The Handmaid’s Tale (2017): le propos qui transcende la fiction

The Handmaid’s Tale est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis le 26 avril via le site de vidéo sur demande Hulu aux États-Unis et le 30 avril sur Bravo au Canada. Sorte de science-fiction apocalyptique, on se retrouve dans les environs de New York dans un futur rapproché alors que le trop haut niveau de pollution a eu raison de la fertilité de la grande majorité des femmes. Le personnage principal Offred (Elisabeth Moss) est l’une de celles jugées encore capables d’enfanter et elle a été désignée pour devenir la mère porteuse d’un couple influent, sans son consentement bien entendu. Tel un pendule, la série va du présent au passé pour nous montrer la transformation assez soudaine d’un monde qui s’est difficilement reconstruit au détriment des femmes. Adaptation du roman éponyme de la Canadienne Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale (La Servante Écarlate (1984) en français) ne pourrait pas tomber plus à propos à une époque où plusieurs d’entre nous ont l’impression de perdre nos repères, notamment au niveau politique. Mais malgré un ton assez lent, on reste tout de même rivé à notre écran, ne serait-ce que pour la réflexion qu’elle génère concernant plusieurs aspects sociétaux. Le coup d’œil est évidemment obligatoire.

 L’illusion qui obstrue le désespoir

Extrêmement convoitées par les autorités, seuls les hommes riches portant le titre de « commandant » peuvent héberger ces femmes en rouge chez eux afin qu’elles donnent des enfants aux couples privilégiés. Elles ont aussi reçu au préalable une rigoureuse formation de génitrice par l’impitoyable tante Lydia (Ann Dowd), la gardienne « spirituelle » des futures mères porteuses. Dans le cas qui nous intéresse, la situation d’Offred change du tout au tout. Jalousée par les Marthas (servantes affectées à l’entretien), méprisée par sa maîtresse Serena (Yvonne Strrahovski), elle est du jour au lendemain traitée aux petits oignons lorsqu’elle croit être enceinte. Et au troisième épisode quand elle a ses règles, elle tombe aussitôt en disgrâce. Mais le vrai drame d’Offred est sa solitude. Tous rapports étant conscrits avec son commandant (interprété par Joseph Fiennes), les seules personnes à qui elle adresse la parole est le chauffeur de la maisonnée Nick (Max Minghella) et Ofglen (Alexis Bledel), une autre servante écarlate. Le problème est que chacun des deux dit à Offred de ne pas faire confiance à l’autre. Ces propos ne sont pas à prendre à la légère puisque cette dernière est internée après qu’on ait découvert qu’elle a eu des rapports saphiques avec sa maîtresse, laquelle a été pendue pour ce crime.

On a droit dans un premier temps à des flashbacks (ou flashforwards ?) où l’on voit Offred tenter de s’échapper avec sa fille qu’elle a eue avec son copain de l’époque. L’entreprise se solde par un échec avec des gardes en noir qui les rattrapent. Mais dans la majorité des scènes, The Handmaid’s Tale se déroule dans le présent et en trois épisodes, on ne peut pas dire que les revirements sont légion. Pourtant, si à aucun moment il ne nous vient à l’esprit de regarder notre montre, c’est qu’on est trop obnubilé par cette dictature « normalisée » où chacun semble avoir accepté son nouveau sort dans la société.

C’est que contrairement aux séries apocalyptiques où la Terre s’est transformée en désert avec des déchets qui s’accumulent, l’environnement où évoluent les protagonistes dans The Handmaid’s Tale nous semble presque idyllique. Les pelouses sont verdoyantes et les feuilles d’automne d’un rouge vif : ces couleurs s’harmonisent respectivement avec les robes des femmes de commandants et des servantes comme si elles étaient en symbiose avec la nature. Dans le second épisode, ces deux groupes se retrouvent dans une grande maison baignée de soleil alors qu’une mère porteuse est en train d’accoucher. Les autres la soutiennent et quand l’enfant naît, on a carrément l’impression d’assister à un miracle tellement le tableau est parfait. C’est pourtant derrière cette toile que se cache tout le drame. Une fois que la servante l’aura assez allaité, le bébé lui sera retiré et elle sera probablement renvoyée, ce que l’on oublie l’espace d’un moment.

