Henry IX/Carters Get Rich (2017) : ces sympathiques comédies anglaises

Henry IX est une nouvelle comédie de trois épisodes qui a été diffusée du 5 au 19 avril sur les ondes de Gold en Angleterre. On y suit le roi (fictif, interprété par Charles Edward) qui après 25 ans de règne songe très sérieusement à abdiquer, ce qui ne fait bien évidemment l’affaire de personne. De son côté, Carters Get Rich comprend six épisodes et la première a eu lieu le 31 mars sur Sky 1. Le titre fait référence à cette famille dont la vie change du jour au lendemain après que le plus jeune fils Harry (Rio Chambers) se voit offrir 10 millions £ pour « Honc » ; une application qu’il a créée et qui aiderait les jeunes garçons à aborder les filles. Dès à présent, le défi pour eux consiste à garder les pieds sur terre, et ce, malgré moult tentations. En raison de la compétition féroce sur les réseaux concurrents, on aurait tendance à négliger ces deux nouveautés. Pourtant, en plus de nous arriver avec des sujets originaux et des personnages sympathiques, les deux fictions réussissent à nous faire rire, ce qui n’est pas peu dire étant donné la décevante compétition humoristique de la saison 2016-2017.

Henry IX : royauté fiction

À la base, Henry ne devait pas être roi puisque c’est son frère aîné qui devait hériter de la couronne, mais la mort prématurée de ce dernier l’a mis sur le trône. 25 ans plus tard, il en a assez de sa froide épouse la reine Katerina (Sally Phillips), des visites royales où il ne fait qu’échanger poignées de main et dire des futilités. Mais c’est surtout son désir d’être libre et d’aller où bon lui semble qui lui importe, d’autant plus qu’il a récemment fait la connaissance de Serena (Kara Tointon), une jeune fleuriste qui fait battre son cœur à nouveau. Lorsqu’il fait part de son projet d’abandonner la couronne, ça ne plaît à personne, en particulier de son valet préféré Gilbert (Don Warrington) qui menace de ne plus être à son service. Cette abdication veut aussi dire que ce serait son fils Alastair (Daniel Quirke) qui sans être incompétent est ouvertement homosexuel ; ce qui complique encore plus la donne.

En mai dernier, Channel 4 lançait la peu satisfaisante The Windsor, une comédie parodiant les membres de la famille royale existante. C’est qu’on y exploitait sans retenue les travers des princes et princesses avec des acteurs qui surjouaient à un point tel qu’on ne laissait aucune place à l’imagination et qu’au final, on s’ennuyait ferme. Henry IX sert en quelque sorte de contre-exemple et s’avère beaucoup plus réussie. Bien qu’on ait de nouveaux membres à la tête de l’État, ils sont plus réalistes et explorent de vrais enjeux, notamment sur la pérennité d’un règne. On le sait, en principe un roi reste sur son trône jusqu’à sa mort, mais la norme étant désormais que les souverains âgés abdiquent (Albert II de Belgique, Juan Carlos d’Espagne et même le dernier pape Benoit XVI s’est retiré), on peut comprendre qu’Henry pense à faire de même. Il est aussi intéressant que l’on ait (trop brièvement par contre) soulevé la question de l’homosexualité d’un éventuel monarque. En effet, nous avons ici Alastair qui est ouvertement gai et qui songe même à épouser religieusement son amoureux Quinton (Kirk Barker).

