Rattrapage hivernal irlandais : Striking Out (2016)

Striking Out est une nouvelle série de quatre épisodes qui a été en ondes du 1er au 22 janvier sur les ondes du diffuseur public irlandais RTÉ One. Le personnage principal Tara Rafferty (Amy Huberman) en a pour son rhume dès l’introduction lorsqu’elle découvre que son fiancé Eric Dunbar (Rory Keenan) la trompe. Aux grands mots les grands moyens : non seulement elle quitte leur domicile commun, mais aussi la firme d’avocats où ils travaillaient tous les deux. Alors qu’elle vide son bureau, elle tombe sur Ray (Emmet Byrne), un client qu’elle devait défendre. Après qu’elle réussisse à lui obtenir une liberté sous caution, il lui présente son ami Pete (Brahm Gallagher), le propriétaire d’un café qui accepte qu’elle installe son nouveau bureau dans son entrepôt. La voilà donc qui repart à zéro. Striking Out, c’est un peu la série qui nous fait sourire, mais pour les mauvaises raisons. En comptant un début réussissant à amasser un nombre impressionnant de clichés, c’est ensuite le message subliminal peu subtil que l’on reprend d’épisode en épisode qui nous fait lever les yeux.

 

Toujours à la case départ

Il s’écoule à peine 12 heures que Tara a déjà déménagé, déjà quitté son emploi et a déjà un nouveau cas à s’occuper. Celui-ci lui a été recommandé par Vincent (Neil Morrissey), un autre ami avocat de Tata. C’est qu’un sextape de son client, une star de la télévision, devrait se retrouver dans 24 heures dans un site à potins et la jeune femme s’attèle à lui procurer une injonction pour non-publication. Dans le second épisode, Tara doit intervenir dans un litige impliquant deux sœurs qui se disputent la maison familiale après que leur père soit décédé. Dans les deux semaines qui suivent, elle tente d’obtenir de la cour l’autorisation d’un don d’organe de la part d’un fils mineur à son père. Ensuite, il s’agit de redonner la garde d’un enfant à un père, malgré que la mère ait des problèmes de toxicomanie.

Si chaque cas de la semaine dans Striking Out nous paraît est assez original, ce n’est cependant qu’en surface. En effet, dans chacun de ceux-ci, mis à part le quatrième, c’est toujours le même thème qui est remis à l’avant-scène : l’infidélité. L’acteur du premier épisode n’a jamais informé son épouse qu’il allait dans des clubs de S&M, tandis qu’une des sœurs la semaine suivante a eu une aventure il y a quelques années avec son beau-frère. Avec le troisième épisode, on découvre assez tôt que le client de Tara était bigame… Plus surprenant encore est le nombre limité de firmes d’avocats à Dublin. C’est qu’à chacun de ces procès, elle se retrouve toujours à plaider soit contre Eric lui-même ou son beau-père Richard (Paul Antony-Barber) qui ne lui fait pas de cadeaux. Si au début de la série, on pouvait éprouver un certain malaise en se mettant à la place de la protagoniste, cette redondance dans les intrigues finit par nous lasser.

Pourtant, les signes avant-coureurs étaient tous là avec une introduction digne d’un vaudeville. Tara passe du bon temps à son enterrement de vie de jeune fille et en reconduisant sa mère Irene (Ingrid Craigie) au taxi qu’elle lui a réservé, elle décide tout bonnement d’abandonner ses amies et de rentrer chez elle. C’est là qu’elle trouve Eric en train de faire l’amour avec une autre… avocate. S’ensuit un montage au ralenti avec le couple qui se crie par la tête, elle lui donne des coups de poing et s’en va. Son mascara coule abondamment sur ses joues et pour la première fois, en se regardant dans le miroir elle réalise que sa vie est une farce. Puis, c’est la douche; comme si elle devait faire peau neuve… Ce recours aux clichés au tout début d’une série n’est pas bon signe et se confirme au cours de la saison, au détriment des personnages qui en sont affublés.

Des gens un peu trop seuls

Ce qui nous étonne d’entrée de jeu, c’est la solitude dans laquelle se retrouve Tara suivant son humiliation. En effet, on sait qu’elle est triste et c’est assez compréhensible qu’elle veuille s’éloigner de tout ce qui lui rappelle son fiancé. Mais pour que le téléspectateur éprouve une quelconque sympathie envers le personnage à l’écran, il est nécessaire que celui-ci verbalise un tant soit peu sa douleur, ce qui n’est pas le cas. En fait, Tara se jette tête première dans le travail et toute l’attention est mise sur les causes de la semaine qu’elle a à défendre. Les autres protagonistes ne sont pas mieux exploités, à commencer par Ray qui pourtant devient du jour au lendemain son bras droit. D’emblée, on ne le voit que lorsqu’il a des tâches à remplir et tout au cours de la saison, les échanges avec sa patronne demeurent minimes. Ce manque de profondeur nuit surtout à Eric, un personnage récurrent, mais qu’au fond on ne connaît que très peu. Évidemment, notre première impression de lui est assez mauvaise étant donné ce qu’il a infligé à Tara. Puis, il passe tout le reste de la saison à s’excuser. Se pourrait-il qu’il soit sincère? Peut-être est-ce en effet la première (et surtout la dernière) fois qu’il l’a trompé? En fait, tous ces protagonistes ont peu d’amis ou tout simplement peu d’interactions avec leurs proches si bien qu’on a l’impression de regarder aller des automates.

Au niveau de la mise en scène, c’est exactement le même problème. À un moment, Tara et son équipe regardent le vidéo complet de la star qui risque d’être dévoilé au public. Puis, Irene entre dans son bureau et on entendrait voler une mouche jusqu’à ce que sa fille lui lance « We’re working ». Ce moment aurait pu être cocasse et ajouter une touche de légèreté à la fiction. Le fait que personne ne réagisse à cette réplique et qu’on enchaîne platement avec les autres dialogues montre que Striking Out ne maîtrise tout simplement pas son ton et qu’elle s’appuie un peu trop sur son aspect procédural. En fait, elle aurait dû s’inspirer de la série australienne The Wrong Girl qui malgré une certaine accumulation de clichés (triangle amoureux, trahisons en amitiés, des couples qui se font et se défont, etc.) compensait largement avec des personnages colorés et une verve continuelle dans les répliques échangées.

En tous les cas, le public irlandais a très certainement apprécié cette fiction locale, puisqu’ils étaient 445 5000 téléspectateurs présents devant leur écran pour la première de Striking Out en plus de 38 500 supplémentaires pour la reprise sur RTÉ One. De toute façon, avant même sa première diffusion, une seconde saison a été commandée et étant donné que le service de vidéo sur demande Acorn TV a déjà acquis les droits, la série devrait être bientôt se retrouver dans son catalogue.

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