Situation similaire lorsque le commandant tente de reproduire ce même « miracle de la vie » avec Offred. Avec toutes les précautions du monde, il la pénètre et Serena se retrouve aussi au lit en tenant les mains de sa servante. Pour peu, c’est à peine si on se rend compte que c’est à un viol auquel on est en train d’assister. Mais c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans ce contexte, personne ne s’indigne parce qu’il s’agit là d’une nouvelle norme. Le déni est total : ainsi soit-il.

Ne rien tenir pour acquis

Au-delà de ce que nous regardons à l’écran, il y a une multitude de parallèles qui nous viennent en tête avec la nouveauté de Hulu et c’est là une grande qualité pour une fiction télé. En effet, une foule de repères passés où présents dans The Handmaid’s Tale font que l’on a envie de mettre en doute le qualificatif de « science-fiction » pour désigner le genre de la série. On a donc ici des femmes qui du jour au lendemain se voient privées de tous leurs droits et jusqu’à un certain point, on est surpris de la résilience qu’affichent la plupart de ces servantes écarlates… À moins qu’elles ne se résignent à l’hypocrisie en attendant des jours meilleurs ? Le premier lien qui nous vient en tête est sans conteste le sort des juifs suivant l’arrivée d’Hitler au pouvoir dans les années 30. Lentement, mais sûrement, on les a déchus de leurs droits les plus fondamentaux jusqu’à l’extinction, et ce, devant l’indifférence de la majorité de la population allemande. Plus près de nous, il nous vient ensuite en tête la touchante When We Rise (ABC) qui sur plus de 40 ans nous montrait la lutte continuelle qu’avaient à mener les homosexuels; chaque décennie venant avec son lot de nouveaux défis. Certes, les mentalités évoluent, mais il n’y a qu’à se rappeler qu’en 2008, la Californie avait judiciairement autorisé puis interdit par la constitution le mariage gai pour finalement le réintroduire en 2013 suite à une décision de la Cour suprême…

Dans la réalité, ces retours en arrière ou à des valeurs plus conservatrices et religieuses sont souvent accompagnés d’une crise économique ou politique. Celle qui a secoué les États-Unis a justement accouché de Trump, ce qui a entre autres provoqué une marche des femmes monstre qui ne s’est pas simplement limitée aux frontières américaines. Et malgré cet élan solidaire, deux jours plus tard le président signait un décret coupant les vivres d’ONG internationales soutenant l’avortement et il a récemment interdit le financement des cliniques aux États-Unis pratiquant cette opération. C’est avec tout cela en tête que la narration d’Offred à l’épisode #3 est loin de tomber dans l’oreille d’un sourd lorsqu’elle nous dit : « That’s how we let it happen. /When they slaughtered Congress, we didn’t wake up. /When they blamed terrorists and suspended the Constitution, we didn’t wake up then either. /They said it would be temporary. /Nothing changes instantaneously. /In a gradually heating bathtub you’d be boiled to death before you knew it. »

Ironiquement, dans le scénario The Handmaid’s Tale on nous dépeint un monde où l’homme a retrouvé sa place au haut de la hiérarchie. Dans les faits, c’est à peine si on les voit ou entend prononcer plus de quelques phrases par épisode. Au contraire, toute l’attention ici est portée sur les femmes… ou plutôt leur détresse. Reste que si l’envie de continuer la série nous assaille, c’est qu’on a secrètement espoir que la gent féminine reprendra tôt ou tard le dessus. Dans le même sens, au début de l’année l’auteure Margaret Atwood avouait que depuis l’élection américaine, The Handmaid’s Tale s’est classé parmi les livres les plus vendus chez Amazon… La (bonne) fiction est en effet à la fois un merveilleux exutoire, mais elle peut aussi servir de catalyseur face à des dilemmes bien concrets.

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