Évidemment, Henry IX est une comédie est des gags très à propos viennent accentuer la fiction. Par exemple, on a la reine mère Charlotte (Annette Crosby) qui se questionne sur le titre approprié que devrait porter le petit ami de son petit-fils : « What title can we give Quinton? He can’t be Alistair’s queen, although obviously he is. A Duke of somewhere or other, I suppose. »  Toujours à propos de la nomenclature de ses proches, elle se permet quelques raccourcis loufoques en parlant à son fils : « Dear boy! You are still Henry IX, King of England, Scotland, Wales and the more agreeable parts of Ireland. » En même temps, les remords du roi sont mis en perspective comme lorsque l’on entend la première ministre parler de son quotidien beaucoup plus éreintant : « I’m taking flack about fracking, battling the Brexit backlash and staving off Welsh separatists. » Enfin, ce sont toutes ces mises en situation où l’on oppose la dignité de la tâche royale et la réalité qui nous font sourire. Parmi les meilleurs moments, mentionnons Henry IX qui assiste à un cours d’aquaforme pour un groupe du troisième âge alors que l’un d’eux est aux prises à une crise cardiaque.  Plus tard, il se laisse convaincre de visiter une fumerie de crack afin de redorer son image auprès de la jeune génération. Sinon, de voir la reine mère consommer un joint avec Alastair et Quinton n’a tout simplement pas de prix!

Carters Get Rich : l’argent fait (presque) le bonheur

C’est le magnat américain de la technologie Trent Zebriski (James Van Der Beek) qui est le premier à juger Honc à sa juste valeur et la famille ne se fait pas trop prier pour accepter ce lourd chèque. Évidemment, le fait que ce soit un enfant qui soit à l’origine de cette invention est une mine d’or en termes de marketing et c’est Oliver Campbell-Legg (John Finnemore) qui suit les Carter et s’assure que leur image de famille modèle de la classe moyenne reste intacte. Dans le second épisode, il doit affronter la presse après d’extravagantes dépenses de la part de Liz (Kerry Godliman), la mère d’Harry et sa sœur Ellie (Rhianna Merralls). Dans le troisième, son père Tony (Rhashan Stone) essaie d’inculquer à son fils la valeur de l’argent, sans toutefois prêcher par l’exemple.

C’est d’abord tout le contexte de la série qui nous séduit. On est dans un monde à l’envers où des enfants maintenant se font offrir des millions alors que c’est à peine si le travail constant et acharné de Tony est reconnu, lui qui conduit un autobus pour personnes âgées.  Sinon, tout le monde l’a compris assez tôt : Harry est un véritable génie de l’informatique et quand ses amis d’école apprennent qu’il est devenu riche, il devient soudainement populaire… mais toujours pas auprès des filles, malgré sa « révolutionnaire » invention. Évidemment, des gens tentent de profiter de lui comme un plus vieux qui l’oblige à faire son devoir et Harry de répliquer en implantant un virus dans son portable!

C’est en jouant sur ces différences de générations que Carters Get Rich générait ses gags les plus réussit, mais à l’image de son titre, la série s’oriente davantage dans une contreproposition à la Schitt’s Creek. En effet, contrairement à la série de CBC où du jour au lendemain une famille richissime perdait toute sa fortune, c’est le contraire qui se produit dans la nouveauté de Sky1. On a d’une part Tony qui tente de garder tout le monde les pieds sur terre alors qu’à l’opposé, Liz est loin de prêcher par l’exemple en se lançant dans une foule d’achats impulsifs. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, on envie autant que l’on plaint cette famille pour ce gain d’argent instantané. À quoi bon économiser quand on peut s’acheter n’importe quoi? Pourquoi déménager seulement parce qu’on en a maintenant les moyens (leur maisonnette semble très confortable) ? C’est justement avec un humour un peu naïf, mais plein de bon sens que l’on tend à répondre à ces questions.

Le problème avec les comédies anglaises est qu’elles sont trop courtes et rarement renouvelées à moins d’un énorme succès d’auditoire. Étant donné que Sky1 et Gold sont des chaînes nichées, on est quasiment certain de ne plus revoir ces nouveautés dans un proche avenir. Contrairement aux sitcoms américaines, c’est bien beau de sortir des sentiers battus avec des concepts originaux; encore faut-il  les explorer un minimum pour qu’on ait l’impression que ça valait le coup. En tous les cas, pour le moment on n’est pas certain d’avoir suffisamment fait le tour avec Henry IX et Carters Get Rich.

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