Guerrilla (2017) : en attendant l’affrontement

Guerrilla est une nouvelle coproduction de six épisodes diffusée à partir du 13 avril sur les ondes de Sky Atlantic en Angleterre et trois jours plus trad sur Showtime aux États-Unis. La série nous transporte à Londres en 1971 alors que la situation dans les rues est explosive après que le gouvernement conservateur ait adopté la dernière version de l’Immigration Act. C’est à ce moment que la population de couleur non seulement proteste haut et fort contre cette injustice, mais devant l’immobilisme du gouvernement, se radicalise. C’est dans ce contexte que l’on suit le couple formé de Marcus (Babou Ceesay) et Jas (Freida Pinto) qui peu à peu empruntera le chemin similaire. Scénario des épisodes signés par John Ridley, le créateur d’American Crime, il y a des thèmes comme l’immigration, la brutalité policière et des tensions raciales qui même traités d’un point de vue historique seront toujours d’actualité. Dans le cas de Guerrilla, la série se plante là où ça comptait le plus : attirer notre attention. En effet, le mélange fiction/réalité porte souvent à confusion et le message est dilué dans une foule d’intrigues (ou plutôt de discussions) qui nous égarent.

Manque de repères historiques  

Marcus citoyen du Royaume-Uni, mais ses parents sont Nigériens de naissance et malgré une éducation solide, tout ce qu’on a à lui offrir sont de petits emplois mal rémunérés en transport. La couleur de sa peau étant définitivement un obstacle à une certaine ascension sociale, il a enseigné l’anglais à de nouveaux immigrants et mêmenseigné la littérature à des prisonniers. Il a bien entendu un don extraordinaire de persuasion sur les foules à qui il recommande de se lever et de dénoncer les injustices, sans pour autant tomber dans la violence. Jas quant à elle est né en Inde et travaille désormais comme infirmière dans un hôpital. Elle aussi au départ prône le pacifisme dans les interventions, mais devant des policiers qui n’ont aucun remords à fracasser le crâne des manifestants, elle convainc son petit ami de procéder à la libération de Dhari (Nathaniel Martello-White). Il s’agit d’un prisonnier politique qui une fois hors de sa cage, n’entend pas faire dans la dentelle dans ses protestations. Pour le moment, ils ont besoin de vivres, mais devant le refus de Kent (Idris Elba), l’ex-petit ami de Jas et leader pacifiste du mouvement noir de lui prêter de l’argent, le groupe doit se tourner vers une association communiste et incidemment faire front commun.

Lors de son adoption au parlement, l’Immigration Act de 1971 permettait à certains sujets de l’empire d’être affranchis de tout contrôle aux frontières. À l’opposé, elle en privait d’autres des mêmes droits, dont des Indiens par exemple qui avaient tout juste d’être expulsés d’Ouganda. Évidemment, les restrictions brimaient les gens de couleur, venant encore un peu plus envenimer les relations entre les différentes communautés et l’establishment. S’inspirant de réels événements historiques, dans le cas de Guerrilla on a préféré se concentrer sur une poignée d’individus qui peu à peu se sont radicalisés ; leur dernier espoir pour faire changer les choses. À la base, l’idée n’est pas mauvaise, mais dans ce cas-ci, l’expérience est ratée parce qu’il manque justement un minimum de références historiques, ne serait-ce qu’en trame de fond pour nous immerger correctement dans cette période trouble. Certes, on comprend assez tôt que la situation des immigrants est déplorable en voyant les policiers se servir de leurs matraques pour un rien. Si on éprouve de l’empathie à leur égard, l’ajout d’images d’archives ou de dates spécifiques auraient certainement contribué à enrichir le récit, ce dont faisaient usage régulièrement de récentes séries comme Madiba (BET) et When We Rise (ABC). Dans la même veine, il y a une confusion similaire au niveau des personnages puisqu’il s’agit d’un couple fictif alors que la coproduction de Sky/Showtime s’est inspirée de la lutte des activistes Farrukh Dhondy du British black Panters et Darcus Howe du Race Today Collective. N’aurait-il pas été plus judicieux de tout simplement revenir sur leur parcours à eux ?

Beaucoup, mais beaucoup de frustrations

Au début des années 70, plusieurs pays, notamment industrialisés ont été aux prises à des accès de violence et le problème avec Guerilla est qu’elle veut toutes les couvrir, diluant trop par le fait même son propos. De plus, sans que ce ne soit le but recherché, cela a suscité la colère de plusieurs notamment en raison du casting. C’est que plusieurs ont déploré que ce soit une femme d’origine indienne qui tienne le premier rôle et non une Noire alors que dans un premier temps, les événements dépeints dans la série nous renvoient directement à la création du mouvement des British Black Panthers. C’est aussi l’absence d’Asiatiques qui a alimenté la controverse puisque plusieurs minorités avaient décidé de faire front commun contre le gouvernement de l’époque.

Le plus aberrant ici est que Guerrilla a ratissé trop large tout en oubliant des communautés essentielles qui ont joué un rôle dans l’histoire du pays. À l’opposé on perd au moins deux épisodes où Marcus et Jas tentent de s’intégrer au mouvement communiste pour finalement se rendre compte que les deux groupes n’avaient pas tout à fait les mêmes revendications… Dans tous ces égarements scénaristiques, on a de plus trouvé le temps d’ajouter le personnage d’Eliette (Bella Dayne), une « Québécoise » (en fait, l’actrice est une Allemande parlant anglais avec un accent très parisien…) du Front de libération du Québec (FLQ) qui réclame l’indépendance de la province canadienne. Si le contexte historique qu’elle évoque est vrai, son apport aux événements dépeints dans Guerrilla est si minime qu’on se questionne encore sur la pertinence de son personnage.

Après une collaboration peu fructueuse avec NBC en 2015 pour You, Me and the Apocalypse et plus récemment avec HBO et Canal+ dans The Young Pope, on ne peut pas dire que les coproductions de Sky rencontrent un franc succès auprès de l’auditoire, du moins dans les pays étrangers avec qui elle s’est associée. Dans le cas qui nous intéresse, le premier épisode de Guerrilla n’a attiré que 182 000 téléspectateurs en direct sur Showtime (comparé à 1,9 million pour la finale de Homeland le dimanche précédent dans la même case horaire) avec un taux de 0,06 chez les 18-49 ans. Pire encore, la semaine suivante, ils n’étaient plus que 131 000, mais cette fois avec un taux de 0,02 : difficile de faire pire.

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