Grilboss/Dear White People (2017): les combats de la jeune génération

Girlboss et Dear White People sont deux nouvelles comédies de respectivement 13 et 10 épisodes qui ont été mis en ligne dans leur entièreté les 21 et 28 avril sur le site de Netflix. La première fait référence à Sophia, une jeune femme en plein questionnement sur son futur en tant qu’adulte ; une catégorie qui lui donne des frissons dans le dos. Dans la seconde, l’action se déroule sur le campus de l’université de Winchester où la tension raciale est vive. C’est la militante Samantha (Logan Browning) qui grâce à son émission de radio dénonce les affronts au quotidien dont sont victimes les Noirs. Le dernier en date : une fête organisée par des Blancs qui se sont parés du black-face. Dans les deux cas, Netflix met en scène des portraits d’une jeune génération rongeant son frein et qui peine à faire se place dans le monde. Si Girlboss échoue l’exercice lamentablement, Dear White People s’en tire pas trop mal, quoiqu’elle perde vite de son mordant.

Girlboss : l’incomprise qui nous énerve

On le comprend assez tôt en entamant la série : Sophie est incroyablement ennuyée par son quotidien. Sans le sou, elle travaille dans un magasin de souliers, mais en raison de sa fainéantise, elle est renvoyée. Un jour en flânant dans une friperie, elle tombe sur un blouson qu’elle suspecte pouvoir revendre à un prix d’or sur eBay, ce qui se produit. Elle tente donc de renouveler l’expérience, mais des perles comme celle-là sont plutôt rares. Elle se laisse ensuite convaincre par sa meilleure amie Annie (Ellie Reed) de confectionner ses propres créations à partir de vêtements usagés, mais n’ayant pas la moindre notion d’économie pour rendre son entreprise en ligne viable, elle doit, à contrecœur nourrir son cerveau de matière grise. Mais à court terme, il lui faut surtout trouver un nom porteur pour sa nouvelle compagnie, ce à quoi elle s’attelle dans l’entièreté du troisième épisode en compagnie de son flirt Shane (Johnny Simmons).

« Why am I such an asshole? »: c’est ce que se demande Sophia après avoir perdu son emploi. Malheureusement, le téléspectateur se pose exactement la même question en enfilant les premiers épisodes de Girlboss. Ceux-ci sont basés sur l’autobiographie éponyme de Sophia Amoruso qui a fait fortune dans la vente en ligne de sa collection de vêtements baptisée Nasty Gal. Le fait que Netflix souligne à qu’il s’agit ici d’une adaptation très libre de l’entrepreneure a son importance, dans le sens où on espère qu’Amoruso est loin d’être aussi détestable et immature que celle qui la personnifie à l’écran. En effet, Sophia est atteinte du syndrome de Peter Pan puisqu’elle abhorre l’idée d’avoir à assumer ses responsabilités comme payer ses factures, de respecter le moindre engagement ou encore de prendre soin de soi. Lorsque vient le temps d’assurer sa propre formation à l’économie de base, elle préfère voler un livre au magasin plutôt que de le payer (ou plus simple encore : en louer une copie dans une bibliothèque locale). Sinon, elle rechigne à aller voir un médecin pour une bosse qui est apparue au bas de son ventre. Pire, lorsqu’elle apprend qu’il s’agit d’une hernie, elle est plus découragée à l’idée d’avoir à se trouver un emploi pour bénéficier de l’assurance maladie que l’opération en soi.

À vouloir nous vendre son tempérament rebelle, Netflix fait fausse route puisque c’est plutôt son côté enfant gâté qui ressort et pour le téléspectateur, il est extrêmement difficile de s’attacher ne serait-ce qu’un peu à cette protagoniste. Par exemple, à l’épisode #3, avec Shane elle ne cesse de parcourir les rues de San Francisco en quête d’inspiration et à la fin, c’est davantage son égocentrisme que son indépendance qui ressort ; ce qui devient passablement irritant à la longue.

Dear White People: un propos qui s’amenuise rapidement

Au cours des premiers épisodes, on a droit à un tour du campus qui n’est pas sans créer un certain malaise. C’est que les contacts entre les Noirs et les Blancs se limitent au strict minimum ; même au niveau des logements où chaque ethnie vit séparément. La fête controversée qui a dû être interrompue par la police vient affecter la vie personnelle de plusieurs protagonistes que l’on découvre l’instant d’un épisode. Dans le premier, il y a Samantha qui est en couple avec Gabe (John Patrick Amedori), un Blanc. Lorsque ça s’ébruite, elle est décrédibilisée auprès de sa communauté, jusqu’à ce qu’elle reprenne le dessus en avouant que c’est elle qui est à l’origine des invitations à la fête black-face. Son plan était de faire ressortir le racisme apparemment vicieux des Blancs. Dans le second, on s’intéresse à Lionel (DeRon Horton) du journal étudiant qui a sans arrêt l’impression de marcher sur des œufs, d’autant plus qu’il est en questionnement concernant son orientation sexuelle. Dans le troisième, nous avons droit au point de vue de Troy (Brandon P. Bell) qui non sans quelques difficultés, peine à rallier les deux groupes dans sa course à la présidence de l’université.

Bien qu’il s’agisse d’une adaptation d’un film éponyme de 2014, Dear White People a créé la controverse avant même d’être mise en ligne lors du dévoilement de sa bande-annonce qui a déplu à une majorité. Pire encore, des groupes extrémistes ont appelé au boycottage de la série. Bien que la réaction soit enfantine et surtout prématurée, reste que les divisions se font entendre au sein de la société américaine, à l’image de la fiction. En fait, lorsqu’on amorce les épisodes, on se rend compte que c’est plutôt le contraire qui nous est présenté. Certes, on a seulement droit au point de vue des Noirs et au départ, on a l’impression qu’ils font uniquement partie du problème dans le sens où ils dénoncent les injustices. De plus, ils n’agissent pas pour que les relations soient plus amicales entre les deux communautés. Ironiquement, on les sent tous à un moment ou à un autre gêné de fraterniser avec « l’ennemi », ce qui les rend ridicules. C’est qu’ils se sont tous mis volontairement dans un seul moule : l’appartenance raciale, ce qui explique la difficulté qu’ils ont à cheminer. Pour Samantha, c’est en amour, pour Lionel c’est la sexualité et pour Troy c’est au point de vue social. Donc, au-delà des grands mots, chacun des protagonistes a avantage à laisser la chance au coureur, d’autant plus que du côté des universitaires blancs, on a plus l’impression que leur attitude est teintée d’ignorance, au pire, d’indifférence plutôt que de haine envers l’autre.

Au final, on doute que ces deux nouveautés de Netflix marquent les esprits, même si elles seront sûrement renouvelées pour une seconde saison. Dear White People perd de son mordant passé le premier épisode et devient justement un peu trop consensuelle à la longue. De plus, Black-Ish d’ABC explore ce terrain depuis 2014 du point de vue familial, donc générationnel aussi. Quant à Girlboss, le cas est désespéré en raison du je-me-moi incessant du personnage principal qui ne mérite pas une minute de plus de notre attention.

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