Decline and Fall (2017) : un monde de fous

Decline and Fall est une nouvelle série de trois épisodes qui a été diffusée du 31 mars au 14 avril sur les ondes de BBC One en Angleterre. L’action se déroule vers la fin des années 20 avec pour personnage principal Paul Pennyfeather (Jack Whitehall), un étudiant en théologie renvoyé d’Oxford qui n’a d’autre choix d’accepter d’aller enseigner dans une école de province peu réputée. Il sort éventuellement de sa torpeur lorsqu’il fait la rencontre de Margot Beste-Chetwynde (Eva Longoria), la mère d’un de ses élèves dont il tombe follement amoureux. Et c’est à ce moment qu’il est entraîné malgré lui dans de multiples montagnes russes. Adaptation du livre éponyme d’Evelyn Waugh, Decline and Fall nous livre une efficace satire sociale d’un monde où les plus forts n’hésitent pas bouffer tout rond les plus faibles et où le paraître est l’unique vecteur de succès. Par contre, les bémols se retrouvent au niveau du ton que l’on peine à apprivoiser.

« It’s someone of no importance »

C’est ainsi que l’on décrit Paul lorsqu’on décide de l’expulser de Scone College à Oxford en 1928 pour atteinte à la pudeur. En fait, il s’est retrouvé nu comme un ver sur le campus à la suite d’un bizutage par « l’élite nobiliaire » de l’établissement et comme son origine est quelconque, on se soucie peu de son sort. Qu’à cela ne tienne : même une éducation non complétée lui vaut une place à la Llanabba School au pays de Galles. Là-bas il y fait la connaissance du Dr. Fagan (David Suchet) qui lui donne toutes sortes de responsabilités auxquelles il n’est pas à la hauteur. Il se lie aussi d’amitié avec Prendergast (Vincent Franklin) et Grimes (Douglas Hodge) ; deux autres professeurs encore moins motivés que lui. À l’approche de l’été, il fait la rencontre de Margot qui lui offre de venir s’installer chez elle pour la saison chaude afin de donner des cours particuliers à son fils Peter (Oscar Kennedy). Ils deviennent amants, puis fiancés, mais Paul est arrêté pour traite de blanches après un voyage à Marseille et est condamné à sept ans de prison. Bien entendu, il n’y est pour rien dans toute cette affaire, mais personne n’a dans l’idée de soupçonner Margot qui est derrière tout ce cirque. Une fois incarcéré, Paul renoue avec plusieurs anciens collègues dans un monde où tout semble tourner en rond au point d’avoir très mal au cœur.

Il apparaît assez tôt dans la série que le déclin et la chute dont il est question ici concernent davantage l’Angleterre en général que le personnage principal. En effet, Paul a beau être la tête de Turc de beaucoup de gens, il s’accommode d’à peu près tout. Et c’est à travers son regard que l’on se demande comment une société évoluée comme l’Angleterre de l’époque peut être aussi superficielle. C’est d’abord le système de l’éducation qui passe à la moulinette. Comme l’explique le recruteur à Paul : « We class our schools into four grades here — leading schools, first-rate schools, good schools, and schools. » ; celle de Galles tombant évidemment dans la catégorie qu’on lui propose. Il n’a aucune expérience, ne peut enseigner l’allemand ni le cricket? Qu’à cela ne tienne : il n’a qu’à improviser. À plusieurs reprises, il est présenté par d’autres comme ayant ces compétences, ce qui est sans risques puisque jamais il ne viendrait à l’esprit d’un de ses interlocuteurs de tester son savoir. De toute façon, l’avenir des enfants importe peu entre un directeur qui passe son temps à lécher les bottes des parents d’élèves les plus fortunés, un professeur alcoolique et un autre qui préfère les reluquer plutôt que de leur apprendre quoique ce soit.

À plus grande échelle, ce sont tous les piliers de la société dont on se moque puisque malgré leur médiocrité, ils se retrouvent toujours recyclés ailleurs. Ainsi, le Dr Fagan se transforme en directeur d’hôpital, Prendergast devient prêtre et Grimes simule sans trop de problèmes sa propre mort pour ressurgir plus tard en comédien. Les hautes sphères de l’État ne sont pas épargnées non plus avec Arthur (Matthew Beard), le meilleur copain de Paul au collège qui travaille maintenant à la Ligue des Nations. C’est lui monte en épingle le dossier qui finit par l’incarcérer. Le fait que personne d’un tant soit peu compétent ne soit capable de contredire sa version pleine de failles nous en dit long quant à l’insignifiance du système de justice… Paul est en quelque sorte la balle de ping-pong que s’échangent les différents clans et dans cette société où rien ne change et où tout tourne en rond. Le lieu ou atterrit notre protagoniste à la finale prend tout son sens, aussi ironique soit-il…

 

Un mélange des genres laborieux

Série tirée d’un best-seller avec un casting international tels David Suchet et Eva Longoria en plus d’une fastidieuse reconstitution d’époque ; il est de prime abord étonnant que BBC One ait décidé de diffuser sa nouveauté les vendredis soirs. Pourtant, après avoir regardé la fiction en entier, cette case de programmation s’avère la bonne étant donné un ton décousu qui risque d’en perdre plusieurs. On est d’ailleurs décontenancé dès le départ en voyant des fils des meilleures familles saccager une aire commune de Scone. On réduit entre autres un piano à queue en bois de chauffage et on jette une tête de cochon à travers la fenêtre, le tout sous les yeux de superviseurs complaisants, à la limite amusés par ce qu’ils voient. Le problème est qu’on ne continue pas sur cette lancée déjantée, du moins dans les gestes.

Certes, le ridicule des mécanismes de la société est constamment mis de l’avant, mais lorsqu’à la fin du premier épisode Prendergast tire par accident une balle dans le pied d’un élève et que personne ne réagit parmi la foule qui s’y trouve, on est un peu décontenancé. En fait, il faut au moins deux heures (sur trois) pour apprivoiser ce ton qui oscille sans cesse entre l’absurde, le pathétique et le dramatique. Par exemple, on voudrait somme toute éprouver une certaine empathie à l’égard de Paul, mais personne dans l’histoire ne le fait, même pas lui. On est d’autant plus décontenancé que le jeu des acteurs s’avère très classique, mais leurs réactions face aux incongruités sont à géométrie variable. PAu deuxième épisode, les personnages sont tous en extase devant une fenêtre que l’architecte Otto (Anatole Taubman) a fait modifier dans la demeure de Margot (elle est plus petite et personne ne peut voir à l’extérieur). À l’opposé, il y a un certain malaise parmi les invités quelques scènes seulement plus tard après que Paul ait joué n’importe quoi au piano alors que ses proches avaient tous vanté ses talents de musicien. Bref, dans la plupart des situations, on ne sait sur quel pied danser et ce manque d’unité dans le ton fait mal à la série.

Justement, le premier épisode de Decline and Fall n’a attiré que 4,49 millions de téléspectateurs, se classant au 25e rang des programmes les plus regardés dans la semaine du 27 mars au 2 avril. Sept jours plus tard, la fiction disparaissait tout simplement du top 30. À l’image de son titre, il y a peu de chances que cette série reste gravée dans nos mémoires longtemps.

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