exprimait par des phénomènes surnaturels qui détruisaient tout sur leur passage : une métaphore pour le moins grossière qui handicapait davantage le récit. Avec Born to Kill, on fait plutôt fi de ces artifices pour se retrouver dans la même vague de films marquant comme The Bad Seed (1956) et The Good Son (1993) où les enfants, en apparence modèles, représentent un danger permanent pour ceux qui les entourent.

Dans le cas qui nous intéresse, il n’est pas compliqué de savoir qu’est-ce qui est à l’origine du déséquilibre mental de Sam : l’absence du père. En fait, dès l’épisode #1, il est à l’origine de toutes ses actions, pour la plupart catastrophiques, à commencer par le meurtre du vieillard et par ricochet celui de Cathy. Plus tard, lorsqu’Oscar lui fait remarquer qu’il a raconté deux versions différentes de la mort de Peter, c’est la rupture entre les deux adolescents et Sam passe à deux doigts de lui faire sa fête. À l’opposé, c’est sûrement le fait que Chrissy ait perdu sa mère qui favorise le rapprochement avec lui. Étonnamment, lorsqu’il apprend la vérité au sujet de son père, il tient à le rencontrer quand même, et ce, bien que le soldat héroïque se soit avéré être un sordide meurtrier. Cette fois, il le considère comme un modèle puisque lui aussi a tué des gens et il fonde leur future relation sur ce point commun peu édifiant.

Une bombe à retardement

C’est justement grâce à cette profondeur du personnage principal que Born to Kill s’avère si haletante.  Manifestement, l’état mental de Sam n’est pas au beau fixe et tout au long des trois premiers épisodes, on a des sueurs froides en voyant ce jeune homme tantôt séduisant et courtois, tantôt sauvage. Pour un thriller, cela nous donne d’excellents moments télévisuels comme lorsque Mike (Simon Bubb), le père d’Oscar éconduit Sam après que ce dernier lui ait proposé une activité « père-fils »… C’est que se trouvant dans un garage, ils sont entourés de scies, marteaux et clous. Les deux sont interrompus in extremis, mais on en a pour notre argent côté émotion forte. Cette omniprésente tension à couper au couteau, même dans des moments où il ne se passe pas grand-chose est en définitive est très effective. Mentionnons aussi ce flashback qui revient plusieurs fois dans le montage où l’on se situe du point de vue de quelqu’un qui se noie ; probablement un traumatisme survenu alors que Sam n’était qu’un enfant. Le fait qu’on n’ait droit à aucun éclaircissement est à l’image de l’esprit confus de l’adolescent qui s’est inventé un tas d’histoires. Et on doute que sa récente réunion avec son père vienne mettre un peu de baume sur ses plaies encore vives, bien au contraire. La mèche est allumée, reste à savoir combien de temps elle prendra à se consumer avant d’atteindre la bombe…

Le seul bémol au niveau du scénario de Born to Kill est la décision pour le moins irresponsable de Jenny d’avoir cru un instant que jamais son fils ne découvrirait la vérité à propos de son père. C’est que suivant sa sentence, il y avait pourtant des chances qu’il soit libéré avant la fin de sa peine initiale. Quant à Sam, il est étonnant, voire peu probable qu’il n’ait jamais eu le réflexe de taper le nom de Peter sur internet. En effet, en un seul clic et il aurait pu apprendre la macabre vérité bien plus tôt… En tous les cas, les téléspectateurs ont pour la plupart passé outre cette incongruité puisqu’ils étaient 2,43 millions à suivre le premier épisode en direct. Ainsi, la fiction s’est placée au troisième rang des émissions les plus populaires de la chaîne dans la semaine du 17 au 23 avril.

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