The Son (2017) : Une famille qui ne se parle pas

The Son est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis le début avril sur les ondes d’AMC au Canada et aux États-Unis. L’action est divisée en deux temps. La première se déroule au milieu du XIXe siècle au Texas alors que le jeune Eli McCullough (Jacob Lofland) et des membres de sa famille sont kidnappés par des Amérindiens de la tribu des Comanches et dont lui seul survivra. C’est sous la vigilance du chef Toshaway (Zahn McClarnon) qu’il apprend ensuite à devenir un homme. L’autre partie du récit se déroule en dès 1905 où notre protagoniste (maintenant joué par Pierce Brosnan) voit sa fortune s’effriter en raison de son ranch qui fait de moins en moins de profits. Cherchant à se recycler dans l’exploitation du pétrole, il peine pour le moment de convaincre des investisseurs. Adaptation du livre éponyme de Philipp Meyer récipiendaire du prix Pullizer en 2015, The Son est une fresque plus nuancée dans son rapport à l’Histoire que les clichés simplistes habituellement proposés à la télévision américaine. Par contre, c’est un certain manque de liant entre ses différents personnages et l’espace-temps qui amoindrissent considérablement sa qualité.

 

Un effet papillon laborieux

On ne sait pas grand-chose des raisons de l’enlèvement d’Eli par les Comanches si ce n’est que pure vengeance de ces derniers de voir la colonisation prendre de plus en plus d’ampleur sur cette partie du territoire. Toujours est-il qu’après s’être livrés à une boucherie, seul cet adolescent survit aux autres et petit à petit, il finit par gagner le respect de Toshaway qui l’initie à leurs mœurs. Plus de soixante ans plus tard, Eli qui a maintenant une barbe blanche possède un immense ranch avec son fils aîné Phineas (David Wilson Barnes) qui tient les comptes tandis que son cadet Pete (Henry Garrett) travaille sur le terrain. Avec une production bovine qui stagne, en revanche la valeur du pétrole monte en flèche avec le nouveau florissant marché de l’automobile. Bien décidé à exploiter l’or noir qu’il croit avoir sous ses pieds, il s’endette auprès de multiples investisseurs. Mais comble de malheurs, un soir un groupe de Texans d’origine mexicaine mettent le feu à son puits et c’est Cesar (Elliot Villar), le beau-fils d’une famille rivale qui est pris la main dans le sac. Eli le torture jusqu’à ce qu’il parvienne à lui soutirer des informations, mais c’est Pete qui tente plus tard de le libérer. Le plan échoue et en légitime défense, ce dernier finit par le tuer. Pendant ce temps, Eli doit se résoudre à vendre une partie de son ranch alors que la tension monte avec les Mexicains.

Pour ceux qui n’ont pas lu le livre, on ignore si l’histoire effectue de constants sauts dans le temps, mais dans le cas de The Son, l’expérience n’est pas très concluante. C’est qu’entre 1849 et 1905, on passe d’un point de vue uniquement axé sur un adolescent à celui de toute une famille qui se croise à peine. En effet, on comprend assez tôt que le jeune Eli doit s’endurcir s’il veut s’intégrer aux Comanches. Mais mis à part quelques épreuves physiques, on n’a rien d’autre, notamment du point de vue psychologique, à nous offrir si bien que la redondance se fait vite ressentir. Qui plus est, cette éducation à la dure ne semble nous être montrée que pour justifier la violence spectacle. Celle-ci sévit par saccades au cours des épisodes, qu’il s’agisse des différents coups qu’Eli reçoit étant jeune ou plus vieux lorsqu’il découpe une des oreilles de Cesar afin de le faire parler (notons aussi une scène onirique où l’on est exposé à un scalp très graphique…)

Quand on se retrouve en 1905, il est question de la famille McCullough au grand complet et plusieurs membres du clan retiennent notre attention, particulièrement Pete qui incarne en quelque sorte la conscience que son père n’a jamais eue. Paradoxalement, après trois épisodes c’est à peine si on voit les deux hommes dans la même pièce plus de cinq fois et à ce jour, on est toujours confus sur l’arbre généalogique de la famille. Par exemple, Eli a des petits-enfants, mais on se demande encore si ce sont ceux de Pete ou Phineas, lequel se retrouve étonnamment en dehors de toutes les intrigues jusqu’ici. Bref, on regrette que la série ne s’inspire pas un peu plus de la saga familiale de Giant (George Stevens, 1956) étant donné leurs nombreuses similitudes dans la prémisse.

Enfin un peu de nuances

C’est être poli que d’affirmer que lorsqu’il s’agit de revisiter son histoire, les États-Unis sont aux prises avec quelques crampes au cerveau (Sons of Liberty (History), Turn (USA Network), etc.). Il y a d’abord toutes ces séries se déroulant avant la Guerre d’indépendance américaine où les soldats anglais sont systématiquement dépeints comme de cruels profiteurs s’opposant à un peuple en quête de liberté (du moment qu’on est blanc, ce que l’on omet comme par hasard de mentionner…). Beaucoup plus proche de la nouveauté d’AMC, en 2015 History Channel nous offrait Texas Rising qui se penchait sur la révolution texane. Beaucoup plus un western qu’une série historique, comme dans les années cinquante on avait droit à la présence d’un groupe autochtone qui ne faisait que crier et lancer des flèches. Des discours patriotiques, notamment antiesclavagistes ponctuaient l’hérésie.

Avec The Son, l’annexion du Texas avec les États-Unis est encore de fraîche date et on s’évertue davantage à nous expliquer les raisons des tensions ambiantes plutôt que de tomber dans la propagande. C’est qu’après la victoire des Texans sur les Mexicains, la plupart d’entre eux ont subi moult injustices qui les poussent au début du XXe siècle à planifier des actes terroristes, notamment l’incendie du puits d’Eli. Pete qui veut faire la part des choses cherche à dialoguer avec Cesar. Les argumentations de ce dernier impliquant les exécutions sommaires dont ont été victimes ses proches dues à un racisme systémique de la part des Blancs changent de la tactique du « zéro nuances » représenté dans les séries nommées ci-haut. Sinon, l’incursion d’Eli chez les Comaches, malgré un départ assez houleux, a au moins le mérite de mettre en scène le mode de vie de cette tribu (mœurs, tactiques de guerre, rôle de chacun au sein de la communauté, etc.), ce qui est plus que rare dans une production américaine. Enfin, certains dialogues forcent la réflexion et nous ramènent à l’actualité impliquant Trump et ses différends avec le Mexique.  À un moment entre autres, Eli y va de cette tirade : « It’s interesting to note that small, stunted, or useless plants, such as the Mexican plum or the Mexican apple, we name after our enemies, the Mexicans, with whom we’ll likely be at war with for centuries to come. »…

Les deux premiers épisodes de The Son qui ont été diffusés le même soir ont attiré 1,92 million de téléspectateurs et le troisième, 1,55. Si au niveau de l’auditoire, l’on peut parler d’un relatif succès, c’est un peu moins concluant du côté des 18-49 ans, cible privilégiée par les annonceurs. Jusqu’ici, la moyenne du taux est de 018, soit, bien en deçà des séries phares de la chaîne qui continuent d’être à l’antenne. Par exemple, Turn n’a pas été renouvelée au terme de trois saisons et elle affichait alors un taux de 0,14. Rien n’est donc coulé dans le béton pour la nouveauté.

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